Vladimir Poutine prépare-t-il un « gros coup » avec le Japon ?

Pendant que la Russie et l’Occident restent enfermés dans la logique des sanctions, Vladimir Poutine se tourne vers l’Asie, et particulièrement vers le Japon. Arnaud Dubien, directeur de l’Observatoire franco-russe, analyse les futures relations entre la Russie et le Japon.

Arnaud Dubien, Directeur de l'Observatoire franco-russe
Arnaud Dubien, Directeur de l’Observatoire franco-russe

Rendons tout d’abord à César ce qui lui appartient. Le thème et la thèse du présent post de blog m’ont été inspirés par Jean Radvanyi, professeur à l’INALCO et membre du conseil scientifique de l’Observatoire, le 12 mars dernier lors du festival géopolitique de Grenoble. Le sujet est, à mon avis, d’importance majeure, et je crains qu’il soit hors des radars européens.

Depuis plusieurs semaines, l’attention de la presse et des milieux politiques occidentaux se focalise sur l’unité fissurée des États-membres de l’UE quant à la prorogation des sanctions économiques sectorielles adoptées l’été dernier et devant « tomber » le 31 juillet 2015. Sept pays au moins, du sud (Chypre, Grèce, Espagne, Italie) ou de l’ex-empire des Habsbourg (Autriche, Hongrie, Slovaquie), ne cachent plus leur hostilité à la logique des sanctions. Pour sa part, le Kremlin réédite sa politique du « salami » visant à accentuer ces divisions, ce qui est de bonne guerre.

Mais la Russie travaille au-delà de l’Europe. En direction des BRICS et de puissances régionales clés (Iran, Égypte, Turquie), bien sûr. Dans cette démarche visant à rééquilibrer sa politique étrangère, la Chine – premier partenaire commercial de Moscou – occupe une place centrale. Mais Moscou, de sources concordantes, veut également ouvrir une brèche dans l’unité occidentale… en Asie. La « cible » est le Japon.

Le contexte bilatéral russo-japonais est bien connu. Le contentieux sur les Kouriles a, jusqu’ici, empêché un rapprochement qui ferait pourtant sens au vu de la montée en puissance de la Chine et des complémentarités économiques entre les deux pays. L’alliance militaire entre Tokyo et Washington limite également les marges de manœuvre des Japonais. Paradoxalement, c’est Dmitri Medvedev – auquel les poutiniens purs et durs reprochent sa mollesse sur le dossier libyen – qui a exacerbé les tensions avec Tokyo en 2011 en se rendant sur les Kouriles et en annonçant une militarisation des îles.

Mais un « alignement des astres » favorable se met en place, qui laisse entrevoir une percée diplomatique et, potentiellement, un véritable mouvement tectonique en Asie du Nord-Est. Trois facteurs au moins poussent le Kremlin à s’engager sur cette voie : la volonté de « retourner » un pays occidental de premier plan, ce qui serait un camouflet pour les Etats-Unis ; la crainte (implicite, mais réelle) que les choses aillent trop vite et trop loin avec les Chinois ; enfin, la possibilité d’obtenir des investissements japonais massifs en Sibérie (et ailleurs en Russie). L’affaire de Crimée change également la donne : Poutine peut d’autant plus facilement faire des concessions sur les Kouriles (comme il l’a d’ailleurs fait en 2004 avec la Chine et en 2010 avec la Norvège) qu’il a « récupéré » la Crimée. L’obstacle de politique intérieure, qui avait fait capoter une initiative semblable envisagée par Boris Eltsine en 1992, n’existe plus. Côté japonais, on s’inquiète du rapprochement entre Moscou et Pékin et on est prêt, semble-t-il, à franchir le Rubicon. Hasard ou pas, la chancelière Merkel a eu un long échange avec son homologue japonais début mars afin de le convaincre de maintenir les sanctions en l’état.

Aux dernières nouvelles, la visite de Vladimir Poutine à Tokyo doit avoir lieu avant l’été. À suivre.

9 commentaires

  1. Vladimir Poutine est en ce moment en politique ce que fut Mozard á la musique, tellement il manoeuvre bien comme un Chef d´orchestre dirigeant une partition.
    Il ya une video oú le Président Poutine se moque du dollar. Dans cette video, il dit ceci  » malgré les difficultés, la Russie est comme un poule qui pour avaler une montagne de graines, avance doucement, mais surement en picorant TOUK, TOUK, TOUK graine par graine, jusqu´á la dernière.
    C´est ce qu´il fait depuis quelques mois, avancant doucement et surement en allant pays par pays et pas des moindres, pour signer des Accords de Coopérations favorables á la Russie et aux pays concernés, et pendant ce temps, en Occident, on ne pense qu´aux ménaces, aux sanctions, á la guerre contre la Russie, et á la fin, lorsque l´Occident se réveillera, il sera trop tard, mais peut être comme il a été écrit dans un commentaire dans ces colonnes, lorsque Dieu veut vous perdre, Il vous fait perdre la raison.

    1. «Vladimir Poutine est en ce moment en politique ce que fut Mozard á la musique, tellement il manoeuvre bien comme un Chef d´orchestre dirigeant une partition.» – Avez vous fumé le tapis du salon avant d’écrire cela? Ce que Poutine fait depuis quelques mois, doucement et surement, c’est de s’isoler et ce rendre infréquentable à la face du monde entier. Pour reprendre une citation du Maréchal Dimitri Oustinov (ministre de la défense sous Brejnev) qui représente très bien comment est perçu la Russie de 2015 aux yeux du monde civilisé – «Aux yeux des occidentaux, nous sommes des fous. Nous ne devons surtout pas les détromper, car c’est la seule supériorité qu’il nous reste.»

    2. @Rémi Durocher : « …représente très bien comment est perçu la Russie de 2015 aux yeux du monde civilisé… »
      Je suis ravi d’apprendre qu’il existe un monde civilisé et un monde de barbares dont ferait partie la Russie. Néo colonialisme quand tu nous tiens…

  2. Oui, les dieux rendent fou ceux qu’ils veulent perdre. La Russie excelle toujours aux echecs. Contre le Docteur Folamour et ses grosses bottes texanes, la finesse de la srategie de Vlafimir !

  3. Rémy Durocher, je pense que les insultes sont interdits sur ce forum, je ne fume pas, cependant je ne sais pas qui de nous deux a fumé le tapis du salon.
    Il faut rester poli en répondant á un commentaire, argumenter pour le contrer ou argumenter pour commenter, c´est ce j´ai toujours fait, fait ou et que je vais faire en vous répondant.

    Le Président Poutine ni la Russie ne sont isolés ne vous en déplaise et je vais vous rafraichir la mémoire, si des fois vous l´avez oublié ce qui peut arriver.
    Le Président Poutine est allé en Chine, en Inde, en Afrique du Sud, en Turquie, en Iran au Brésil et d´autres pays de l´Amérique Latine, nouer les Accords de Coopérations favorables á la Russie et á ces pays et ceci sans guerre.
    Ce que j´écris lá, sont les faits réels que ni vous même ni personne ne pourriez nier á moins que vous considérez ces pays cités comme quantités négligeables, la croissance de ces pays mis ensembles, dépasse celle des pays Occidenatux, et si vous faites le compte des populations de ces pays, ils dépassent de très loin l´ensemble des populations du monde  » civilisé » qu´est l´Occident que vous citez, alors reconnaissez au moins que la Russie n´est pas isolé comme vous l´écrivez.

    Lorsque j´écris que le Président Poutine est á la politique ce qu´était Mozard á la musique, c´est vrai, voyez vous même comment il se meut dans l´arêne politique mondiale comme un Chef d´orchestre jouant une partition ou un compositeur comme Mozard, c´est vrai, son action á travers le monde est lá pour le prouver, en bon judoka qu´il est, il n´attaque jamais en premier, mais plutot se défend toujours et gagne en utilisant la force de l´adversaire pour le vaincre.

    Dans cette vidéo que je cite oú le Président Poutine se moque du dollar Us. que je vais rechercher et vous envoyer, il le dit ceci, je vais vous le répèter
     » malgré les difficultés, la Russie avance lentement mais surement comme un poulet qui pour avaler un tas de grains, les picore TOUK, TOUK, TOUK graine par graine jusqu´á la dernière et á la fin, le poulet avale toute les graines »., c´est ce que fait le Président Poutine en allant de pays en pays signer les Accords de Coopérations favorables á la Russie et á ces pays.
    Vous citez le Maréchal Russe » pour les Occidentaux les Russes sont fous », le Chancelier de fer Bismark s´adressant aux Occidentaux avait dit qu´il ne fallait jamais se moquer des Russes ou les prendre pour fous, il avait raison, je terminerai par deux proverbes Russes ( 1) la Russie ne s´énerve jamais lorsqu´elle est attaquée, elle se concentre. ( 2 ) les Russes tardent á se mettre en selle, mais après, ils chevauchent très vite.

    Si vous analysez les réactions des Russes depuis la confrontation avec l´Occident, vous verrez que ces deux proverbes concordent bien avec l´attitude de la Russie aujourd´hui.
    Mon souhait serais que l Occident se calme et adopte un ton plus conciliant envers la Russie et s´asseoie sur une table de négociations pour trouver un mode de vie pacifique avec la Russie, il en va pour le devenir de l´Occident, qui ne doit pas oublier que le monde est entarin de basculer aujourd´hui vers d´ares épicentres et rien ne va s´arrêter cette course, et que le monde va continuer sa course avec ou sans l´Occident.

  4. Dans son comportement actuel la Russie est nettement plus civilisée, que le Leviathan qu’est devenu l’Occident depuis que les USA en ont pris le contrôle. Vladimir Poutine montre sans cesse, avec Sergeï Lavrov, une pondération, une maîtrise, une courtoisie toute empreinte de cette vieille civilisation chrétienne, que ceux qui nous représentent ont perdue. Nous avons une bande de gros mufles face à des gens raffinés.
    Ces gros mufles occidentaux chaussés de gros sabots s’imaginent que la délicatesse et le tact sont des marques de faiblesse. Mais ils se trompent justement parce qu’ils sont dépourvus de finesse. Cette patience et cette pondération de la part de V Poutine est au contraire une marque de sa force. Souhaitons que jamais nous, en qualités d’Occidentaux, n’ayons jamais à en faire l’expérience.

    Mais on voit bien que les USA cherchent à élargir le conflit en Ukraine. Comme d’habitude les US sèment la guerre chez les autres. Qu’ils retournent chez eux en Amérique!

  5. La traduction économique est l’accélération du processus de dédollarisation au niveau mondial.La meilleure solution serait une conférence internationale de type Bretton Woods 2 afin de définir une zone minimum de transactions en dollar pour éviter sa chute inexorable assortie d’une incapacité par les Etats Unis de rembourser sa dette dollar.Malheureusement je ne vois pas Washington accepter ce raisonnement et cette conférence , et ne peut que souhaiter que la France sorte du risque dollar.
    Pascal Rendu Présidentielle 2017

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