Comment les dirigeants russes et occidentaux ont-ils réagi à l’assassinat de Boris Nemtsov ?

Le meurtre de Boris Nemtsov, face au Kremlin, dans la soirée du vendredi 27 février, a suscité de nombreuses réactions parmi les dirigeants russes et occidentaux. Qu’ils aient ou non éprouvé de la sympathie pour le personnage, ils ont rendu hommage à l’opposant et donné leur version sur les motifs du crime.

Un homme tient une pancarte avec écrit "Les héros ne meurent jamais" lors des premiers hommages sur le Grand Pont de pierre à Moscou le 28 février. Crédits : @LCDR
Un homme tient une pancarte avec écrit « Les héros ne meurent jamais » lors des premiers hommages sur le Grand Pont de pierre à Moscou le 28 février. Crédits : @LCDR

Premières réactions russes

Aux alentours de 1h30 le 28 février, soit environ deux heures après l’événement, Vladimir Poutine, par l’intermédiaire de son porte-parole Dmitri Peskov, a dénoncé « un assassinat cruel, présentant tous les signes d’un crime commandité et portant un caractère exclusivement provocateur ». L’attaché de presse du président a ajouté qu’ « avec tout le respect dû à la mémoire de Boris Nemtsov sur le plan politique, celui-ci ne représentait aucune menace politique pour le pouvoir russe actuel ni pour Vladimir Poutine personnellement ». Dmitri Peskov a ensuite annoncé que Vladimir Poutine avait « ordonné aux responsables du Comité d’enquête de la Fédération de Russie, du ministère de l’intérieur et du service fédéral de sécurité de créer un groupe de suivi et de placer l’enquête sous contrôle présidentiel direct ».

Vladimir Poutine a également envoyé un télégramme à la mère de Boris Nemtsov, Dina Eïdman. « Je partage sincèrement le malheur qui vous frappe. Boris Nemtsov a laissé une trace dans l’histoire de la Russie, dans sa politique et sa vie sociale. Il a eu à occuper des postes de responsabilité dans une période de transition, difficile pour notre pays. Il a toujours exposé directement et honnêtement ses positions et défendu ses points de vue », peut-on lire dans l’adresse publiée sur le site du Kremlin.

Dès la nuit du vendredi au samedi, le vice-président de la Douma et membre du parti communiste russe Ivan Melnikov a relié le meurtre de Nemtsov à une volonté extérieure de déstabiliser la Russie : « Du point de vue politique, si l’on prend en compte le moment choisi, l’affiliation idéologique de la victime et sa célébrité, ce qui s’est passé ressemble à une provocation cruelle et sanglante, organisée pour exacerber la protestation dans le pays et renforcer l’hystérie anti-russe à l’étranger – un objectif similaire à celui que visait l’attaque contre le Boeing de la Malaysia airlines dans le Donbass », a-t-il estimé.

Le leader du parti Russie Juste Sergueï Mironov a également qualifié l’assassinat de l’opposant de « provocation évidente », visant à « dégrader et déstabiliser la situation en Russie ». Le vice-président du Conseil de la Fédération et député de Russie Unie Sergueï Jelezniak a, quant à lui, déclaré que Boris Nemtsov était désormais « une victime sacrée » qui serait activement exploitée par l’opposition pour mobiliser « les citoyens en colère ».

Le président du parti communiste Guennadi Ziouganov, qui n’a pas manqué non plus de noter que la mort de l’homme politique pourrait être utilisée pour « déstabiliser la situation » en Fédération de Russie, a toutefois tenu à saluer le travail de Boris Nemtsov au niveau régional, en relevant que cet ancien gouverneur de Nijni Novgorod (de 1991 à 1997) « était ouvert au dialogue, ce qui est important en politique ».

Le Conseil de la Douma de Iaroslavl, où Boris Nemtsov était député, a publié un communiqué : les parlementaires régionaux y admettent que, si « les opinions politiques de Nemtsov ne coïncidaient pas souvent » avec les leurs, « son intransigeance et sa témérité étaient des qualités professionnelles et humaines uniques qui forçaient le respect ».

Au lendemain du meurtre, le vice-Premier ministre russe Arkadi Dvorkovitch a demandé une minute de silence en l’honneur du défunt à l’ouverture du 3ème jour du Forum économique de Krasnoïarsk, tandis que le Premier ministre Dmitri Medvedev, dans un communiqué publié sur son site, s’est dit « choqué par le meurtre cruel et cynique de Boris Efimovich Nemtsov ». « Il s’agit d’une grande perte pour notre société, dont il a toujours représenté les libertés et les valeurs. Boris Nemtsov fut un des hommes politiques les plus talentueux de la période de transformations démocratiques de notre pays », peut-on encore lire dans le communiqué du Premier ministre.

Le président de la Douma Sergueï Narychkine, pour sa part, a déploré « un meurtre commis de sang froid en plein centre de Moscou, qui défie l’État et la société. Je suis persuadé que les auteurs seront punis et que le nom de Boris Nemtsov restera gravé dans l’histoire de la politique russe. »

L’ex-dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev a souligné que cette tragédie « affectait profondément tout le monde. Boris avait, bien sûr, ses défauts, mais c’était un homme sincère », a-t-il déclaré.

« C’est le troisième cas, depuis les affaires Galina Starovoytova et Sergueï Iouchenkov [deux députés libéraux à la Douma, assassinés respectivement en 1996 et en 2003, ndlr], d’assassinat d’hommes politiques à l’échelle fédérale », a regretté Vladimir Rijkov, qui avait quitté l’année dernière la co-présidence du parti d’opposition RPR-PARNASS, au sein duquel Nemtsov était l’allié de Garry Kasparov.

Le président du parti libéral Iabloko Sergueï Mitrokhin a quant à lui noté qu’il s’agissait « d’un défi non seulement pour l’opposition, mais aussi pour les autorités » et que le président russe devait « placer l’enquête sous son contrôle personnel direct ». Les dirigeants du parti Iabloko, qui avaient pris leurs distances avec la manifestation anti-crise prévue le dimanche 1er mars, ont par ailleurs participé à la Marche en mémoire de Boris Nemtsov le même jour.

Ce qui s’est dit en Occident

Foule devant le lieu du meurtre de Boris Nemtsov, à Moscou, le 28 février. Crédits : @LCDR
Foule devant le lieu du meurtre de Boris Nemtsov, à Moscou, le 28 février. Crédits : @LCDR

Quelques heures seulement après la mort de l’opposant, le président américain, qui avait rencontré Nemtsov à Moscou en 2009, a qualifié le personnage de « défenseur infatigable de son pays, qui se battait pour les droits de tous ses concitoyens » et exhorté les autorités russes à mener une « enquête juste et transparente ».

Le secrétaire d’État américain John Kerry, sur la chaîne américaine ABC, a dit espérer « une enquête approfondie et transparente, afin de découvrir l’identité non seulement du tireur, mais aussi de ceux qui ont commandité ce crime ».

Pour l’ancien ambassadeur américain en Russie Michael McFaul, aujourd’hui professeur à l’Université de Stanford, il est nécessaire d’attendre les informations des forces de l’ordre et de la justice russes avant de tirer des conclusions définitives. M. McFaul a par ailleurs qualifié de « non-sens absolu » les déclarations des hommes politiques et personnalités publiques russes accusant les services de renseignements étrangers de l’assassinat de Nemtsov.

Le président du Centre américain des intérêts globaux Nikolaï Zlobin a assuré au site d’information Kommersant que les États-Unis accorderaient toute leur attention à l’enquête sur la mort de Boris Nemtsov : « Nous serons d’abord attentifs à la réaction officielle du Kremlin, puis au sérieux avec lequel les autorités russes vont mener l’enquête et, enfin, à l’analyse qui en sera faite par le président, le Premier ministre et les principaux partis politiques », a expliqué le chercheur.

Les dirigeants européens ont eux aussi réagi rapidement à la mort de l’homme politique. François Hollande a fermement condamné « l’assassinat odieux de Boris Nemtsov », et Angela Merkel a dénoncé un « meurtre lâche », appelant le président russe à faire tout son possible pour qu’il soit élucidé et que les assassins répondent de leurs actes devant la justice.

Si le ministre allemand des affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier a déclaré que « le meurtre brutal de Nemtsov port[ait] un coup sévère à tous ceux qui défendent courageusement une Russie ouverte », le Premier ministre britannique David Cameron est quant à lui convaincu que « Boris Nemtsov a été tué, mais les valeurs qu’il défendait ne mourront jamais. »

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