Vladimir Poutine : « Une guerre entre la Russie et l’Ukraine est improbable »

Le 23 février, à l’occasion d’une interview avec le journaliste du groupe national de radiodiffusion et de télévision russe VGTRK Vladimir Soloviov, le président russe s’est exprimé sur l’éventualité d’un conflit armé entre la Russie et l’Ukraine et insisté sur l’importance de la mise en œuvre des accords de Minsk.

Vladimir Poutine face au journaliste du groupe national de radiodiffusion et de télévision russe VGTRK, Vladimir Soloviov. Crédits: kremlin.ru
Vladimir Poutine face au journaliste du groupe national de radiodiffusion et de télévision russe VGTRK, Vladimir Soloviov. Crédits: kremlin.ru

V. Soloviov : Le pays entier célèbre aujourd’hui la « Journée des défenseurs de la patrie » [le 23 février est férié en Russie, ndlr]. Mais pour les Ukrainiens, le 23 février est désormais le jour où la Crimée a été conquise, et Petro Porochenko a déclaré qu’il ferait tout ce qu’il pourrait pour la récupérer. Allons-nous nous réveiller un matin en apprenant que nous sommes en guerre ?

V. Poutine : Je pense que ce scénario apocalyptique est improbable, et j’espère que les choses n’iront jamais jusque-là. Sur la Crimée, il s’agit d’un discours revanchard : la reprise d’un quelconque territoire à qui que ce soit n’arrivera pas. Selon moi, le gouvernement d’un État européen aussi grand que l’Ukraine doit avant tout remettre les choses en ordre chez lui : relancer l’économie et le secteur social, normaliser ses relations avec le sud-est du pays de façon civilisée, garantir les droits et les intérêts légitimes des habitants du Donbass. Je suis persuadé que ce sera le cas si les accords de Minsk sont mis en œuvre.

Rappelez-vous, il y a un an, lorsque j’ai pris la parole face aux députés de l’Assemblée fédérale à ce propos, j’ai dit que la Crimée avait toujours été et resterait russe et ukrainienne, et tataro-criméenne, et grecque (même des Grecs vivent sur la péninsule) et allemande – et qu’elle serait la maison de tous ces peuples. Les gens qui vivent en Crimée ont choisi leur nationalité. Leur choix devrait être respecté et la Russie ne peut se comporter autrement vis-à-vis d’eux. J’espère que nos partenaires proches et lointains finiront par faire de même – car seule la volonté du peuple compte.

V.S : Il y a actuellement une fracture entre les élites américaines et européennes : les USA disent que la Russie a envahi Debaltseve, ce qui impliquerait la prise de nouvelles sanctions à son encontre, mais l’Europe ne soutient pas cette position. John Kerry a carrément accusé ses partenaires européens de lâcheté. Qu’en dites-vous ?

V. P : Honnêtement, je n’ai pas entendu parler de ces déclarations. Vous êtes plus au courant que moi.

V.S : Pour qualifier le conflit dans le Sud-Est de l’Ukraine, on parle en Russie de « guerre civile », mais en Ukraine, on parle d’« invasion russe ». Pourquoi le monde ne voit-il pas la vérité ?

V. P : Il ne veut pas la voir. Tout d’abord, le monde est complexe et diversifié : certains en sont conscients, mais d’autres préfèrent l’ignorer et se taisent. Le monopole que nos opposants exercent sur les médias mondiaux leur permet de se comporter comme ils le font. Ensuite, ma remarque durant ma visite en Hongrie, quelque peu négligente d’ailleurs, a eu un certain effet : j’ai dit qu’il était vexant pour les autorités de Kiev de perdre contre des gens qui étaient, hier encore, des mineurs et des conducteurs de tracteurs. C’est également désagréable pour la Russie de perdre, mais moins humiliant. En même temps, nous connaissons les déclarations des hauts dirigeants ukrainiens, y compris celles des officiers supérieurs de l’armée. Le chef de l’état-major ukrainien l’a déclaré : « Nous ne sommes pas en guerre contre l’armée russe ». Que vous faut-il de plus ?

Globalement, ces tentatives de justifier la défaite et de rejeter la faute sur la Russie sont très graves. Mais le pire, c’est l’exagération et les tentatives d’exacerbation du conflit entre l’Ukraine et la Russie.

Je le répète encore une fois : si les accords de Minsk sont mis en œuvre, je suis persuadé que la situation reviendra progressivement à la normale. Et j’imagine que l’Europe a autant intérêt que la Russie à ce qu’ils aboutissent. Personne n’a besoin d’un conflit à la périphérie de l’Europe, encore moins d’un conflit armé.

Vladimir Poutine et Victor Orban
Vladimir Poutine et Victor Orban

V.S : Êtes-vous parvenus à attirer l’attention de nos collègues européens sur l’idéologie nazie qui a gagné les faveurs de Kiev ? Sont-ils inquiets ?

V. P : Ils s’efforcent de ne pas le voir. En revanche, j’ai constaté un désir sincère de leur part de trouver un compromis qui mènerait à un règlement final du conflit.

Après tout, si l’on regarde bien, les accords de Minsk parlent de décentralisation du pouvoir, avec une note de bas de page précisant ce que cela signifie. Les auteurs de cette note de bas de page sont nos partenaires allemand et français – ce qui prouve ce désir sincère dont je parle.

V.S : Les accords de Minsk vous ont-ils permis de retrouver une confiance absolue dans les dirigeants français et allemand ?

V.P : Vous savez, ce n’est pas dans toutes les familles qu’on peut trouver une confiance absolue ; alors sur la scène internationale, c’est encore plus compliqué. Néanmoins, je pense que nous nous comprenons et que, somme toute, nous nous faisons confiance, même s’il persiste une petite dose de méfiance. J’ai l’impression que nos partenaires sont globalement plus enclins à nous faire confiance qu’à se méfier – ou, du moins, plus enclins à croire en notre sincérité.

V.S : Avez-vous des contacts avec M. Porochenko ? Avez-vous confiance en lui, et pensez-vous qu’il tiendra ses promesses ?

V.P : Nous sommes en contact. Je suis juste un peu surpris, parfois, par les déclarations publiques du gouvernement ukrainien – sur le fait que des membres de notre administration auraient participé aux événements tragiques sur la place Maïdan il y a un an, par exemple. C’est complètement absurde, on se demande où ils pêchent ces idées. J’entends parfois dire que ces déclarations s’appuient sur des informations des services de renseignement… Mais tant d’inexactitude ! Je voudrais demander à mes collègues ukrainiens plus de vigilance dans l’utilisation des informations qui atterrissent sur leur bureau.

V.S : En cas de radicalisation du côté de l’armée ukrainienne et des bataillons nationalistes, pourrait-on envisager un « Minsk-3 » et l’adoption par la Russie de mesures diplomatiques extrêmes, telles la reconnaissance des républiques populaires de Donetsk et de Lougansk ?

V.P : Aucune mesure extrême n’est nécessaire pour le moment parce que les accords de Minsk ne sont pas restés un simple document élaboré par les quatre participants au processus – l’Ukraine, la Russie, la France et l’Allemagne. Ils ont été fixés par une résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unies et ont pris la forme d’un acte juridique international, soutenu et approuvé de facto par l’ensemble de la communauté internationale. C’est autre chose, comme on dit. Je m’attends vraiment à ce que ces accords soient mis en œuvre et, une fois réalisés, ils ouvriront une voie sûre vers la normalisation de la situation dans le Sud-Est de l’Ukraine.

4 commentaires

  1. Ah oui ? Et que viennent faire tous ces soldats et instructeurs US et UK avec leur matériel « pour entrainer-épauler » l’armée ukrainienne. Du tourisme ? Kiev n’a aucune parole.

  2. Comme Gerard Depardieu j’aime la Russie . Mon père habitant Kiev , ma toujours dit qu’il était Russe de ce fait je suis devenu pros-Russe.

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