Les Russes face à la crise : ceux qui ont renoncé aux crédits et aux vacances

Dépenser ou économiser ? Le Courrier de Russie publie une série de conversations entendues sur la crise, le taux de change et les perspectives économiques dans les magasins, les universités, les hôpitaux et les restaurants de Moscou.

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L'inscription : Le pays des imbéciles. Le champ des miracles. La banque "De grand profit". Crédit : caricatura.ru
L’inscription : Le pays des imbéciles. Le champ des miracles. La banque « du grand profit ». Crédit : caricatura.ru

Sur les crédits

La majorité des personnes qui se sont exprimées considèrent qu’il vaut mieux, vu l’instabilité actuelle des devises étrangères, avoir des crédits et des dépôts en roubles. Par ailleurs, beaucoup de ceux qui avaient l’intention de contracter un crédit important ont changé d’avis. Vassili, médecin chevronné, confie :

— On voulait prendre une hypothèque, mais… C’était déjà irréaliste à la base, alors aujourd’hui, je ne vous dis pas…

— C’est toujours irréaliste !, commentent ses collègues, en riant.

— C’est juste impossible, je dirais, poursuit Vassili. Avant l’envolée du taux de change, ma femme et moi envisagions encore plusieurs options et nous nous renseignions sur les prix, mais aujourd’hui, nous nous sommes calmés. À la place, nous consacrons du temps à nous-mêmes.

— Vous avez donc reporté vos projets ?

— Reporté… Enterré, plutôt !, résume amèrement Vassili.

Sergueï, son collègue, songeait aussi à acheter un logement et était même prêt à prendre un crédit : « Je suis ravi de ne pas l’avoir fait, parce que le taux d’intérêt, qui s’est envolé avec tout ça, est devenu trop lourd pour tout le monde, y compris pour moi. »

Un autre médecin, Dmitri, a converti en juillet toute son épargne en euros. Il rembourse son prêt immobilier en roubles avec un taux flottant – il est dans la deuxième année de paiement, sur douze.

— Je me suis préparé à la chute du cours il y a six mois. Je m’attends à des moments difficiles mais je suis prêt pour affronter la crise. Pour l’instant, je n’éprouve aucune difficulté matérielle.

— Mais plus tard, ce sera plus dur de rembourser ce prêt ? Le taux d’intérêt des banques a augmenté avec l’augmentation du taux directeur de la Banque centrale…

— L’envolée du taux directeur était tout à fait prévisible, la seule question était : de combien ? Le « mardi noir », mes cheveux se sont dressés sur ma tête quand j’ai vu le taux directeur augmenter de 6,5 points. Je pensais qu’il augmenterait de 1 ou 1,5. Mais en tout cas, ma banque ne l’applique pas encore.

Oleg, employé dans une société étrangère, a contracté un emprunt immobilier il y a six mois. Avant ça, le taux directeur avait déjà été relevé deux fois, et Oleg avait alors choisi d’opter pour un taux fixe, qui ne serait lié à un aucun indice.

— J’ai un prêt à taux fixe de 12 %, et avec le taux directeur qui est passé à 17 %, je gagne donc 5 % sur mon crédit. Ha, ha, je suis bien content !

— Le contrat prévoit sûrement une clause de force majeure.

— C’est très difficile à prouver. Je ne pense pas que mon taux va augmenter. La première banque qui décidera de relever ses taux devra avoir un sacré courage. Et tout le monde sait que cette situation ne peut pas durer plus de quelques mois – un tel taux n’est pas tenable sur la durée, parce qu’autrement, ce sera la fin de l’économie. Le Brésil, l’Inde et plusieurs pays d’Afrique ont connu la même expérience – avec un bond similaire.

Sur les vacances

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Anna, designer, n’a jamais travaillé pour une entreprise importante – elle travaille à son compte, et son salaire dépend directement de ses clients. Cela lui suffit au moins à se nourrir :

— Au magasin, j’achète ce dont j’ai envie sans regarder les prix, confie-t-elle. La seule conséquence de la crise, pour moi, c’est que j’ai renoncé à partir en vacances cet été. Tout le monde parle de crise mais, selon moi, ce n’est pas si dramatique : on ne mourra pas de faim, il y a du travail, à manger. Je me souviens de comment c’était en 1998 – à l’époque, la situation était vraiment grave. Pour moi, la crise, c’est quand il n’y a pas de travail, pas de salaires – et pas parce qu’ils sont versés avec du retard mais parce qu’il n’y a plus d’argent du tout. La crise, ce n’est pas quand vous devez renoncer à vos vacances ou au dernier iPhone.

Une dépense sur laquelle beaucoup tirent un trait aujourd’hui, ce sont bel et bien les voyages à l’étranger. Lioudmila, par exemple, renonce pour un temps aux séjours à l’étranger et prévoit de plutôt passer ses vacances en Crimée. Et la plupart de ceux qui ont déjà leurs billets pour l’Europe devront économiser sur place :

— On part en Italie en février, mais on emportera plusieurs saucissons !, plaisante Dmitri, médecin. Sérieusement, on va prendre un sac de nourriture, parce qu’acheter sur place nous coûtera évidemment plus cher.

Pourtant, les véritables amateurs de voyages ne se laissent pas décourager par les difficultés financières :

— On avait dans l’idée de changer de voiture, mais on a dû repousser ce projet, vu l’augmentation des prix et toutes les spéculations, explique Petr Grigorievitch, professeur de géographie assez âgé. À la place, nous nous sommes fait un cadeau pour dans un an : nous avons réservé un séjour en Norvège pour janvier 2016.

1 commentaire

  1. je crois que tout les pays sont dans une crise profonde!!!!!! et cela n’est pas bon pour nous tous, est ce l’annonce d’une 3 guerre mondiale , plus de travail
    donc chômage, les banques de plus en plus frileuses, les islamistes qui s’étendent de plus enplus.

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