Dates clés de l’exploration arctique en Russie

Après vous avoir donné les repères géographiques de notre exploration arctique du 2 au 7 février, nous vous fournissons ici quelques références historiques.

Début de l’exploration de l’océan Arctique par les Slaves

L'exploration russe dans l'Arctique
L’exploration russe dans l’Arctique

Entre le XIe et le début du XIIe siècles, les premiers Slaves accostent sur les rives de la mer Blanche, puis de celle de Barents. Au XIVe siècle, ils abordent déjà la Nouvelle-Zemble et, plus tard, le Spitzberg (une des trois îles formant l’archipel du Svalbard). La première colonie humaine en Arctique – Mamontovaïa Kouria (« La Baie du mammouth », en russe) – daterait d’il y a 37 500 ans.

Premières cartes

En 1525, Dmitri Guerassimov, diplomate et traducteur russe, émet l’idée de l’existence possible d’un « passage du Nord-Est », aussi appelé « Route maritime du Nord » (Sevmorput, en russe). Il s’agit d’une voie maritime permettant de relier l’océan Atlantique à l’océan Pacifique en longeant la côte nord de la Russie. L’hypothèse encourage d’autres pays à partir à sa recherche. Aux XVIe et XVIIe siècles, l’Angleterre et les Pays-Bas équipent plusieurs expéditions vers le nord. En 1596, sous le commandement de Jacob Van Heemskerk et Willem Barentsz, les Néerlandais réussissent à atteindre la côte septentrionale de la Nouvelle-Zemble. Aux alentours du XVIe siècle, des géographes commencent à tracer des cartes de la région arctique.

Premières expéditions russes

Le bateau de Vitus Béring, 1741, Giclee Print
Le bateau de Vitus Béring, 1741, Giclee Print

En 1648, les explorateurs russes Fedot Popov et Simon Dejnev contournent la péninsule tchouktche à bord de leurs kotchs (petits voiliers à un ou deux mâts, utilisés en Russie lors des voyages dans les mers arctiques) et rejoignent l’océan Pacifique. En 1725, sur un décret de Pierre le Grand, Vitus Béring (Danois d’origine, devenu sujet de l’Empire russe) mène la première expédition du Kamtchatka. Les participants découvrent la baie de la Croix, le golfe Karaguinski, l’île Saint-Laurent, la baie de la Providence et le golfe d’Anadyr. Vitus Béring navigue entre l’Asie et l’Amérique, confirmant ainsi l’existence du détroit qui portera par la suite son nom. À partir de 1733, la deuxième expédition du Kamtchatka explore durant dix ans les eaux de l’océan Arctique. Les explorateurs empruntent le passage du Nord-Est sur toute sa longueur et dressent des cartes des parties sud-est des mers de Barents et de Kara. C’est la première fois que sont représentées les rives de l’océan Arctique d’Arkhangelsk à l’embouchure de la Kolyma, ainsi que le littoral de l’île Honshū et les îles Kouriles.

Construction du premier brise-glace arctique

Le premier brise-glace arctique du monde, le Yermak, construit en 1898 / Wikimedia
Le premier brise-glace arctique du monde, le Yermak, construit en 1898 / Wikimedia

Le premier brise-glace arctique du monde, le Yermak, est construit en 1898 sur une proposition de l’amiral et explorateur polaire Stepan Makarov. Le navire permet aux marins et chercheurs russes de s’approcher des rives du Spitzberg, de la Nouvelle-Zemble et de l’archipel François-Joseph. Ayant rejoint le Spitzberg à bord de son brise-glace, l’amiral effectue ses premières études océanographiques sur le rivage de l’île.

Découverte de l’archipel de la Terre du Nord

Entre 1910 et 1915, l’expédition hydrographique russe de l’océan Arctique établit des relevés hydrographiques détaillés et balise le territoire s’étendant du cap Dejnev à l’embouchure de la Léna. En 1913, l’expédition découvre l’archipel qui sera par la suite baptisé « Terre du Nord ». Jusqu’au début du XXe siècle, les pays arctiques (Russie, États-Unis, Canada, Norvège et Danemark) se contentent d’explorer le rivage de l’océan Arctique mais n’en revendiquent ni la surface, ni les fonds. C’est le Canada qui sera le premier, en 1909, à étendre, par un acte législatif, sa souveraineté jusqu’au pôle Nord.

L’URSS délimite ses frontières en Arctique

À partir de 1923, et durant dix ans, l’Union soviétique construit 19 stations radio-météorologiques polaires sur les rives et les îles de l’océan Arctique. En 1926, l’URSS délimite les frontières de ses possessions polaires, de la péninsule de Kola au détroit de Béring, en passant par le pôle Nord. Les États-Unis, le Canada, la Norvège et le Danemark ne contestent pas l’initiative. C’est alors que prend forme la norme de droit international, non inscrite aux traités intergouvernementaux, qui divise l’Arctique en secteurs nationaux se rejoignant au pôle.

L’expédition d’Otto Schmidt

En 1930, pour la première fois dans l’histoire de l’exploration de l’Arctique, l’expédition soviétique d’Otto Schmidt traverse à bord d’un brise-glace la partie supérieure de la mer de Kara et rejoint les rives occidentales de la Terre du Nord depuis la mer de Barents. En 1932, Otto Schmidt, sur son brise-glace Sibiriakov, fait le trajet d’Arkhangelsk au détroit de Béring, devenant le premier marin à emprunter le passage du Nord-Est sans escale ni relâche hivernale.

Première station polaire dérivante

Au début des années 1930, l’URSS organise des expéditions de recherche et d’exploration des ressources minières des territoires du passage du Nord-Est. À la même époque, on commence à équiper des expéditions arctiques sur les rives de la mer de Laptev, du golfe de Khatanga et des baies de Nordvik et d’Anabar, en vue d’évaluer leur teneur en pétrole et en gaz. Le 21 mai 1937, Ivan Papanine conduit un groupe de quatre hommes au pôle Nord. En juin, l’expédition installe la première station scientifique polaire dérivante, baptisée « Pôle Nord-1 ». Les explorateurs y passent neuf mois, dérivant sur plus de 2 500 km.

Premier vol sans escale au-dessus du pôle Nord

Le 18 juin 1937, Valeri Tchkalov, Gueorgui Baïdoukov et Alexandre Beliakov rejoignent l’Amérique du Nord depuis un aérodrome moscovite, effectuant ainsi la première traversée aérienne directe du pôle Nord. En 63 heures et 16 minutes, l’équipage couvre une distance de près de 9 000 km et atterrit à l’aérodrome militaire de Vancouver.

Début de la prospection de l’Arctique

Station polaire russe
Station polaire russe

En 1954, deux stations dérivantes sont construites simultanément : Pôle Nord-3 et Pôle Nord-4. Dès lors, plusieurs stations dérivantes fonctionnent en continu dans la région. Dans les années 1960, des travaux de prospection intensifs débutent sur les bords du plateau continental. Plus particulièrement, en 1962, le gisement de gaz de Tazovski est mis à jour, marquant le début des découvertes d’immenses réserves d’hydrocarbures dans la région arctique. En 1965, on découvre le gisement de condensat de pétrole et de gaz de la région polaire.

Création de la société ArktikMorNefteGazRazvedka

Le gisement Peschanoozerskoe en Iamalie. Crédits: Youtube
Le gisement Peschanoozerskoe en Iamalie. Crédits: Youtube

1979 est l’année de création de ArktikMorNefteGazRazvedka, une société d’exploration et d’exploitation des gisements pétroliers et gaziers du plateau continental des mers arctiques en Russie. Ainsi, à partir de 1981, quinze gisements (quatre pétroliers, cinq gaziers, cinq de condensat de gaz et un de condensat de pétrole et de gaz) sont découverts dans les mers de Barents, de Petchora et de Kara. Les années 1982 et 1983 sont marquées par les premiers succès des géologues soviétiques, avec l’extraction industrielle du pétrole du gisement de Pestchanoozernoïe, sur l’île Kolgouïev, et la découverte d’une fontaine ardente dans le gisement de Mourmansk, en mer de Barents.

Découverte du gisement de Chtokman

En 1981, on découvre, dans la partie centrale du secteur russe de la mer de Barents, à 550 km au nord-est de Mourmansk, le site de Chtokman, l’un des plus grands gisements de condensat de gaz au monde. Ses réserves s’élèvent à 3 900 milliards de mètres cubes de gaz et 56,1 millions de tonnes de condensat de gaz. La mer atteint dans cette région une profondeur oscillant entre 320 et 340 m. En septembre 2006, Gazprom y fore un puits d’exploration.

Découverte du gisement Prirazlomnoïe

En 1989, à 60 km du rivage de la mer de Petchora, est découvert le gisement Prirazlomnoïe. Ses réserves sont estimées à 72 millions de tonnes de pétrole. L’entreprise Gazprom Neft Shelf en détient la licence d’exploitation et y a construit une plate-forme maritime stationnaire résistante aux glaces : la plate-forme Prirazlomnaïa. En décembre 2013, du pétrole en est extrait pour la première fois. Le taux prévisionnel d’extraction est d’environ 5 millions de tonnes par an.

Création de la société Sevmorneftegaz

Les sociétés RosShelf et Rosneft-Pourneftegaz (filiales de Gazprom et Rosneft) créent sur une base paritaire la société Sevmorneftegaz (depuis 2009 : Gazprom Neft Shelf), première société russe d’aménagement et d’exploitation des gisements pétrogaziers dans l’océan Arctique. En octobre de la même année, Sevmorneftegaz obtient une licence d’exploitation du sous-sol du gisement pétrolier Prirazlomnoïe.

L’expédition d’Arthur Tchilingarov

Arthur Tchilingarov
Arthur Tchilingarov

En 2001, la Russie soumet à l’ONU une requête visant à élargir sa zone économique jusqu’au pôle, utilisant l’argument selon lequel les dorsales de Lomonossov et de Mendeleïev sont des extensions du plateau continental russe. L’ONU demande à la Russie d’étayer cette requête. En réaction, le Danemark et le Canada revendiquent la dorsale de Lomonossov, tandis que la Norvège fait part à l’ONU de sa volonté d’élargir son plateau continental sur 250 000 km2.

À l’été 2007 est organisée l’expédition polaire Arctique 2007, menée par Arthur Tchilingarov. Celle-ci évalue entre 9 et 10 milliards de tonnes de combustible, soit deux tiers de la consommation mondiale annuelle d’hydrocarbures, les réserves dans la région convoitée auprès de l’ONU.

L’action de Greenpeace

En 2013, des militants de Greenpeace ont tenté d’escalader la plate-forme pétrolière Prirazlomnaïa en signe de protestation contre le forage du pétrole dans l’Arctique. L’action a été interrompue par le service frontalier du FSB et les militants ont été arrêtés. Un mois plus tôt, le 13 août, des militants de Greenpeace, à bord du brise-glace Arctic Sunrise, se sont approchés du navire russe de recherche sismique Akademik Lazarev et ont exigé de son capitaine, par message radio, la cessation des activités du navire.

Prirazlomnaïa extrait son millionième baril de pétrole

En 2014, la plate-forme Prirazlomnaïa a extrait son millionième baril de pétrole ARCO (nouvelle marque du pétrole arctique) et déchargé son deuxième navire pétrolier. L’envoi de la production de la plate-forme 365 jours par an est possible grâce à deux pétroliers – le Mikhaïl Oulianov et le Kirill Lavrov – spécialement conçus à cette fin.

1 commentaire

  1. Fabuleux !Merci de me faire découvrir ces pans d’ Histoire qui me sont inconnus ! Magnifique tableau ( qui va remplacer les armoiries de Russie présente en fond d’écran sur mon « bureau »et photos !

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