Daghestan : ces musulmanes qui disent non au hijab

Au Daghestan, région caucasienne du sud de la Russie, les femmes sont de plus en plus nombreuses à se couvrir d’un voile. Mais une tendance inverse s’esquisse également : certaines, après avoir porté le hijab, choisissent de l’abandonner. C’est à ces dernières que la revue en ligne daghestanaise Daptar.ru consacre un article.

Crédit : Boris Kaufman/RIA Novosti
Crédits : Boris Kaufman/RIA Novosti

Bariat

J’avais un nouveau travail depuis plusieurs mois lorsqu’un beau matin, une jeune femme svelte, vêtue d’une étroite jupe en jean et d’un pull à col roulé foncé, a franchi la porte du bureau. Elle était coiffée d’un foulard blanc, noué comme un turban.

« Bonjour, je m’appelle Bariat. Je reviens de mon congé de maternité », a-t-elle annoncé.

La nouvelle venue a fait preuve d’un dynamisme remarquable. En peu de temps, des chocolats, un service à thé, du sucre en poudre et une bouilloire électrique se sont fait une place dans l’armoire. Et notre équipe a pris l’habitude de boire le thé tous les matins.

J’ai rapidement appris que Bariat avait 23 ans, que son fiancé était venu la demander en mariage un peu plus d’un an plus tôt à bord d’une limousine, et qu’elle avait eu le bonheur de mettre au monde un petit garçon : Ahmed. Mais à ma question de savoir pourquoi elle était revenue si tôt de son congé de maternité pour un salaire de misère, Bariat a répondu de façon évasive.

Un jour, en parcourant les photos enregistrées sur son téléphone, je suis tombée sur une jeune fille qui lui ressemblait beaucoup – si ce n’était l’ample robe foncée et le voile qui lui couvrait le cou, le front et le menton. « Eh oui, c’est moi, a réagi ma nouvelle collègue en souriant. Quand j’étais mariée, je portais le hijab. Maintenant, je suis divorcée. »

Et, appuyant sur sa main une joue rosie par l’émotion, elle s’est mise à me confier tout ce qu’elle avait sur le cœur, mais comme si elle s’adressait à quelqu’un d’autre.

« On m’exhorte à retourner chez mon mari, on me reproche de priver mon enfant de son père et de ne plus porter le hijab. Mais je ne peux plus le porter – je n’en peux plus ! », m’a-t-elle expliqué.

Bariat avait rencontré son mari ici même, à son travail. Grand et fort, il avait rapidement éconduit tous ses rivaux. Il la raccompagnait après le travail, lui téléphonait le soir et lui envoyait des messages le matin. L’heure des fiançailles est arrivée rapidement. Et puis tout a changé…

« Quand nous sortions ensemble, au début, il était très compréhensif et doux, il me pardonnait mes caprices et mes humeurs rebelles. Je me disais que j’avais beaucoup de chance. Je pensais qu’il ne changerait jamais car il m’aimait éperdument. Comme je l’aimais, moi », m’a-t-elle confié.

Pourtant, après le mariage, cet esprit de révolte et ces caprices se sont envolés. La jeune femme était devenue une véritable fée du logis et une épouse tendre.

« Ma mère disait en plaisantant : on ne te voyait jamais à la cuisine chez nous, et maintenant tu prépares des festins pour le petit-déjeuner de ton mari », disait Bariat.

La jeune femme régalait également ses collègues, qui s’étonnaient tous de ce qu’elle s’active aux fourneaux dès le matin. Mais elle le faisait avec plaisir !

« Je faisais tout ce qu’il me demandait, convaincue que c’était normal, dans un couple. Et lorsqu’il m’a dit de jeter mes vieux vêtements et de porter le hijab, je l’ai accepté calmement. Après tout, c’était mon mari, le chef de famille », se souvenait Bariat.

Certes, elle n’était pas très à l’aise, au début, dans cette ample robe qui tombait jusqu’au sol et coiffée de ce long foulard, sans maquillage ni bijoux. Mais elle s’est convaincue que ce n’était qu’une question d’habitude.

L'université d'Etat à Daghestan. Crédit : dgu.ru
Université d’Etat du Daghestan. Crédits : dgu.ru

La jeune femme ne s’est pas formalisée ; elle avait appris à prier toute petite, avec sa grand-mère, et, à l’université, elle avait suivi des cours d’arabe. Lorsque son mari a exigé qu’elle se débarrasse de ses pantalons et jupes ajustés, elle s’est même dit que c’était précisément la mission d’un époux : indiquer à sa femme le droit chemin.

Certes, elle n’était pas très à l’aise, au début, dans cette ample robe qui tombait jusqu’au sol et coiffée de ce long foulard, sans maquillage ni bijoux. Mais elle s’est convaincue que ce n’était qu’une question d’habitude. Que, bientôt, elle cesserait de se prendre les pieds dans sa robe et apprendrait à attacher son voile en quelques minutes.

Mais alors, son mari a véritablement changé, du tout au tout. Il disparaissait de la maison pendant plusieurs jours, sans répondre à ses appels ni lui fournir la moindre explication. « J’ai tenté de comprendre ce qui se passait, j’ai manifesté mon mécontentement. Mais il n’a rien remarqué. Il ne s’est pas vexé, ne m’a pas frappée. Il ne m’a tout simplement pas remarquée », se remémorait Bariat.

Le désespoir s’est emparé de la jeune femme ; mais Bariat ne s’est pas plainte, ni auprès de ses parents ni auprès de sa belle-mère, car elle espérait que tout rentrerait rapidement dans l’ordre.

« J’étais enceinte de notre fils à l’époque, et j’avais besoin de douceur et d’attention », racontait-elle avec amertume.

À la place, la jeune épouse ne recevait que des reproches. Son mari saisissait le moindre prétexte pour s’en prendre à elle. Et peu lui importait de savoir d’où venaient les aliments qui se trouvaient dans le réfrigérateur (que le père de Bariat apportait), qu’il faille payer les factures ou que sa femme ait besoin d’argent pour s’acheter des vêtements et des chaussures d’hiver.

« Il me laissait uniquement de quoi payer les trajets et faire de menues dépenses. Comme je ne pouvais pas m’acheter de bottes, j’ai menti comme une idiote à tout le monde, en disant que je portais mes vieilles chaussures usées parce que j’avais les jambes gonflées. Je mentais parce que j’avais honte de reconnaître à quel point je m’étais trompée sur lui. J’avais l’impression d’être un vieux jouet abandonné dans un coin », m’a-t-elle confié.

Sa mère lui a finalement acheté des bottes, en demandant simplement à sa fille pourquoi elle venait la voir seule.

« J’ai posé la question à mon mari, m’a expliqué Bariat. Et tu sais ce qu’il m’a répondu ? Que mes parents n’étaient pas croyants et qu’il ne voulait rien avoir à faire avec eux. Il mangeait volontiers les produits achetés par mes mécréants de parents mais il ne voulait pas aller chez eux ! Un jour, quand je lui ai demandé pourquoi il ne m’emmenait nulle part, il m’a répondu, en me montrant du doigt et en riant, qu’il avait honte de me présenter à des gens sous cette apparence. Je portais ma plus belle robe et un voile assorti. Aucun cheveu ne dépassait. Pas de maquillage. Tout ce qu’il m’avait demandé ! Je ne m’explique toujours pas pourquoi je ne suis pas partie immédiatement. Que me fallait-il d’autre pour comprendre que ce n’était plus mon homme ? »

La naissance d’Ahmed n’a rien arrangé. L’« heureux » père continuait à disparaître avec ses amis et, quand il était à la maison, à chercher le moindre reproche à faire à sa femme, fatiguée après s’être occupée du petit.

« Il ne prenait même pas son fils dans ses bras. Mais cela ne me faisait plus ni chaud ni froid. Finalement, un jour, j’ai simplement rassemblé mes affaires, pris mon enfant et je suis partie. Il ne m’a jamais appelée. C’est donc que j’ai bien fait », m’a déclaré Bariat, en essuyant ses larmes.

Peu après le divorce, la jeune femme a senti que le hijab lui pesait. Il lui rappelait toutes ces humiliations.

« Je veux oublier au plus vite cette vie de famille malheureuse, les insomnies, les larmes et les offenses. Le vêtement n’y est pour rien, mais il me rappelle cette trahison », tentait-elle d’expliquer.

Elle a enlevé le hijab quelques mois après son divorce. C’est à la même époque qu’elle a repris le travail, pour échapper à ses pensées sombres et changer d’environnement. Sa mère l’a parfaitement comprise et a accepté de garder son petit-fils.

« Tu sais, je suis tellement lasse de tous ceux qui me rappellent la période où je portais le hijab. Les uns ont peur de l’enfer, les autres me félicitent presque. Me féliciter de quoi ?! Je me suis simplement montrée trop faible et je n’ai pas supporté ces épreuves. Mais aujourd’hui, je n’ai même plus la force d’y penser », a-t-elle conclu.

Crédit : Daptar.ru
Crédits : Daptar.ru

Aïda

Aïda s’est convertie à l’islam pendant ses études à l’université. Une amie lui a appris à prier et lui a offert des livres sur cette religion. Après quelque temps, la jeune fille a revêtu le hijab.

« Je ne voulais pas répéter bêtement ce que je lisais, donc j’ai étudié les prières avec leur traduction. C’était important, pour moi, de comprendre ce que je disais au très Haut. Il me semblait que ma vie religieuse devait être la plus correcte possible, voire idéale – et toutes les occasions étaient bonnes pour en apprendre davantage sur la voie dans laquelle je m’étais engagée. Le hijab est devenu une partie intégrante de ma foi », raconte Aïda.

« Mon père est un athée convaincu et, même si elle est baptisée, je ne qualifierais pas ma mère de croyante. À la maison, nous avons toujours célébré aussi bien Pâques que le saoum, mais, pour être honnête, ça n’avait rien à voir avec la religion. Il s’agissait plutôt de rituels, de traditions familiales. »

La famille d’Aïda ne s’attendait pas à la voir porter le hijab.

« Le voile me séparait du monde environnant. Je me sentais bien dans ma bulle », confie-t-elle.

Puis, la jeune fille a trouvé un petit ami. On lui a présenté un jeune Daghestanais, vivant à l’étranger, qui cherchait une copine – une musulmane pratiquante. Au début, les deux jeunes gens ne se sont parlé qu’au téléphone.

Aïda se souvient : « Pendant presque six mois, on s’est téléphoné : on bavardait, on s’envoyait des photos. J’étais vraiment heureuse : mon travail était intéressant, mon âme était en paix et j’avais un petit ami, même s’il habitait loin. »

Un jour, lors d’une de ces conversations téléphoniques, le jeune homme a reproché à Aïda de porter des tenues trop colorées et lui a conseillé d’aller dans un magasin de vêtements islamiques, qui appartenait à une de ses connaissances, lui promettant qu’on lui ferait des réductions et qu’on s’occuperait bien d’elle.

« C’est vrai qu’à l’époque, je ne portais pas le hijab noir classique. J’aimais les tenues vives, tout en restant sobre et en faisant preuve de goût. Mais lui n’aimait pas ma façon de m’habiller », se souvient Aïda.

Dans ce magasin, la jeune femme a rencontré d’autres filles voilées ainsi que la patronne, et elle leur a laissé son numéro de téléphone. Elles ont commencé à discuter sur les réseaux sociaux et, pratiquement, sont devenues amies. Rapidement, Aïda s’est mise à retourner régulièrement au magasin, non seulement pour acheter des foulards, mais aussi pour retrouver ses nouvelles connaissances.

Peu de temps auparavant, elle avait été renvoyée de son travail, suite à un conflit avec la direction.

« J’avais beaucoup de temps libre, j’allais donc au magasin quasiment tous les jours. Où, d’ailleurs, d’autres filles venaient bavarder. C’était intéressant de discuter avec elles », raconte Aïda.

Rapidement, les « amies » d’Aïda l’ont habillée de vêtements sombres – ce pour quoi son prétendant téléphonique l’a félicitée. Mais cette transformation a profondément inquiété les membres de sa famille.

« Il m’est difficile de me remémorer cette période : mon père a cessé de me parler et ma pauvre mère était folle d’inquiétude. Pourtant, elle ne m’a ni grondée ni interdit de porter le hijab, de crainte que je ne me referme encore davantage sur moi-même. J’ai supprimé toute la musique qui se trouvait sur mon téléphone, j’ai arrêté de regarder la télévision. J’en ai honte mais, en signe de provocation, je n’ai pas été voir ma grand-mère pour son anniversaire et j’ai refusé de fêter le Nouvel An en famille. Je ne communiquais pour ainsi dire plus avec mes proches. Je ne leur disais pas où j’allais ni quand je rentrais », raconte Aïda.

Les nouvelles copines et le petit ami d’Aïda l’ont convaincue qu’elle était sur la bonne voie. Et que, si ses parents ne la comprenaient pas, c’est parce qu’ils n’étaient pas musulmans.

Je me rappelle le jour où je suis ressortie pour la première fois sans le voile et sans robe ample. C’est comme quand vous avez porté un plâtre pendant longtemps : vous perdez l’habitude de ne pas en avoir.

La jeune femme poursuit : « Cette situation à la maison m’inquiétait beaucoup. Je voyais à quel point ma mère était préoccupée et je comprenais que c’était à cause de moi. J’ai demandé au très Haut de m’aider et de me montrer le chemin. Trois jours plus tard, un miracle s’est produit. Une connaissance m’a appelée et m’a proposé du travail. J’ai immédiatement accepté, et je n’ai simplement plus eu le temps de voir mes amies du magasin. Elles me téléphonaient et me disaient que mon travail n’était pas décent parce que j’y étais entourée d’hommes. Quoi qu’il en soit, nos contacts se sont raréfiés. »

Aïda travaillait et s’efforçait toujours d’observer toutes les règles de sa religion. Un matin, elle a appris au journal télévisé qu’une nouvelle opération spéciale avait eu lieu à la périphérie de Makhatchkala, au cours de laquelle un homme et une femme avaient péri. Ces derniers temps, les nouvelles de ce genre sont fréquentes au Daghestan. Mais Aïda a entendu un nom qui lui était familier.

« J’ai regardé l’écran et c’est comme si je m’étais brûlée avec de l’eau bouillante. Sur la photo qu’ils montraient, j’ai reconnu la propriétaire de ce magasin où j’allais si souvent. C’est elle qui m’avait expliqué que si ma famille ne me comprenait pas, je devais la quitter. C’est elle aussi qui m’avait rassurée lorsque je m’étais plainte que mes parents ne partageaient pas mon souhait de vivre dans l’islam, et qui m’avait promis de me soutenir et de m’aider si je décidais de partir de chez moi », confie Aïda, laissant échapper ses larmes.

Ce matin-là, Aïda a pris une journée de congé pour rendre visite à un proche, travaillant à la police. Elle lui a parlé de la communauté dans laquelle elle s’était retrouvée malgré elle et de ses échanges avec son copain à distance.

« Ce parent m’a ouvert les yeux sur mes nouveaux amis, raconte Aïda. La patronne du magasin, en réalité, était l’ex-compagne de mon petit ami, qui était d’ailleurs bien connu de la police – ce qui l’avait poussé à fuir la Russie. Selon toute vraisemblance, ils travaillaient en binôme tous les deux : la jeune femme gagnait la confiance des néophytes qu’il lui envoyait, puis elle les recrutait. Mon numéro de téléphone figurait d’ailleurs dans la liste des gens à surveiller, vu que je communiquais souvent avec le duo. Heureusement, je n’avais rien commis d’illégal. Ou plutôt, je n’avais encore rien commis d’illégal. Ce qui m’a sauvée, c’est de m’être mise à ne plus fréquenter que rarement ce magasin néfaste. Je me sens mal rien qu’à l’idée de ce qui aurait pu m’arriver et de jusqu’où j’aurais pu aller. Même sans le vouloir », explique la jeune femme.

« J’ai tout de suite abandonné le hijab, poursuit-elle. Mais j’évitais toujours les pantalons moulants et les robes courtes, je portais surtout des jupes longues et continuais à me coiffer d’un foulard. Lorsque je suis sortie pour la première fois dans la rue sans le hijab, je me suis sentie nue. Mon refuge habituel me manquait. J’avais l’impression que tout le monde me jugeait. J’avais envie de leur expliquer la situation. Je voulais clamer haut et fort ce qui m’était arrivé », se souvient-elle.

Désormais, Aïda ne discute plus de thèmes religieux avec personne.

« Ma religion m’accompagne, elle est en moi. J’ai même l’impression d’être devenue plus religieuse aujourd’hui ; ma foi se consolide et s’affirme non grâce à des attributs extérieurs mais par ma connaissance de moi-même, par le développement de ma spiritualité. Quoi qu’il en soit, je suis reconnaissante à Dieu de m’avoir préservée de graves erreurs et de m’avoir arrêtée à temps en m’envoyant cet ange gardien sous la forme d’un proche qui m’a rassurée, soutenue et conseillée », conclut-elle.

Daghestan. Crédit : Vladimir Varfolomeev.
Jeunes femmes au Daghestan. Crédits : Vladimir Varfolomeev.

Zarema

Zarema est une jeune femme moderne de 30 ans. On n’imagine pas, en la voyant, qu’il y a encore deux ans, elle ne portait rien d’ajusté et ne sortait pas sans voile. Zarema a porté le hijab pendant une année. Tout a commencé lorsque la jeune fille s’est mise à lire davantage d’ouvrages religieux et à étudier l’islam en profondeur. L’envie de porter la tenue prescrite par l’islam n’était que le prolongement logique de cet intérêt. La famille de Zarema n’était pas particulièrement pratiquante, elle célébrait les fêtes religieuses et savait faire le namaz, mais rien de plus.

« Un jour, j’ai compris que je voulais porter l’habit islamique. C’était une nouvelle étape sur mon chemin vers l’islam, le symbole de mon service à Dieu », explique Zarema.

Pour elle, le hijab n’était pas une question d’apparence ; elle voulait soumettre réellement sa vie aux exigences de sa foi et, au plus grand étonnement de ses amies, elle a renoncé à aller aux mariages et aux soirées bruyantes.

« Avant de porter le hijab, je pouvais me permettre de rire aux éclats. Mais mes nouveaux vêtements m’obligeaient à respecter les normes de comportement de ma religion », explique Zarema.

La jeune femme s’est fait de nouvelles connaissances. Elle se sentait spirituellement proche de ces nouveaux amis qu’elle trouvait gentils, attentifs, fiables et prêts à aider.

« On me cédait la place dans les transports en commun, on m’aidait à porter mes sacs, certains chauffeurs de marchroutkas refusaient que je paye mon trajet et me disaient simplement avec bienveillance « Bravo, ma sœur ». Au début, ces réactions m’ont étonnée, mais je m’y suis habituée peu à peu – tout comme au fait que des inconnues me saluaient dans la rue, simplement parce que nous étions vêtues de la même façon. J’avais le sentiment de faire partie d’une certaine confrérie. Et cela n’a fait que renforcer ma foi », raconte Zarema.

Les proches de Zarema avaient des avis partagés sur son nouveau mode de vie. Sa famille, ses amis et ses connaissances se sont divisés en deux camps, comme lors d’un match.

« Beaucoup estimaient de leur devoir de m’expliquer que le hijab n’était pas pour moi. Au début, j’ai essayé de leur expliquer que l’islam ne se résume pas à prier et à ne pas faire le mal. Mais ils avaient un argument imparable : une jolie fille, ça ne se promène pas en houppelande », se souvient Zarema.

Mais la jeune femme trouvait le hijab confortable, et n’avait plus aucun mal à choisir ses vêtements. Elle réussissait même à associer à ses nouvelles tenues des éléments de son ancienne garde-robe.

Zarema explique néanmoins avoir, après quelque temps, pris conscience de l’essence de la foi. Elle qui, d’un point de vue extérieur, vivait selon l’islam, s’est de plus en plus souvent surprise à penser qu’il lui était pénible de suivre ces préceptes, et que la certitude d’avoir fait le bon choix la quittait.

La jeune femme était constamment en proie au doute, même si ses vêtements longs et son voile ne lui pesaient pas. Elle a simplement fini par comprendre, un jour, qu’elle ne voulait plus porter le hijab tant qu’elle ne serait pas convaincue en son âme et conscience de la nécessité de le faire.

« Je me rappelle le jour où je suis ressortie pour la première fois sans le voile et sans robe ample. C’est comme quand vous avez porté un plâtre pendant longtemps : vous perdez l’habitude de ne pas en avoir », se souvient Zarema.

Après avoir enlevé le hijab, la jeune fille a de nouveau été confrontée à d’incessantes questions et réactions.

« Les uns étaient ravis et me félicitaient, les autres regrettaient et ne comprenaient pas ma décision. Mais, pour être honnête, la seule chose qui compte, pour moi, est d’être en accord avec moi-même », explique-t-elle.

Zarema se souvient des larmes tout à fait sincères versées par ses nouvelles amies musulmanes. Ces dernières ont essayé de lui faire entendre raison en lui demandant qui ou ce qui l’avait contrainte à « sortir du droit chemin » et en lui expliquant qu’en retirant le hijab, c’est l’islam qu’elle quittait.

« J’ai quitté l’islam, c’est vrai, mais je n’ai pas cessé de croire pour autant. J’estime que la foi et la religion sont deux choses différentes. Je ne suis pas déçue par l’islam : simplement, pour moi, la vie selon l’islam et le port du hijab imposaient des limites strictes. Et je ne pouvais pas m’y tenir – j’ai donc retiré l’habit islamique. Ce n’est pas du tout parce qu’il fallait renoncer aux mariages et aux concerts. Ça, c’était facile. Non, le plus dur, c’était de comprendre que certaines choses doivent être rigoureusement respectées sans poser de questions. Il s’agit peut-être de détails, mais je voulais atteindre la vérité et aucun prédicateur n’a pu me fournir les réponses que je cherchais. Je ne voulais pas faire semblant. Ce n’est pas mon genre », analyse Zarema.

La jeune fille se déclare satisfaite de ne plus devoir faire preuve d’hypocrisie, en premier lieu face à elle-même, et est convaincue que son apparence actuelle est en harmonie avec son monde intérieur. Pour ce qui est de l’avenir…

« Je n’exclus rien. Et, bien que je ne porte plus le hijab, j’ai en moi une certaine humilité, comme si j’étais encore vêtue de ma longue robe et de mon voile », conclut Zarema.

Daptar.ru est une revue en ligne russophone qui se penche sur la situation des femmes dans la société daghestanaise. On y soulève des sujets aussi importants que la violence domestique, la discrimination au travail et à l’école, les mariages précoces. Daptar.ru consacre aussi une place importante aux femmes daghestanaises ayant réussi dans différents domaines, dont l’art, les affaires, la science ou le sport.
Le Daghestan est une république du Caucase, sujet de la Fédération de Russie. La république compte 2 990 288 habitants, appartenant à 40 ethnies différentes. La population se dit musulmane à plus de 90 %. Le Daghestan fait partie des régions russes à la natalité la plus importante (2,13 enfants par femme). La capitale du Daghestan est Makhatchkala.

1 commentaire

  1. Un schéma très répétitif. Aussi longtemps que les hommes musulmans courtisent, ils sont adorables, charmants. Ensuite, ça se gâte. Comme s’ils prenaient plaisir à détruire la femme qui les avait séduit. Etrange. J’ai observé ce schéma des dizaines de fois en Occident. J’ai une amie musulmane, née et éduquée en France, à qui la mère, algérienne native, avait fait promettre de ne jamais épouser un musulman ! Hélas, la jeune femme ne l’écouta pas et le mariage se brisa au bout de 3 ans : mon amie était culturellement incapable de se conformer aux attentes de son époux.
    On parle de Hijab, mais le hijab n’est qu’un symbole affiché de soumission/d’appartenance envers un groupe. Comme dit mon amie iranienne : mon développement spirituel peut se passe de foulard, mais pas l’inverse !

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