Ce que les Russes pensent de la victoire de Syriza

Que pensent les Russes de la victoire de la coalition de la gauche radicale Syriza aux élections législatives, en Grèce, le 25 janvier 2015 ? Le Courrier de Russie a recueilli les réactions les plus marquantes.

« La Russie et la Grèce continueront de renforcer leur coopération »

Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie

Crédits: Kremlin.ru
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« Vladimir Poutine a félicité le président de la coalition de la gauche radicale Alexis Tsipras pour la victoire de son parti aux élections du parlement de la République hellénique.

Dans un télégramme de félicitations, le chef d’État russe a exprimé la certitude que la Russie et la Grèce continueraient de renforcer leur coopération traditionnellement constructive dans tous les domaines, et pourraient collaborer efficacement pour régler les problèmes actuels en Europe et dans le monde.

Le président russe a souhaité à Alexis Tsipras du succès dans ses nouvelles responsabilités, au vu des conditions actuelles difficiles. »

Dans un communiqué publié le 26 janvier sur le site officiel du Kremlin

« J’espère que les relations fraternelles entre les peuples grec et russe vont se consolider »

Kirill Ier, patriarche de l’Église orthodoxe russe

Crédits: patriarchia.ru
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« Je vous prie d’accepter mes félicitations pour votre nomination au haut poste de Premier ministre de la République hellénique… J’espère que les relations fraternelles entre les peuples grec et russe vont se consolider. Je suis convaincu que votre expérience personnelle et votre position politique forte vous aideront à répondre aux attentes du peuple grec et à améliorer la situation économique du pays. »

Dans un communiqué publié le 29 janvier sur le site officiel de l’Église orthodoxe russe

« La Russie représente pour la Grèce une alternative morale à l’Europe »

Maxime Braterski, directeur des études politiques internationales à la Haute École d’économie

Crédits: hse.ru
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« La Russie représente aujourd’hui un paradigme idéologique un peu différent [de celui de l’Europe, ndlr], qu’on qualifie parfois de « nationalisme économique ». Il me semble qu’au niveau du citoyen lambda, ce qui unit les Russes et les Grecs, c’est l’apologie de la désobéissance, même s’il s’agit peut-être d’une expression péjorative. Nous disons en quelque sorte : « Nous ne voulons pas vivre dans un monde dirigé par Washington et Bruxelles. Nous voulons un monde où nous décidons nous-même des règles sur notre territoire. » Et il me semble que les Grecs partagent cette affirmation. […] Maintenant que leurs routes sont construites et leurs infrastructures modernisées, pourquoi auraient-ils encore besoin de l’UE ? On ne voit aucun bénéfice à long terme de l’adhésion. »

« Syriza a peur de faire du chantage à l’UE »

Vassili Koltachov, directeur du Centre d’études économiques de l’Institut de la mondialisation et des mouvements sociaux

Crédits: youtube.com
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En réalité, rien de terrible ni de vraiment important ne s’est passé – ni pour la Grèce, ni pour l’UE. Le gouvernement grec est désormais modéré, avec un parti à la rhétorique de gauche mais ayant absorbé un grand nombre d’anciens « socialistes » du PASOK, tristement célèbre pour sa politique d’«austérité ».

Syriza luttera-t-elle contre les bureaucrates des institutions de l’UE et de la BCE, ainsi que contre la doctrine du FMI ? Probablement que oui. Mais il s’agira d’une lutte douce : Syriza a peur et ne veut pas faire de chantage sérieux aux élites euro-américaines. Syriza a été créée pour de petits projets et, malheureusement pour elle, l’époque actuelle exige de grands projets.

C’est pourquoi de petites concessions de la « troïka » (UE, BCE et FMI) et une certaine indulgence vis-à-vis de la population sont possibles – mais pas une sortie de l’UE ni un rejet de l’euro et l’effacement de la dette. Et étant donné que la deuxième vague de la crise européenne commence seulement à prendre de la vitesse, les électeurs seront déçus. Il est possible que cela se produise aussi rapidement qu’avec le PASOK. »

« L’escalade du conflit entre la Grèce et l’UE détourne l’attention de Bruxelles de la crise ukrainienne »

Gevorg Mirzayan, envoyé spécial pour le magazine russe Expert et chercheur en sciences politiques à l’Institut des États-Unis et du Canada de l’Académie des sciences de Russie

Crédits: russiancouncil.ru
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« Pour la Russie, les problèmes européens liés à la victoire de Syriza ont une double signification. D’une part, la crise économique de l’UE, principal partenaire commercial de la Fédération de Russie, représente un problème supplémentaire pour l’économie russe. D’autre part, l’escalade du conflit entre la Grèce et l’UE détourne l’attention de Bruxelles de la crise ukrainienne. Dans le même temps, l’impact de ce conflit sur le sort de l’euro réduit la volonté des bureaucrates européens de donner le coup de grâce à leur monnaie en accordant des subventions à l’Ukraine ou en introduisant de nouvelles sanctions contre la Russie. »

« Si un accord est conclu [entre l’UE et a Grèce, ndlr], la Russie n’aura plus rien à espérer.

Iouri Kvachine, chercheur à l’Institut moscovite de l’économie mondiale et des relations internationales.

« La Russie va essayer d’utiliser ses liens avec les politiques grecs, même si la rhétorique pro-russe de ces derniers ressemble davantage à une manœuvre tactique qu’à une réelle stratégie. Pour les nouveaux dirigeants du pays, le plus important est de faire monter les enchères et de montrer que la Grèce a un véritable effet de levier sur l’unité de l’Europe. Mais si un accord est conclu [entre l’UE et a Grèce, ndlr], la Russie n’aura plus rien à espérer et toute la rhétorique du nouveau gouvernement grec sera reléguée au second plan. »

« S’attendre à ce que, sous la pression de la Grèce, l’UE change sa politique envers la Russie serait faire preuve d’un optimisme excessif »

Pavel Sviatenkov, expert du Fonds de perspective historique de Moscou

613548« Il est évident que la Grèce va essayer de coopérer avec le Kremlin, compte tenu de la crise économique dans laquelle elle se trouve, mais cette coopération aura probablement pour but de trouver de l’argent et d’essayer de s’appuyer sur la Russie dans les négociations avec l’Union européenne. La Russie, quant à elle, en raison des sanctions, ne pourra sans doute pas lui accorder une telle somme. Je pense que les deux pays vont essayer de mettre en place des projets communs. Par exemple, le projet de gazoduc en Turquie. Si, d’une manière ou d’une autre, ce gazoduc finit par passer par la Grèce, je pense que ce sera positif pour elle.

Cependant, il faut garder à l’esprit que la puissance économique de la Grèce est réduite et que sa capacité à faire pression sur les dirigeants de l’UE est également faible. Certes, la présence d’un tel allié au sein de l’UE serait positive, mais ce n’est pas non plus le plus grand et le plus puissant pays européen. Si on comparait l’UE à une société par actions, la Grèce n’en serait qu’un petit actionnaire – et s’attendre à ce que, sous la pression de la Grèce, l’UE change sa politique envers la Russie serait donc faire preuve d’un optimisme excessif. »

Anton Silouanov, ministre russe des finances

Crédits: fedpress.ru
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Sur l’éventualité d’une aide financière de la Russie à la Grèce si les dirigeants grecs ne parviennent pas à trouver un arrangement avec l’Union européenne :

« Nous pourrions envisager cette situation. Si une telle demande est adressée au gouvernement russe, nous l’étudierons immanquablement, en tenant compte de tous les éléments des relations bilatérales russo-grecques. Si une demande est présentée, nous l’examinerons. »

Dans une interview accordée le jeudi 29 janvier à la chaîne américaine CNBC sur les relations entre l’UE et la Russie, dans le contexte de la victoire de Syriza

2 commentaires

  1. oui ; c ‘est vrai ce que dit les russes . UE et WASHINGTON ne représentent pas les peuples , seulement une élite de la finance et du profit . sous DE GAULE notre pays était fort car pas dirigé par les banquiers et boursiers . la Grèce est un début , vous verrez la FRANCE va suivre bientôt et pas mal de pays européens aussi . raz le bol de payer pour la planète , pendant ce temps ‘autre s’enrichissent aux dépend des citoyens

  2. Dans le chaos actuel en Europe masqué par Bruxelles et la bce,tout est possible!La Grèce a besoin d »énormément d’argent:d’où peut-il venir?Par ailleurs, l’ue est à la botte des amerlocs ,notamment sur l’Ukraine!Elle n’est plus depuis longtemps de façon cohérente et est en permanence débordée parce qu’elle a voulu trop en faire en se mêlant de tout,jusqu »aux questions morales!Les peuples qui la connaissent depuis longtemps n’en veulent plus sous cette forme et les petits nouveaux rêvassent comme les grecs en leur temps!A force de colmater des breèches tout en imposantde nouvelles mesures d’homogénisation,elle part dans tous les sens et se contredit sans cesse jouant les loups-garous puis les agneaux ce qui permet aux amerlocs d’imposer finalement leurs vues dans leur propre intêret.Elle va donc se désintégrer de l’intérieur sans que cela n’apparaisse clairement et les peuples seront encore plus désorientés avec des réactions incohérentes aussi.De Gaulle avait une fois de plus raison: »on ne peut faire l’Europe contre les peuples » ce à quoi on peut ajouter que les astuces et les mensonges ne peuvent masquer la réalité longtemps mais le problème dans ce chaos est de voir quelle est vraiment la réalité et ni les gouvernements ni les peuples n’y arriveront et les choses se feront d’elles-même avec des soubresauts dont certains peuvent s’avérer mortels mais imprévisibles!Pour ma part,je pense que cela finira très mal,la barque étant trop chargée-« la présomption fatale » d’Hayek contre le communisme peut s’appliquer à l’ue-, mais je peux me tromper!

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