Sourgout, capitale de l’or noir

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Avant toute chose, posons le décor. Sourgout est une ville d’un peu plus de 300 mille habitants à l’allure de quartier résidentiel moscovite, située en plein cœur de la Sibérie. Elle n’a rien à proposer aux touristes et n’attend guère leur arrivée. Vous n’auriez d’ailleurs jamais l’idée d’y aller et, je l’avoue, je n’y serais moi-même pas allé sans avoir été invité. Pourtant, j’ai aimé, aussi étrange cela puisse paraître. J’ai aimé à tel point que j’ai même poussé ma mère à quitter son Perpignan ensoleillé pour y faire un tour.

Vue sur le centre-ville de Sourgout, en octobre 2007. Crédits: Sergueï Koulikov/TASS
Centre-ville de Sourgout. Crédits : Sergueï Koulikov/TASS

J’y ai aimé la taïga à perte de vue, où les puits de pétrole remplacent les arbres. J’y ai vu ma première goutte de pétrole – là, quelque part entre KUST14 et KUST17… ou était-ce vers UTT5 ? Je ne sais plus, les subtilités locales m’échappent désormais.

J’y ai aimé une forme d’apolitisme. Poutine n’y est plus président, remplacé par un certain Bogdanov, à qui l’on doit routes, écoles, travail et hôpitaux dans la région. Il faut dire que le PDG de la société pétro-gazière locale Sourgoutneftegas emploie plus de cent mille personnes, soit 80 % des salariés de l’ensemble du secteur régional. Le reste des effectifs trouve son bonheur principalement chez un autre géant – Gazprom. Une légende urbaine raconte, soit dit en passant, que le numéro 1 du gaz offre de meilleures conditions de travail. « Leurs villages vacances sont merveilleux », me confiait à Sourgout un grand gaillard, qui n’imagine sûrement pas que je suis en train de parler de sa ville en français.

Sourgout. Crédits: russiantowns / livejournal
Sourgout. Crédits: russiantowns / livejournal

J’y ai aimé le cosmopolitisme poussé à l’extrême. Tenter de mettre la main sur un Sourgoutianine de souche revient à chercher une brindille dans une mare de pétrole. Voilà quarante ans que l’or noir des contrées sibériennes attire chaque année des milliers de travailleurs prêts à quitter leurs régions du Sud – Bachkortostan, Daghestan, Arménie, etc. Pour tout dire, dénicher, tout court, un homme âgé de plus de 20 ans n’est pas chose facile à Sourgout. La ville semble parfois entièrement aux mains de la gent féminine, qui attend patiemment – ou non – le retour des hommes partis au Nord sur les sites d’extraction. Certains vont travailler trois jours non-stop, puis reviennent pour trois jours de repos, d’autres restent jusqu’à plusieurs mois, bénéficiant en retour de la même période d’ennui imposé. « Le pétrole, tu ne l’arrêtes pas », aiment-ils à plaisanter, pour justifier ces rythmes soutenus.

Sourgout. Crédits : Irek Kamaletdinov
Quartier résidentiel de Sourgout. Crédits : Irek Kamaletdinov

J’y ai aimé, enfin, le froid, et tous ses petits désagréments. Devoir bricoler la batterie de sa voiture avant de rentrer chez soi ou tout simplement l’enlever, pour la faire dormir à la maison. La rencontre du voisin, dans l’ascenseur – sa batterie à la main. Son coup d’œil curieux, qui semble dire : « La mienne est plus cool ». On apprécie aussi d’être réveillé par l’alarme de son hôte, à trois heures du matin, parce qu’il doit aller préchauffer la voiture afin de ne pas vous faire le coup de la panne alors qu’il compte vous emmener voir le fameux pont à haubans de la ville – seule et unique curiosité locale.

Je n’y ai pas aimé l’été, en revanche, et son allure disgracieuse sans son manteau de neige. Je n’aime pas non plus m’y promener à pied. Personne, d’ailleurs, ne s’adonne à cette pratique – et les monstrueux bouchons sur les routes et à l’entrée des lotissements en témoignent.

La mosquée de Sourgout. Crédits: islam.ru
La mosquée de Sourgout. Crédits: islam.ru

J’y ai encore moins apprécié la vie nocturne « bling-bling » et les boîtes de nuit-bowling-karaoké-restaurant. Je dois reconnaître, néanmoins, avoir longtemps fait l’éloge de son bar à bières ouvert 24h/24.

Je n’ai finalement pas aimé y rester une semaine mais, comble de l’ironie, j’y retournerais bien une cinquième fois. Voire une xième fois. En hiver, ça va de soi.

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