Omsk, capitale des Lumières

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Je viens d’Omsk, une ville du Sud de la Sibérie. Mais il a fallu que je vive ailleurs pour me rendre compte de la valeur de là d’où je viens. En Europe, où j’ai passé six ans, lorsque des oreilles étrangères m’entendaient prononcer « Sibérie », ce qui avait commencé comme une banale conversation quotidienne se transformait chaque fois en un interrogatoire enchanté : « C’est loin ? C’est froid ? Et les gens, ils sont comment ? Et vous aussi, vous avez un manteau en vraie fourrure ?… »

Située à 2555 km de Moscou, ma ville natale a été fondée en 1716, lorsque des cosaques du tsar ont construit une forteresse en bois au confluent des fleuves Om et Irtych. Leur but était d’asseoir l’influence russe dans ces steppes asiatiques, menacées par les raids des Mongols djungars.

Aujourd’hui, Omsk fait partie des quelques rares grandes villes russes qui résistent farouchement aux effets de la globalisation. L’arrivée de McDonald’s, longtemps repoussée, date d’octobre 2014 seulement – soit 23 ans après l’ouverture de celui de Moscou. Et elle s’est accompagnée de vives protestations de nombreuses associations citoyennes.

Omsk est une ville à la réputation médiatique exécrable – et ce, depuis que Fedor Dostoïevski, qui y subissait son exil dans les années 1850, a qualifié l’endroit de « nauséabond ». En tout, l’écrivain a passé quatre ans à Omsk. Et c’est son séjour dans les baraquements du bagne, aux côtés des forçats de droit commun, qui lui a inspiré ses Souvenirs de la maison des morts. Aujourd’hui, ce prisonnier célèbre serait certainement étonné de voir l’université principale de la ville, dont je suis diplômée, porter son nom – mais l’hospitalité des Omskovites n’a pas de limites.

Omsk est une ville industrielle pauvre. En 2012, sa raffinerie a été reconnue « meilleure entreprise de transformation pétrolière du pays » mais, par une ironie du sort, c’est la région de Saint-Pétersbourg qui touche l’impôt sur son revenu depuis 2006. Budget municipal déficitaire oblige, le réseau métropolitain est toujours en construction – depuis 1992 –, et l’unique station bâtie sert pour l’heure de passage piéton souterrain. Mais les habitants ne désespèrent pas.

Omsk, à en croire les médias fédéraux, serait un endroit rude et sombre, sans aucun avenir, que tous les jeunes quittent et où tous les vieux meurent dans l’oubli. Pourtant, chaque fois que j’y retourne, je vois une évolution positive. Des hôtels qui ouvrent et qui accueillent de plus en plus de visiteurs, de nouveaux médias locaux qui apparaissent, des activistes qui nettoient la ville déguisés non en Superman mais en héros de la littérature russe classique, et d’autres, qui, comme le juriste Artiom Belozerov, trouvent le bonheur et l’épanouissement en devenant conducteurs de marchroutka… C’est encore à Omsk que Jules Verne avait fait naître son Michel Strogoff.

Omsk, c’est aussi un pays de neiges et de framboises, où la température varie de plus à moins quarante. Et contre le froid, on trouve toujours de quoi lutter : les basiques pelmeni et vodka, mais aussi – et surtout – le sport ! Les Omskovites sont ainsi particulièrement forts dans les disciplines d’hiver : l’équipe de hockey sur glace Avangard, qui a triomphé au championnat national en 2004, et Olga Graf, qui a remporté deux médailles olympiques en patinage de vitesse à Sotchi, en sont les exemples les plus frappants.

Et oui – nous avons tous des manteaux de vraie fourrure. Mais ce n’est pas du luxe ni de la barbarie : les six mois de la saison froide ne vous laissent pas le choix. Et sinon, les animaux, on les aime – à tel point que le symbole officiel de la région ressemble à une patte d’ours.

Au cours de la guerre civile de 1917-1923, l’amiral Alexandre Koltchak, officier de marine, élu gouverneur suprême de Russie par les forces antibolchéviques, lève à Omsk une armée de quatre cent mille hommes, dont de nombreux cosaques, et la ville devient, de 1918 à 1920, capitale de l’Empire russe.

Si Omsk ne fut capitale que très brièvement, la ville conserve une position clé dans le développement culturel de la région. Avec ses plus de dix théâtres, c’est notamment elle qui représentait la Sibérie lors du festival de culture russe à Cannes, en 2013.

Aujourd’hui, la vieille Omsk est une ville d’églises, de cathédrales, d’hôtels particuliers et de bâtiments du début XXe siècle, et sa forteresse ancienne sert de lieu de charmantes promenades.

En quittant ma contrée natale, j’espérais d’autres hivers, plus cléments. Mais partout où j’ai pu vivre en France, de Paris à Strasbourg, j’ai eu froid pour de vrai. Croyez-moi : le chauffage individuel payé au compteur et ses maigres 19°C dans les logements sont autrement impitoyables que le gel sibérien. Et c’est sans parler de toutes ces villes européennes, qui se paralysent au moindre premier flocon… Même à Moscou, aujourd’hui, je m’ennuie toujours de la vraie neige, de cette poudre magique scintillante qui a illuminé toute mon enfance. En quittant la Sibérie, j’ai ainsi compris une chose essentielle : la chaleur, on ne l’apprécie que par grand froid, et il faut traverser l’obscurité absolue pour goûter la lumière.

Crédits photographiques: Alexeï Golubev, vk.com/roofsoldier

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Couverture Omsk

17 commentaires

  1. Ville de mon épouse,où elle a pu faire de brillantes études ,j’y suis également tombé sous le charme.J’aime leurs sens de l’hospitalité,leurs façon de vivre, riche en contacts.Leur sociabilité est belle et une certaine timidité charmente.
    P.S.la deuxième fois que j’y loge 1 mois.Vivement l’année prochaine!

  2. Très bel article, ca donne envie d’aller faire un tour. Effectivement, c’est pour moi d’abord la ville de Michel Strogoff et puis celle de Koltchak pendant la révolution. Et je suis bien persuadé qu’effectivement on se caille plus chez nous que là-bas !

  3. merci pour l’article Rusina (quel beau prénom) mon fils aussi dit que la seule VRAIE neige est en Sibérie! allez on attend les 300 ans avec grande impatience! par contre je croyais que le projet du métro était abandonné! j’aimerais en savoir plus! au passage bonjour à toutes et à tous! priviet vcem)

  4. Je viens de regarder où se trouve Omsk sur Google maps car ma connaissance de la géographie Sibérienne est limitée. Je suis impressionné par l’immensité du territoire russe. Évidemment, il faut y aller en avion mais je me demande par exemple s’il est possible d’aller en voiture de Chelyabinsk à Omsk, si il y a des stations d’essence sur la route et si on est obligé de passer par le Kazakhstan ?
    Sinon petite blague sur le froid glacial des steppes sibériennes en hiver : quelle est l’unité de mesure de la température à Omsk ? Réponse : le « bérie » car on dit qu’il y fait souvent un froid 6 béries.

    1. L’unité courante en Russie de mesure du froid c’est degré Celsius. Le «bérie» est presque inconnu ici. C’est possible de contourner autour de Courgan au Kazakhstan, il y a un périphérique d’Ichim autour de cette région.
      Les postes de ravitaillement pour les véhicules sont disponibles partout, ça va de soi.

    2. bonjour Benjamin, tout d’abord oui il est possible d’aller de « partout à Omsk, en Avoin mais bien sûr en voiture!! je l’ai fait, rien à dire et sans passer par le Kazakhstan, il faut juste bifurquer un peu avant soit direction tioumen (en venant de l’ouest) soit en passant de Omsk à ischim. MAIS ON PEUT AUSSI éviter Tioumen ET le Kazakhstan en passant entre les 2 en traçant sa route par les petits chemins (je l’ai fait 2 fois sans souci, on gagne du temps même si on roule à 20 à l’heure parfois. (à lire sur mon blog) bonnes découvertes

  5. Moi aussi je trouve que cette vidéo est une super idée. Belle façon de montrer cette ville de Sibérie. Bravo ! Dans toutes les villes de Russie, hors Saint-Pétersbourg et Moscou, il faudrait des reportages aussi vivants et spontanés.

  6. Добрый день Рузина. У меня друг кто живёт в Омске.
    Euh, j’ai juste essayé en russe.????????
    Votre article m’a beaucoup plu, j’ai enrichi ma connaissance de cette ville.
    Спасибо

  7. Quel beau partage, vous venez de me faire revivre des instants que je croyais oublier. Les paysages, les gens, les amis ….. Tout remonte grâce à vous…. La Sibérie me manque …. Merci.

  8. bonjour à tous
    Voilà, je suis scénariste, j’habite près du Mans… et il m’arrive quelque chose de relativement « extraordinaire » avec la ville de Omsk. pour un scénariste c’est du pain béni, mais comme histoire à vivre c’est assez pénible.
    J’ai eu il y a quelque temps un très beau contact avec une femme habitant Omsk. Nous avons échangé par mail et par whatsapp. une très jolie relation s’est mise en place entre nous. chaque jour, pendant trois semaines, nous nous sommes envoyés plusieurs messages. Comme moi, elle pratique la méditation et le yoga, nous avons énormément de points communs.
    nous avions décidé de nous rencontrer à Saint Petersburg.
    et puis un matin, il y a trois semaines, elle était légèrement grippée. elle m’a même dit dans son dernier message: « je ne t’envoie pas de photos, j’ai le nez rouge! »
    et depuis, plus aucune nouvelle!…. je vois que mes messages sur whatsapp ne sont même plus ouverts!
    Bien sûr tout est possible. et les suppositions sont souvent inutiles.
    mais en l’occurrence, vu la qualité de notre relation, je ne peux m’empêcher de penser qu’il lui est arrivé quelque chose.
    alors, voilà: j’ai son adresse postale et je cherche quelqu’un qui habiterait Omsk ou qui aurait des amis à Omsk et qui aurait ainsi la gentillesse de se
    renseigner!
    Je jette cette bouteille à la mer!
    merci à tous
    Pierre
    voici mon mail: makyo@wanadoo.fr

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