Christian Estrosi à Moscou : « Je n’ai pas à adresser le moindre message inamical à un pays ami  »

Christian Estrosi, député maire de Nice et président de la métropole Nice Côte d’Azur, était en visite à Moscou du 12 au 14 novembre. Deux jours durant lesquels il a multiplié les échanges avec des membres du gouvernement russe, conclu plusieurs accords bilatéraux et réaffirmé ses liens d’amitié avec la Russie.

Christian Estrosier, devant les étudiants de l'école nationale d'administration publique de Russie, jeudi 13 novembre.  Crédits: Compte Facebook C. Estrosier
Christian Estrosi devant les étudiants de l’école nationale d’administration publique de Russie, jeudi 13 novembre. Crédits : C. Estrosi/Facebook

LCDR : Pourquoi avez-vous décidé de vous rendre à Moscou dans un contexte de tensions entre la France et la Russie ?

Christian Estrosi : J’ai toujours entretenu des relations diplomatiques amicales avec la communauté russe, ses représentants, l’ambassadeur et son Consul général. Autant notre office du tourisme que notre direction générale des affaires économiques et internationales se rendent couramment en Russie. Ce voyage était programmé depuis six mois et ne dépend, en aucun cas, du contexte actuel.

Par ailleurs, s’il y a bel et bien aujourd’hui un problème diplomatique entre la France, l’Union européenne, l’Otan et la Russie, je ne vais pas pour autant changer d’attitude avec notre partenaire russe. Indépendamment de mon opinion d’homme politique, j’estime que je n’ai pas, au nom de ma ville et de ma métropole, à adresser le moindre message inamical à un pays ami avec lequel je veux continuer à coopérer. Je n’entends pas voir se déliter les relations amicales que nous avons construites patiemment avec la Russie.

Christian Estrosi, député et maire de Nice.
Christian Estrosi, député et maire de Nice.

LCDR : Quelles relations entretient Nice avec la Russie ?

C.E.: La ville de Nice et sa métropole partagent avec la Russie une histoire vieille de deux siècles. Déjà au 19ème siècle, l’impératrice Alexandra Féodorovna, le tsar Alexandre III, puis Nicolas II sont venus régulièrement à Nice. À cette époque, Nice était d’ailleurs un grand lieu de villégiature européenne, principalement russe et britannique. La ville est ainsi largement marquée par l’architecture orthodoxe russe et est aujourd’hui la seule ville baroque de France : on y trouve une cathédrale orthodoxe et le château Valrose, aujourd’hui académie des Sciences, a été construit par un baron russe. Même le Lycée du Parc-Impérial dans lequel j’ai fait mes études a été construit sur le boulevard Tsarevitch, en hommage à Nicolas Alexandrovitch Tsarevitch mort à Nice en 1865.

Avec la révolution de 1917, beaucoup de familles russes qui résidaient déjà la plupart du temps à Nice se sont enracinées. J’ai ainsi grandi, en tant que fils d’émigré italien, aux côtés de fils d’émigrés russes. Lorsque Boris Eltsine a reconstitué la Fédération de Russie, nous avons tout naturellement renoué le dialogue avec les Russes et depuis, nous ne faisons que renforcer notre relation.

LCDR : Quels accords avez-vous conclus durant votre séjour à Moscou ?

C.E.: À l’occasion d’une rencontre mercredi 12 novembre avec le vice-ministre des affaires étrangères Alexeï Mechkov, nous avons conclu un accord sur l’ouverture d’une antenne de l’ambassade de Russie à Nice dès 2015 – pour laquelle la ville va mettre à disposition une belle demeure. Nous avons également signé une convention avec l’Académie russe d’économie nationale, la RENAP, afin de renforcer la coopération entre l’université de Nice et l’Académie russe. Dès janvier 2015, nous avons décidé d’élargir les programmes d’échange existants aux filières que nous possédons : les NTIC, la croissance verte, la santé, le droit ou l’administration publique. Je me suis ainsi adressé le 13 novembre à un auditoire de près de 500 étudiants russes à qui j’ai souhaité transmettre un message d’optimisme pour l’avenir.

LCDR : Quel accueil avez-vous reçu de la part des Russes ?

C.E.: Les dirigeants russes m’ont affirmé à plusieurs reprises qu’ils ne souhaitaient en aucun cas que la communauté française, première victime des sanctions européennes imposées à l’encontre de la Russie, ne souffre de ce conflit. Je les ai d’ailleurs sentis assez peinés des menaces qu’ils subissent et de l’absence de dialogue.

LCDR : Que pensez-vous de l’attitude de la France à l’encontre de la Russie dans le cadre de la crise ukrainienne ?

C.E.: Je pense qu’il serait inacceptable que la France ne livre pas les Mistral. J’ai moi-même, en tant que ministre de l’industrie entre 2008-2010, participé à la conclusion du contrat sur les navires de guerre de type Mistral en 2009. La Russie aurait pu faire un autre choix que celui de la technologie française et je ne pense pas que l’absence de ces deux frégates mette en péril la force militaire russe. Cependant, la Russie a choisi la France et a ainsi sauvé une centaine d’emplois à un moment où la crise économique et industrielle n’était pas des moindres. Je suis en désaccord avec l’attitude du gouvernement français.

LCDR : Quelle position la France devrait-elle adopter selon vous ?

C.E.: Les accords de Minsk qui ont conduit à un cessez-le-feu représentaient un pas dans la bonne direction. Je pense qu’aujourd’hui, il faut revenir aux principes de ces accords qui prévoient l’engagement d’un processus pour accorder le droit à l’autonomie de certaines régions du Sud-Est de l’Ukraine et en même temps, le respect des minorités. Je voudrais que le dialogue reprenne sur base de ces accords qui ouvraient la voie à un règlement pacifique du conflit.

Les termes employés par l’Occident à l’égard de la Russie sont à peine moins violents que ceux employés à l’égard de l’EI contre qui nous devons pourtant unir nos efforts pour faire face à ce qui constitue une vraie menace pour l’Europe et l’Occident. Je suis assez surpris, et déçu. C’est pourquoi je veux faire partie des hommes politiques français et européens qui feront tout pour favoriser le dialogue et s’opposer aux menaces et sanctions qui ne peuvent être que contre -productives pour nos populations en termes d’emplois, d’économie et de solidarité.

6 commentaires

  1. Je suis ravi de l’amitié qui unit la Russie à la France. Je déplore le manque de courtoisie et de respect de la part de notre gouvernement qui lors des célébrations du 11 novembre a cru bon ne pas devoir inviter l’ambassadeur de Russie à ces commémorations alors que le 21 avril 1916 les soldats Russes débarquaient à Marseille pour nous venir en aide contre les Allemands et mourir sur notre sol. J’aime la Russie car c’est un pays ami.
    JC RICHARD (MARSEILLE)

  2. Nous sommes au Goulag intelectuel (en France) c’est l’automne dans les cervelles de ceux qui nous gouvernent

  3. Merci Monsieur le maire Estrosi voila une bonne demarche de rendre visite a nos amis Russes et d aller dans le bon sens pour maintenir de bonnes relations et faire pressions pour supprimer des sanctions ridicules dont seul nos 2 peuples souffrent. .

  4. Merci à M.Estrosi….sans doute a-t-il profité de son voyage pour « vendre » du Sarko… Mais bon…on lui pardonne…il est sympa avec la Russie et ça me va

  5. merci à Monsieur Estrosi – je suis tres contente qu’il continue à avoir des relations avec ce grand pays ami – c’est un pays très riche culturellement et très proche de nous – je l’ai visite en partie et adore surtout la gentillesse des russes et leur accueil – ils sont tres chaleureux – merci de ne pas couper les liens avec la Russie –

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