Le prix du pétrole, une arme de plus contre la Russie ?

Le cours actuel du pétrole dépasse à peine les 92 dollars le baril – son niveau le plus bas depuis juin 2012. Pour Alexeï Koudrine, ancien ministre russe des finances, ce phénomène est la conséquence directe d’un complot entre les États-Unis et le Proche-Orient contre la Russie. Selon lui, un tel scénario aurait déjà eu lieu avant les élections américaines de 2008. Le journal Vzgliad expose les arguments qui viennent étayer et infirmer cette théorie.

pétrole, Plateforme pétrolière, Émirats arabes unis. Crédits : Wikipedia
Plateforme pétrolière, Émirats arabes unis. Crédits : Wikipedia

« Il n’est pas exclu que la chute actuelle des prix du pétrole soit le résultat d’un complot entre plusieurs acteurs majeurs du marché, notamment les États-Unis et le Proche-Orient », a déclaré Alexeï Koudrine, le 7 octobre, sur la chaîne Pervy kanal.

Si l’on ne peut avancer avec certitude que le marché du pétrole est effectivement manipulé, « il existe néanmoins une version selon laquelle, dans la mesure où la Russie dépend très fortement du prix du baril et s’est habituée à ce que celui-ci soit élevé, de grands pays tant importateurs qu’exportateurs, comme les États-Unis et ceux du Proche-Orient par exemple, se sont mis d’accord pour produire davantage de pétrole et maintenir les prix à la baisse », affirme l’ancien ministre russe des finances.

Depuis la mi-juillet, les cours du pétrole sur le marché mondial ont en effet chuté de près de 20 %. Actuellement, le baril de Brent coûte un peu plus de 92 dollars, son niveau le plus bas depuis juin 2012. Le cours du pétrole WTI américain avoisine quant à lui les 89 dollars le baril, seuil où il n’était pas descendu depuis un an et demi.

Cette baisse a coïncidé avec la brusque envolée du dollar par rapport à toutes les autres devises étrangères, dans le contexte de l’arrêt progressif du recours à la « planche à billets » par la Réserve fédérale américaine.

La majorité des experts et acteurs du marché, aussi bien occidentaux que russes, n’adhèrent cependant pas à la théorie de l’ancien ministre, bien qu’elle soit vivement débattue dans le secteur pétrolier. Une grande partie des spécialistes pense ainsi que les fluctuations actuelles sont la conséquence de divers facteurs fondamentaux et, avant tout, de l’excédent de l’offre face à une diminution de la demande. Ainsi, la Libye, qui, pour des raisons évidentes, avait brusquement réduit sa production fin 2012 (de 1,2 million de barils par jour), revient maintenant sur le marché.

De son côté, l’Arabie saoudite, qui avait à l’époque compensé les volumes insuffisants en provenance de Libye, n’a manifestement pas l’air pressée de réduire ses livraisons. D’autant que, d’après le Financial Times, les Saoudiens ont baissé d’un à deux dollars les prix officiels de l’or noir pour les consommateurs, ce que certains experts interprètent comme une volonté de ne pas rendre à la Libye sa part de marché. On observe par ailleurs une surproduction de pétrole en Irak et en Iran. Alors même que la demande diminue, la Chine, notamment, achetant moins de pétrole du fait de difficultés économiques.

La position de l’OPEP a également eu un impact certain sur les cours. Cet été, lors de sa dernière session, l’organisation n’a en effet pas pris la décision de réduire les quotas de production, ce qui aurait pourtant pu niveler l’excédent et endiguer la chute des prix.

Tout le monde attend aujourd’hui la session de l’OPEP prévue pour le 27 novembre, espérant qu’elle aboutira précisément à une diminution de ces quotas de production, inchangés depuis 2011. Ce qui explique que les principales banques et sociétés d’investissements prévoient, pour 2015, des cours oscillant entre 90 et 105 dollars le baril.

« L’OPEP n’a aujourd’hui aucune raison de s’agiter ni de semer la panique. Je pense qu’elle a choisi d’agir en observatrice. De façon générale, tout le monde pense que la chute des prix du pétrole est passagère. Cette dernière n’est survenue qu’à la fin de l’année alors que les premiers mois avaient été favorables, avec des prix qui se sont longtemps maintenus au-dessus de 110 dollars. L’OPEP privilégie généralement le niveau normal de 100-110 dollars le baril. C’est la stabilité des cours qui lui importe avant tout, afin de connaître les cycles d’investissements des projets d’extraction et de prévoir les cinq à sept années à venir. Elle a tout intérêt à ce que le coût du pétrole augmente chaque année au niveau de l’inflation. Pour cette raison, je suis convaincu que, lors de sa session de novembre, l’OPEP rognera les quotas. On observera par conséquent un ajustement à la hausse des prix du pétrole », a expliqué à Vzgliad Alexandre Passetchnik, directeur adjoint de la Fondation de sécurité énergétique nationale.

Toutefois, si l’OPEP ne répondait pas à ces attentes, les prix pourraient chuter jusqu’au record minimal de 80 à 90 dollars le baril. Un tel choix, de fait, pourrait constituer la première preuve irréfutable de l’existence d’un complot entre les principaux acteurs du marché, visant à affaiblir la Russie. Parce qu’une baisse prolongée des prix de l’or noir n’est avantageuse ni pour les États-Unis, ni pour la majorité des pays producteurs. S’ils favorisent cette baisse volontairement, c’est soit qu’ils sont fous, soit qu’ils cherchent à punir quelqu’un. Et il est évident que toute une série de pays voient aujourd’hui la Russie comme le « coupable » tout désigné sur la scène géopolitique.

La décision de l’OPEP fera ainsi la lumière sur la validité de la théorie conspirationniste de M. Koudrine.

Du pétrole à moins de 90 dollars ne profite à personne

On comprend que plus le pétrole coûte cher, plus les producteurs sont satisfaits. Pourtant, à chacun son idée quant au prix idéal. « La chute des prix moyens annuels nuira à la Russie. Le budget actuel du pays repose sur un cours du pétrole fluctuant entre 93 et 94 dollars. Si celui-ci diminue, nous devrons nous serrer la ceinture. En Arabie saoudite, un cours similaire (entre 90 et 98 dollars le baril) assure l’équilibre budgétaire. Le Koweït est le plus à l’abri de ces changements conjoncturels : l’équilibre budgétaire y correspond à un prix du baril avoisinant les 45 dollars. Au Qatar et aux Émirats arabes unis, la limite est fixée à 75 dollars le baril. En Iran, en Irak et en Libye, un budget non déficitaire est garanti par un cours bien plus élevé : de 110 dollars le baril environ. Et je ne parle même pas du Venezuela », souligne Alexandre Passetchnik.

Aux États-Unis, le budget ne dépend généralement pas des prix de l’or noir : ce n’est pas un pays exportateur net, car il importe aussi du pétrole. Toujours est-il qu’une chute du prix actuel serait également préjudiciable aux Américains, assure M. Passetchnik. « La révolution américaine du schiste échouera à cause de cette baisse des cours. Chaque formation schisteuse concrète, chaque puits a son propre coût de production. Mais une série de projets d’extraction américains sont déjà en train de tomber à l’eau, car ils ne sont plus rentables », insiste l’expert, persuadé que les États-Unis ne se mettront pas le couteau sous la gorge simplement pour jouer un mauvais tour à la Russie. « S’ils arrêtent leurs derricks aujourd’hui, il leur faudra plusieurs années pour rattraper leur retard », note M. Passetchnik.

L’expert ajoute qu’il sera également impossible de convaincre l’Arabie saoudite de maintenir les prix à la baisse. « La stabilité politique de l’Arabie saoudite dépend de celle de son budget. Si les Saoudiens ne veulent pas de nouvelle révolution, ils n’ont aucun intérêt à voir dégringoler les cours du pétrole. Ils n’ont pas la folie d’aller comploter avec les États-Unis en y risquant un renversement de leur propre régime », conclut-il.

Nous ne sommes plus en 1973

Ainsi, les économistes doutent de l’existence d’un complot pétrolier entre les États-Unis et le Proche-Orient. Mais même s’il existait bel et bien, ce complot ne serait pas pour autant synonyme d’une baisse brutale et significative des prix de l’or noir. Nous ne sommes plus en 1973, lorsque l’Arabie saoudite déclarait ouvertement qu’elle ne vendrait du pétrole en quantités nécessaires qu’aux pays qui la soutenaient et s’opposaient à Israël.

Il est peu probable qu’il soit actuellement possible d’utiliser les hydrocarbures comme moyen de pression. Plus important : il n’est absolument pas nécessaire, pour mettre la Russie au pied du mur, de provoquer un effondrement des cours. Il suffit de les maintenir durablement à des niveaux faibles – autour de 90 dollars le baril, par exemple – pour la priver d’une rente substantielle. La combinaison des cours pétroliers faibles et des sanctions économiques met déjà considérablement à l’épreuve le budget russe et le cours du rouble. Le pays peut encore s’en sortir cette année grâce à une dévaluation du rouble. Mais l’inflation et la dévaluation réduisent le niveau de vie des Russes, ce qui, à son tour, peut entraîner un mécontentement social.

Plus le conflit gazier avec l’Ukraine et les sanctions se prolongeront, plus il sera difficile à la Russie de stabiliser son budget avec un cours apparemment tout à fait « au rabais » de 90-95 dollars le baril. Il faudra soit continuer à dévaluer le rouble, soit puiser dans les réserves, soit faire les deux. Et un tel scénario provoqué par les ennemis géopolitiques de la Russie semble déjà moins tiré par les cheveux.

De toute évidence, c’est précisément ce à quoi songeait Alexeï Koudrine. Ce n’est pas au hasard qu’il a évoqué novembre 2008. « Cette pratique a déjà été utilisée sur une courte période. Avant les élections présidentielles américaines, ce complot a eu cours, selon nos informations, pendant un an environ, et le prix du pétrole a chuté à 92 dollars. On peut probablement le maintenir à ce niveau pendant un an environ. Ensuite, il pourrait malgré tout remonter », a précisé l’ancien ministre des finances.

Ainsi, l’objectif de cet éventuel complot est peut-être moins de faire dégringoler le cours du pétrole que de simplement l’empêcher de dépasser les 100 dollars le baril. Ce qui suffirait à priver la Russie de son énorme rente pétrolière. Et qui signifierait que le contrecoup des sanctions occidentales sera bien plus désastreux pour notre pays.

7 commentaires

  1. J’ai immédiatement pensé que l’abaissement du prix du pétrole était le résultat d’une entente entre les USA et l’Arabie Saoudite pour affaiblir l’économie russe. Ils ont déjà usé de ce stratagème pour faire tomber l’URSS. Ces néocons US sont la lie de l’humanité.

    1. C’est exactement mon point de vue, ils avaient mis 2 ans pour faire tomber le prix du baril autour de 10$, ce qui a plongé l’URSS dans la faillite comme prévu par Les UShits.
      Seulement la Russie d’aujourd’hui n’est pas l’URSS, elle n’a pratiquement pas de dette, a un excédent commercial énorme, des réserves de devises énormes, et peut contre-attaquer en faisant tomber le $, avec si besoin l’aide de la Chine, que les UShits fassent bien attention, ils risquent de perdre gros.

  2. Le Sénateur américain RAND PAUL, FILS DE RON PAUL«, http://www.ronpaulinstitute.org, et plusieurs chaines spécialisées recommandent de lire, d’acheter le dernier livre de JAMES RICKARD, « THE DEATH OF MONEY  » ( la mort du dollar américain.).
    Il serait agréable de publier un résumé sur ce livre, écrit par un si grand expert.

    La récession serait pire que celle de 1929.

  3. Pour ne pas être dépendant du dollar il suffit que la Russie se fasse payer en roubles ou mieux en or.
    La chute du dollar ainsi provoquée sera une bénédiction pour tous les peuples de la terre qui pourront ainsi mieux vendre leurs production sans passer par cet intermédiaire frelaté et rendu d’usage obligatoire par les forces armées US .
    Fini les manipulations éhontées des indices, des matières premières et du marché de l’or , manipulations qui ne sont possibles uniquement par le détachement du dollar, depuis le 15 aout 1971 par Nixon, de tout référentiel.
    Le Général de Gaulle à magnifiquement exposé la fraude du dollar dans une conférence de presse en 1965.
    http://www.youtube.com/watch?v=OHZ76kxjlFo
    Il fut récompensé par la révolution trotskyste de 1968 .
    Depuis 1917 , tous les coups d’états criminels sont pilotés par les banquiers trotskystes , le dernier est Maïdan.

  4. Les Américains seraient-ils la faute de tous les maux des Russes? Cherchez l’erreur! Il est toujours plus facile d’accuser les autres plutôt que de faire le ménage chez soi.

  5. Kudrin comme les autres est victime d’un sentiment de persécution (très proche de parano), c’est toujours la faute aux autres qui nous empêche d’être heureux, la menace du robinet de gaz nous en avons assez, il faut s’organiser et enfin de compte l’arroseur est arrosé.

    De toute façon la Russie comme les autres producteurs d’énergie fossile ne doivent pas compter sur cette richesse pour boucler leur budget le peuple est instruit et travailleur et le fruit du travail doit fournir les liquidités nécessaires au budget, celui qui doit compter sur soin carnet d’épargne (ici le pétrole) pour vivre est un paresseux, Kudrin compte sur le pétrole parce qu’il n’a pas d’autres idées que vivre sur ce carnet d’épargne, là est le vrai problème.

  6. C’est une curieuse analyse , j’y vois plutôt comme une aide aux coalisés qui subissent de solides pertes en termes de marchés , d’emplois, de défections industrielles,…. dans la crise qu’ils traversent cahin-caha tout en étant obligés de faire une guerre dispendieuse qui ne rapportera rien à personne . Pour les coalisés ce qui est en l’air,sur mer, sur terre coutent une fortune à des économies presque exsangues alors un coup de main des producteurs et commanditaires de cette boucherie fera du bien au portefeuille , sans compter qu’ils devront rembourser ce qu’ils empruntent pour faire le coup de force. Je note aussi comme candide que les opposants à cette guerre ne dépensent que ce que leur coûte une présence préparatoire juste menaçante .

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