L’artiste russe Piotr Pavlenski se coupe un bout d’oreille à Moscou

L’artiste russe Piotr Pavlenski, connu notamment pour s’être cloué les testicules sur la place Rouge [10 novembre 2013], a de nouveau fait parler de lui. Dimanche 19 octobre, il est monté nu sur le mur de l’institut psychiatrique Serbskiï à Moscou et s’est coupé à l’aide d’un couteau le lobe de son oreille droite, après quoi il est resté assis immobile jusqu’à ce que la police vienne le déloger et le conduise à l’hôpital « non psychiatrique ».

Baptisée « séparation », la performance visait à protester contre l’utilisation de la psychiatrie à des fins politiques, souligne l’artiste. « Le couteau sépare le lobe de l’oreille. Le mur en béton de l’institut sépare la société saine d’esprit des malades mentaux. En utilisant de nouveau la psychiatrie à des fins politiques, l’Etat policier s’approprie le droit de fixer la limite entre raison et folie », est-il indiqué dans l’annonce de Pavlenski.

L’artiste est passé lui-même par la case psychiatrie trois fois en deux ans, après chacune de ses actions : la bouche cousue en juillet 2012, l’installation dans du fil barbelé en mai 2013 et le clouage de testicules en novembre 2013.  Il devait à nouveau être examiné la semaine dernière pour avoir brûlé des pneus à Saint-Pétersbourg en février 2014 en soutien à l’Ukraine mais le Comité d’enquête russe a finalement retiré sa demande. A en croire son avocat, Dmitri Dinze, les expertises ont toujours montré que Pavlenski était « sain d’esprit ». Il est aujourd’hui assigné à résidence.

Le choix de l’institut psychiatrique Serbskiï n’est toutefois pas anodin. Connu pour avoir accueilli un grand nombre de dissidents soviétiques, c’est là qu’est internée la pilote d’hélicoptère ukrainienne suspectée d’être à l’origine du meurtre de journalistes russes en Ukraine Nadejda Savtchenko. Les avocats de la jeune femme sont convaincus que l’objectif des enquêteurs est d’isoler la pilote du public et craignent qu’elle ne soit forcée à prendre des médicaments qui altéreront son état mental. C’est également l’institut Serbskiï qui a reconnu Mikhaïl Kossenko, arrêté dans l’« affaire Bolotnaya », irresponsable au moment des faits. Il a été ensuite condamné à des soins psychiatriques forcés.

Crédits photographiques : Lara Khalanskaya/Facebook

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