Donetsk : le cessez-le-feu est-il respecté ?

Alors qu’un cessez-le-feu a été proclamé le 5 septembre entre les insurgés pro-russes et le régime de Kiev, les habitants de Donetsk témoignent : les échanges de tir ne cessent pas, et la situation est loin d’être revenue à la normale. Le Courrier de Russie a pu joindre par téléphone Konstantin, 61 ans, mineur à la retraite, qui vit à proximité de Donetsk. Récit à la première personne.

A Donetsk, le 15 septembre 2014. Crédits: @666_mancer  / Twitter
A Donetsk, le 15 septembre 2014. Crédits: @666_mancer / Twitter

J’habite avec mon épouse tout près de Donetsk, à Makeevka. Hier, lundi 15 septembre, j’ai pris le bus pour Kramatorsk : je devais aller y retirer de l’argent, car près de chez moi, les distributeurs ne fonctionnent plus. D’habitude, le trajet est d’environ une centaine de kilomètres, mais là, le chauffeur a dû faire un détour de plus de deux cents kilomètres : les routes principales sont fermées à cause des échanges de tirs qui continuent. Plusieurs personnes dans le bus allaient aussi à Kramatorsk pour la même raison que moi : une partie des retraites vient d’être versée par la RPD (république populaire de Donetsk), et les gens ont besoin de retirer du liquide. J’ai appris que quelques entreprises sont en train de rouvrir, mais la plupart des mines restent fermées. Seules les écoles situées dans les quartiers contrôlés par la garde nationale fonctionnent pour l’instant, les autres sont censées rouvrir leurs portes le 1er octobre.

Il y a seulement quelques jours, les rues de Donetsk étaient vides ; il n’y avait plus que des vieux – nos enfants et petits-enfants sont partis. Maintenant, on voit la ville reprendre vie peu à peu, même si le réseau électrique ne fonctionne pas encore partout et que le débit d’eau courante reste limité. Certains supermarchés sont ouverts, et les marchés aussi, mais les gens n’ont plus beaucoup d’argent – les retraites n’ont pas été versées pendant trois mois… On a réussi à tenir grâce à des stocks de provision et aussi à nos potagers.

Beaucoup d’habitants de la région de Donetsk sont rentrés la semaine passée. Ma fille et mon gendre, eux, restent en Crimée pour le moment – ma petite-fille va à l’école primaire là-bas : ils sont 35 en classe, avec les autres enfants des réfugiés.

La semaine dernière, nous avons reçu de l’aide humanitaire de la Russie : deux boîtes de conserve de poisson, deux de viande, et aussi du riz, des pâtes, des allumettes et des bougies… avec ce stock, on pourra peut-être tenir 15 jours à deux, à condition d’économiser.

Après les accords de Minsk [le 5 septembre, ndlr], nous avons eu un espoir. Quand tu es obligé de te demander tous les soirs dans quel coin de la chambre tu vas dormir parce que les tirs viennent de tous les sens, ça fatigue terriblement. Vous savez, les gens veulent juste la paix.

Qui viole le cessez-le-feu ? À mon avis, les deux camps sont coupables. Nous entendons des tirs tous les jours – il y a eu des moments où la garde nationale pouvait viser n’importe quel endroit de la ville. Maintenant, les insurgés l’ont un peu repoussée. Les troupes de la garde sont toujours bloquées près de l’aéroport de Donetsk et tirent sur la ville, et les insurgés essaient de riposter.

La plupart des habitants ne savent plus à quoi s’attendre, maintenant. C’est une terre de travailleurs, ici – personne ne voulait la guerre ! Nous sommes tous allés voter au référendum [sur un statut autonome pour les régions de Lougansk et de Donetsk, le 11 mai 2014, ndlr] : on n’avait jamais vu un tel taux de participation – même à l’époque soviétique ! Il faudrait plus d’autonomie pour le Donbass. Si nous étions avec la Russie, notre région pourrait se rétablir plus rapidement. Ce serait plus simple, vu que la majeure partie de notre production est destinée aux marchés de l’Union douanière. Nous y avons cru, un moment, nous avons espéré – mais aujourd’hui, je suis quasiment convaincu que la Russie ne voudra pas de nous.
Cette nouvelle sur le statut spécial du Donbass [la Rada vient de voter une loi accordant un statut particulier et plus d’autonomie aux régions de Donetsk et de Lougansk, ndlr] – c’est vous qui me l’apprenez ! Je suis à ma datcha en ce moment, je n’ai pas de télévision. Mais j’espère que cette proposition de l’assemblée nous conviendra et que la guerre va cesser. D’ailleurs, en ce moment, on n’entend plus tirer.

Découvrez un autre témoignage de Donetsk, filmé le 15 septembre 2014 :

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