Dmitri Medvedev: « Les sanctions n’aident certainement pas à rétablir la paix en Ukraine »

Le 8 septembre, Le Premier ministre russe Dmitri Medvedev a accordé une interview au quotidien économique national Vedomosti. Le Courrier de Russie en a traduit les passages les plus marquants.

Dmitri Medvedev et Vladimir Poutine. Crédits : kremlin.ru
Dmitri Medvedev et Vladimir Poutine. Crédits : kremlin.ru

Sur la croissance économique

Nous prévoyons cette année une croissance de l’économie russe de 0,5 %, peut-être un peu plus. L’année prochaine, ce chiffre devrait atteindre environ 1 %. C’est peu, mais il ne faut pas oublier que le monde traverse en ce moment une situation difficile. Selon les pronostics, la croissance du PIB mondial devrait tourner aux alentours des 3 %. Plus précisément, la croissance de l’économie européenne a été revue à la baisse, à environ 0,9 %, et celle de l’économie américaine, un peu plus forte, se situe aux alentours des 2 %. Dans ce contexte, on ne peut pas dire que la situation dans les autres pays soit radicalement différente de la nôtre, à l’exception de certaines économies à croissance rapide, comme la Chine.

Sur la Crimée

Quand je suis allé en Crimée, en 2004, j’ai eu l’impression de me retrouver en Union soviétique. Des amis médecins m’ont récemment fait part du même sentiment concernant les hôpitaux de la presqu’île : « Nous savions que là-bas, tout était soviétique. Et nous pensions nous retrouver à la fin des années 1980 – mais en réalité, c’était plutôt la fin des années 1970 », m’ont-ils dit. L’État russe a donc lancé un vaste programme de modernisation qui repose principalement sur les finances fédérales (560 milliards de roubles). Nous allons investir dans les infrastructures, les services sociaux, la santé et l’éducation en Crimée.

Sur la Chine

En 1989, après les événements de la place Tian’anmen, des sanctions ont été imposées à la Chine [Des manifestations pacifiques sur la place Tian’anmen avaient été sévèrement réprimées sévèrement par les autorités chinoises, faisant de nombreux morts parmi les civils, ndlr]. Ces sanctions étaient très semblables à celles prises à notre encontre aujourd’hui. Alors analysons : l’économie chinoise a-t-elle ralenti après 1989 ? Non. Les Chinois se sont-ils écartés de la voie qu’ils avaient choisi de suivre à la fin des années 1980 ? Non. L’économie de la Chine est-elle prospère ? Sans aucun doute – elle sera bientôt la première économie mondiale. La Chine a-t-elle changé de régime ? La Chine s’est-elle sentie punie ? Non. Les Chinois ont simplement mobilisé leurs propres ressources sans pour autant se couper du reste du monde. Dans une certaine mesure, ces sanctions ont été bénéfiques pour la République populaire.

Sur l’embargo

Nous avons attendu très longtemps avant de répondre aux sanctions européennes et américaines à notre encontre : la position du président russe était de ne pas réagir. Cependant, après les plusieurs vagues de sanctions, nous avons dû prendre une décision [interdire l’importation des produits agroalimentaires en provenance de l’UE et des États-Unis, ndlr]. Nous tenons à souligner qu’il s’agit d’une décision politique soutenue par la majorité de notre population.

Sur l’agriculture

Nous avons un pays immense avec des régions tempérées aux conditions climatiques excellentes. Pourquoi devrions-nous systématiquement manger des fruits étrangers ? Jusque-là, nos supermarchés ne prêtaient pas la moindre attention à nos agriculteurs, qu’ils soient petits ou grands. C’était plus confortable pour les grandes surfaces de travailler avec des étrangers, et elles n’étaient pas intéressées à changer de modèle. Mais aujourd’hui, elles n’ont plus le choix : les représentants des supermarchés et les associations d’agriculteurs sont obligés de se parler ! Nous devons absolument nous nourrir par nous-mêmes, et même nourrir les autres, car la Russie est un grand pays agricole, qui possède 9 % des terres arables et 20 % des réserves d’eau de la planète.

Sur une levée des sanctions

Si nos partenaires reprennent leurs esprits et reviennent sur ces sanctions inutiles, nous agirons en conséquence. Le décret présidentiel stipule que le gouvernement a le droit de changer la durée de vigueur de l’embargo. J’espère seulement que d’ici là, nos produits locaux auront eu le temps de prendre place sur les rayons des supermarchés.

Sur le soutien de l’État

Nous avons lancé un programme de soutien aux secteurs de l’agriculture qui, chez nous, sont sous-développés. Il s’agit de la pisciculture, de la culture de légumes sous serre, de l’horticulture et de certains segments de l’élevage, notamment laitier et bovin. Nous investissons aujourd’hui de l’argent dans ces secteurs. Le montant exact n’a pas encore été défini mais il s’agit de plusieurs dizaines de milliards de roubles.

Sur la réponse russe

Si de nouvelles sanctions sont prises contre la Russie dans les secteurs de l’énergie et de la finance, nous devrons répondre de manière asymétrique. J’ai remis certains projets de sanctions lors d’une réunion du gouvernement. Il pourrait par exemple y avoir des mesures restrictives contre le secteur des transports. Dans la mesure où nous estimons avoir des relations amicales avec nos partenaires, le ciel au-dessus de la Russie est ouvert à tous. Cependant, si nous-mêmes sommes limités, nous devrons répondre. Si les transporteurs occidentaux sont interdits de vol dans l’espace aérien russe, cela pourrait conduire à la faillite de plusieurs compagnies aériennes déjà en difficulté. C’est un mauvais scénario, mais je voudrais simplement que nos partenaires en prennent conscience. Surtout que les sanctions n’aident certainement pas à rétablir la paix en Ukraine. Elles frappent à côté et l’immense majorité des hommes politiques le comprennent. Il y a simplement une inertie de la pensée et, malheureusement, une volonté d’avoir recours à la force dans les relations internationales.

Sur l’inflation

Nous menons une politique relativement sévère – personne ne le conteste –, basée sur le ciblage de l’inflation. Je veux encore une fois souligner que ne reviendrons ni sur la règle budgétaire, ni sur le ciblage de l’inflation. Les principes de base de notre politique macroéconomique restent les mêmes. Les pronostics d’inflation, bien sûr, doivent être ajustés à la situation du marché, et nous en discutons en ce moment avec le ministère du développement économique, le ministère des finances et la Banque centrale. Nous devons faire face à l’inflation mais nous ne devons pas nécessairement en parler tout le temps, car généralement, attendre l’inflation est aussi ce qui la fait aussi accélérer.

Sur les impôts

Nous n’avons encore pris aucune décision finale quant à la modification des taux des taxes existantes ou l’imposition de nouvelles taxes. Dans tous les cas, la décision que nous pourrions prendre dans un futur proche n’affectera pas l’impôt sur les revenus des particuliers.

Cependant, choisir entre l’augmentation de la TVA et l’introduction d’une taxe sur la vente est assez difficile. La taxe de vente a été abrogée en 2003, car elle était versée de façon très irrégulière. C’est pourquoi, si nous la réintroduisons, nous devons être certains d’être en mesure de la percevoir. Il faut un contrôle électronique des paiements et c’est un processus complexe.

Quand nous discuterons de ces questions, nous examinerons aussi la possibilité d’optimiser les dépenses du budget pour plusieurs programmes gouvernementaux, et nous prendrons une décision équilibrée. Je pense que ce sera pour fin septembre.

Sur les réfugiés ukrainiens en Russie et la situation humanitaire dans le Donbass

Nous sommes conscients qu’il s’agit d’une tragédie humanitaire et avons déjà débloqué des fonds importants pour les régions [qui accueillent les réfugiés ukrainiens, ndlr]. J’ai pris récemment un certain nombre de décisions relatives au financement des séjours des réfugiés en Russie, et nous y avons déjà consacré près d’un milliard de roubles.

Dans le Sud-Est de l’Ukraine, en plus des maisons, les infrastructures sont détruites et la question de leur reconstruction est un gros problème. Les autorités ukrainiennes doivent prendre soin de toute l’Ukraine si elles considèrent que les régions du Sud-Est font partie de leur pays.

Ceux qui ont décidé d’utiliser l’artillerie, les chars et les avions contre leurs propres citoyens et villes doivent comprendre que c’est à eux de payer le prix économique colossal de ce choix. Les forces qui ont encouragé cet état de choses doivent comprendre aussi qu’elles devront aider. Mais jusqu’à présent, aucun soutien n’est visible.

Dans tous les cas, bien sûr, nous aiderons les régions du Sud-Est de l’Ukraine. Nous le faisons déjà, car c’est la mission humanitaire de la Fédération de Russie envers les régions qui lui sont proches et leur population.

2 commentaires

  1. Là , on comprend ce que veut dire « la politique » : travailler pour le bien du peuple et de la Russie ! C’ est rassurant pour les Russes d’avoir des dirigeants qui travaillent pour eux !

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