Nicolas de Villiers : « Ça fait dix ans que nous pensons à un parc de loisirs en Crimée »

Le Puy du Fou, deuxième parc d’attractions de France avec 1,74 million de visiteurs en 2013, se déclinera désormais en russe : d’ici 2019, deux parcs à thème, largement inspirés de ce concept français, devraient ouvrir leurs portes à Moscou et en Crimée. Nicolas de Villiers, président de l’association Puy du Fou, dévoile ses projets au Courrier de Russie.

Nicolas de Villiers
Nicolas de Villiers

LCDR : Comment en êtes-vous venu à l’idée de construire des parcs de loisirs en Russie ?

Nicolas de Villiers : Le Puy du Fou se tourne vers des cultures et des civilisations qui lui ressemblent. Nous travaillons déjà dans d’autres pays, notamment en Angleterre et aux Pays-Bas, mais la Russie est une grande civilisation à l’histoire extrêmement riche et qui nous a toujours attirés. Depuis des années, nous avions le rêve de construire un jour un parc en Russie. C’est un pays qui nous donne l’inspiration pour imaginer des spectacles vivants à la manière dont nous l’avons fait en France, mais consacrés à l’histoire russe et présentés dans le cadre de la Russie. Et nous y voilà : nous travaillons actuellement à la création de deux parcs, à Moscou et en Crimée.

LCDR : De quand date la décision ?

N.d.V. : Ça fait peut-être dix ans que nous pensions à la Crimée, cette région qui a vu défiler toute l’histoire du monde : Rome et Byzance y sont très liées.  C’est un lieu emblématique historiquement, ce qui nous avait donné envie d’y créer un parc. Et l’opportunité se présente aujourd’hui. Des amis et partenaires russes, en particulier Konstantin Malofeev, que nous connaissons depuis plusieurs années, ont eu l’idée de faire un parc de loisirs en Crimée et ont fait appel à nous. D’autant que nous savions que Vladimir Poutine voulait permettre à la Crimée de se développer, notamment en matière de tourisme. Le projet correspond donc tout à fait aux intentions du président et du gouvernement russes.

LCDR : Quel message comptez-vous faire passer aux visiteurs du Puy du Fou criméen ?

N.d.V. : Le parc de Crimée sera inspiré de l’histoire de Byzance. Il sera constitué de spectacles vivants, présentés plusieurs fois par jour. Les visiteurs pourront voir un ou plusieurs spectacles différents au fil de la journée. Il y aura aussi un grand spectacle de nuit, qui reviendra sur un large morceau de l’histoire de la péninsule. Nous en saurons plus sur l’emplacement précis dans quelques mois.

LCDR : Et pour le Puy du Fou de Moscou, qu’avez-vous prévu ?

N.d.V. : Ce sera le plus grand parc de loisirs du pays, et le premier parc de loisirs de dimension historique en Russie. Il abordera plusieurs époques : mille ans d’histoire russe à travers des spectacles. Il devrait ouvrir en 2017 dans le sud de Moscou, tout près de la ville.

LCDR : Comment estimez-vous les délais de construction ?

N.d.V. : Pour le parc de Crimée, il y aura une période de conception d’un an à un an et demi, puis nous passerons à la phase de réalisation pour ouvrir le parc dans trois à trois ans et demi. Pour Moscou, les délais seront plus courts.

LCDR : Quelles sont les entreprises qui participent ?

N.d.V. : Côté français, Le Puy du Fou sera le concepteur du parc, mais ce sont des entreprises russes qui, naturellement, vont gérer la construction.

LCDR : Et en matière d’investissements, quelle sera la participation française ?

N.d.V. : Nous sommes actuellement en discussion avec nos partenaires, mais rien n’est encore décidé. Avant tout, nous comptons amener notre savoir-faire français, et le dialogue est en cours sur la question de nos investissements financiers.

Le site de Chersonèse à Sébastopol, en Crimée / Wikimedia
Le site de Chersonèse à Sébastopol, en Crimée / Wikimedia

LCDR : Que pensez-vous de la position officielle de la France sur la Crimée ?

N.d.V. : Les dirigeants français sont aujourd’hui très impopulaires en France et leur position n’est pas nécessairement celle du peuple. En 1954, Khrouchtchev a donné la Crimée à l’Ukraine dans un cadre historique qui n’a rien à voir avec celui d’aujourd’hui. Il est évident qu’il faut s’en remettre au référendum et au vote du peuple, qui a le droit de disposer de lui-même – d’être russe ou ukrainien. Le peuple de Crimée s’est prononcé, massivement, en faveur de son rattachement à la Russie. Il nous paraît logique que la Crimée soit russe aujourd’hui.

LCDR : Certaines entreprises ont peur de s’implanter en Crimée, notamment par peur de sanctions…

N.d.V. : Les sanctions sont des actions qui sont en réalité menées par les Américains : ce sont eux qui demandent aux Européens d’imposer leurs restrictions à la Russie. Pour nous, ce sont des actes de guerre qui ne permettent pas la paix entre les peuples. L’acte de coopération que nous posons en Russie est un acte de paix. L’amitié franco-russe est très ancienne et elle doit être cultivée afin que l’Europe puisse retrouver un équilibre aujourd’hui mis à mal par cette politique des sanctions.

Il y a, en France, des Français qui aiment la Russie dans le contexte actuel, et qui ne veulent pas condamner la Russie, bien au contraire.

LCDR : Ne craignez-vous pas que la bataille médiatique qui fait rage en France n’entrave la réalisation de vos projets ?

N.d.V. : Nous n’avons pas peur, non. Pour que le Puy du Fou soit empêché de créer un parc en Crimée, il faudrait que la Russie prenne une sanction contre nous. Or, il est évident que la Russie n’en a pas l’intention, vu que nous avons été reçus par le président en personne. Si nous sommes empêchés, ce n’est pas la Russie qui nous aura sanctionnés, mais l’Union européenne. Ce qui voudrait dire que, pour la première fois dans l’histoire de la tension opposant l’UE et la Russie – ou plutôt les États-Unis et la Russie –, l’Union européenne prendrait une sanction contre une entreprise européenne ! Ce qui semble simplement absurde et, naturellement, contraire aux intérêts de la France et de l’Europe.

Nous ne pouvons imaginer que les dirigeants européens adoptent des sanctions contre le Puy du Fou, qui se développe à l’international, et non seulement en Russie.

Nous voulons envoyer un message aux Russes : la France ne doit pas être confondue avec ses dirigeants. Il y a, en France, des Français qui aiment la Russie dans le contexte actuel, et qui ne veulent pas condamner la Russie, bien au contraire.

LCDR : Qu’est-ce qui vous attire en Russie ?

N.d.V. : L’histoire, avant tout. Mais aussi la culture que nous avons en commun avec ce pays, une culture fondée sur la chrétienté et qui fait que nous nous comprenons les uns les autres. Il ne faut pas oublier que Dostoïevski écrivait en français et qu’il y a un siècle, tout le monde parlait français à la cour de Russie. Il y a en Russie une histoire extrêmement riche, et très propice à des spectacles de grande envergure qui toucheront le cœur des gens dans le monde entier. C’est aussi le caractère universel de l’histoire russe qui fera la force de ces parcs.

La Russie est un pays fier de son identité, de son patrimoine, qui ne cède pas à l’américanisation.

Nous sommes très fiers de venir en Russie. Nous avons été très bien accueillis, ce qui nous a encouragés dans notre démarche. Nous espérons que les Russes, eux aussi, seront fiers du résultat.

LCDR : Pourquoi est-il important, pour vous, de « recréer » l’histoire ?

N.d.V. : Ce qui fait le succès de nos parcs en France, c’est que nous sommes un loisir « enraciné », à la française. Il y a la manière de faire du loisir à l’américaine, qui consiste à simplement oublier son quotidien dans des activités à sensations. Mais le Puy du Fou, lui, propose un loisir qui permet non seulement d’oublier le quotidien, mais aussi de se souvenir de l’histoire, de ce qui fait ce que nous sommes aujourd’hui. Nos visiteurs sont touchés parce qu’ils rêvent, à travers les personnages et les histoires que nous racontons, qu’ils appartiennent à la grande histoire. Ce type de loisir permet à l’individu de se sentir plus solide parce qu’il sait d’où il vient – et en sachant d’où il vient, l’homme peut savoir où il va.

3 commentaires

  1. Il faut dire et redire qu’il n’y a pas de bataille médiatique en France sur l’Ukraine, bon sang de bois! Dans leur écrasante majorité les Français se contrefichent de ce conflit, et la nouvelle du passage de Philippe de Villiers à Moscou a fait les titres des chaînes d’info françaises une soirée, pas plus.
    Je vois mal les points communs entre la Vendée et la Russie aussi, faudra m’expliquer….

  2. Excellents projets . Il faudra souligner que l’histoire a démontré que la France a toujours tiré profit d’une alliance avec la Russie .D’autre part je confirme que beaucoup de français ne croient plus à l’Europe -atlantiste et ne font plus confiance à leurs médias y compris » le canard enchaîné  »

    Ils cherchent la vraie information sur les médias….russes ! Bonne chance au Puy du Fou en Russie !

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