Emmanuel Quidet: « Nous nous opposons aux sanctions économiques »

Le président de la Chambre de commerce et d’industrie franco-russe (CCIFR) Emmanuel Quidet a déploré les sanctions sectorielles imposées à la Russie par l’Union européenne. Lors d’une conférence de presse mercredi 6 août à l’agence RIA Novosti,  il a répondu aux questions des journalistes.

Crédits: @lecourrierderussie
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Que pensent les entreprises françaises présentes en Russie des sanctions de l’UE?

Emmanuel Quidet: Les entreprises françaises en Russie sont inquiètes car elles évoluent dans un climat d’incertitude. Elles suivent l’évolution des mesures restrictives avec attention et se posent beaucoup de questions concernant le futur car la situation est floue pour le moment.

Quels sont vos craintes précisément face à ces sanctions ?

Emmanuel Quidet: Nous sommes particulièrement inquiets des sanctions adoptées contre certaines banques russes. À cause des restrictions, les sociétés françaises qui ont des projets de développement en Russie vont rencontrer de grandes difficultés pour trouver des financements auprès des banques russes. Dans ce cas, tous les secteurs d’activités peuvent être touchés.

Aujourd’hui, que représentent les entreprises françaises sur le marché russe ?

Emmanuel Quidet: La France est le deuxième investisseur étranger en Russie. Les Français sont donc des investisseurs extrêmement importants pour les Russes. Actuellement, 1200 entreprises françaises sont présentes sur le territoire russe et entre 6000 et 7000 sociétés françaises exportent vers la Russie. Au total, environ 8000 sociétés françaises sont donc susceptibles d’être touchées par les sanctions européennes.

Quel impact les sanctions pourraient-elles avoir sur l’emploi en Union européenne ?

Emmanuel Quidet: Il est trop tôt pour le dire. Selon une étude allemande, si l’Union européenne décidait d’introduire des sanctions plus sévères, 300 personnes supplémentaires se retrouveraient au chômage en Allemagne. Si l’étude s’avère exacte, on peut imaginer qu’en France, entre 150 000 et 200 00 personnes viendraient grossir les rangs des chômeurs. On parle donc d’un demi million de chômeurs répartis sur deux pays. Imaginez-vous l’impact de sanctions plus sévères à l’échelle européenne.

Quelle est l’attitude des autorités françaises face aux craintes des entreprises françaises en Russie ?

Emmanuel Quidet: Le président français François Hollande et le ministère des affaires étrangères sont tout à fait à notre écoute. Nous communiquons régulièrement avec l’ambassade de France à Moscou et le gouvernement français se montre très réceptif. Ainsi, les sanctions européennes sont plus douces que les sanctions américaines. Le but de ces mesures est de forcer la Russie à réagir mais en aucun cas, de provoquer une guerre économique entre l’UE et la Russie. L’Europe a besoin de la Russie et la Russie a besoin de l’Europe. Faire l’un sans l’autre serait extrêmement difficile et les Européens comme les Russes en sont parfaitement conscients.

Quelle est la position de la Chambre de commerce et d’industrie franco-russe (CCIFR) vis à vis des sanctions ?

Emmanuel Quidet: Nous nous opposons aux sanctions économiques. La Chambre de commerce et d’industrie franco-russe est consciente de l’existence d’un problème politique grave qui divise la Russie et la France. Cependant, on ne peut résoudre un problème politique en prenant les entreprises en otage car imposer des sanctions économiques signifie non seulement sanctionner la Russie mais aussi sanctionner tous les investissements européens et français réalisés dans ce pays. La CCIFR pense que la France et la Russie sont deux pays très proches l’un de l’autre et qu’il serait dommage de couper les liens par l’application de sanctions économiques que nous trouvons contre productives. Au contraire, nous pensons que le business est un facteur de stabilité essentiel pour permettre un dénouement de la crise.

Certaines entreprises françaises installées en Russie envisagent-elles de quitter le pays?

Emmanuel Quidet: À ma connaissance, aucune. Les sanctions viennent de tomber et on ne connaît pas encore les conséquences immédiates. Ce serait inapproprié de quitter la Russie maintenant.

Quels sont vos attentes dans un futur proche ?

Emmanuel Quidet: J’espère que la Russie, l’UE, l’Ukraine et les États-Unis vont trouver une sortie de crise afin que l’Union européenne lève ses sanctions. En octobre, l’UE a prévu de réexaminer les mesures restrictives. Si nous sommes parvenus à une sortie de crise, elles seront levées immédiatement. Espérons donc que ces sanctions ne soient que de courte durée.

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6 commentaires

  1. Comment se fait-il que nos chers élus européens n’aient pas évalué ces risques? Sont-ils aussi bêtes ? N’y aurait-il pas un président européen qui ait des c…. pour envoyer les US se faire voir? Qu’a promis Obama pour que l’Europe rampe devant lui? Tout ça pour soit disant défendre un pays dont les dirigeants sont les pires voyous que l’on puisse avoir. Comment se fait-il que l’Europe veuille travailler avec un pays en faillite? Poutine ne veut pas de l’Ukraine, l’Europe ne l’a pas compris. Les britanniques se sont fait avoir avec un contrat de gaz de schiste en Ukraine de l’Est. Les ukrainiens sont très forts à ce jeu. l’Europe a des soucis avec ses yeux, elle ne voit rien.

    1. Les risques ont bien été évalués. l’agroalimentaire représente 8 % des exportations Françaises en Russie, loin derrière l »Allemagne et l’Italie, « Cela représenterait, selon nos calculs (faits à partir des chiffres 2013 de l’UN Comtrade), environ 330 millions de dollars (250 millions d’euros) de manque à gagner direct pour les exportations françaises. Soit à peine 1,5 % du volume total des exportations françaises dans le monde sur ces produits. » source LeMonde. Et vous quelles sont vos sources ?
      Par ailleurs l’UE a déjà mis en place un programme de compensation financière pour les secteurs visés.
      Je suis pour ma part bien plus inquiet pour les Russes qui vont retrouver les files d’attentes interminables du passé…

    2. Ne vous inquiétez pas pour les Russes, mais plutôt des Occidentaux qui commencent déja á le regretter.
      A cause de la réponse Russe aux sanctions Occidentales, certaines entreprises en Occident ferment.

      Je cite toujours deux proverbes Russes á savoir:
      La Russie ne s´énerve jamais lorsqu´elle est attaquée, elle médite.
      Les Russes tardent á ce mettre en selle, mais après, ils chevauchent très vite.

      Lorsque l´Occident a introduit les sanctions envers la Russie, celle ci ne s´est pas enervée, elle a médité comment s´en sortir.
      La Russie a alors contactée les BRICS ( Brésil, Chine, Inde et Afrique du Sud ) pour remplacer les importations Occidentales, ceux-ci ont répondu par l´affirmative.
      Le Brésil á lui seul peut exporter autant de produits agricoles que la Russie aura besoin, alors si vous ajoutez, la Chine, l´Afrique du Sud, l´Argentine, le Chili, la Turquie pour ne citer que ces pays qui viennent de trouver un nouveau marché, je pense que c´est la Russie qui va bientôt exporter les surplus vers l´UE. Voici l´explication du deuxième proverbe, les Russe qui mettent du temps pour se mettre en selle, mais après, chevauchent très vite.

  2. Il risque se poser un problème, supposons que les sanctions Occidentales soient levées et que la Russie maintiennent les siennes, et se tourne définitivement vers les BRICS ?

    1. C’est exactement ce qui va se passer, comment peut-on conserver des partenaires qui te pénalisent quand ils le veulent ?.
      Il est évident que lorsque de nouveaux circuits seront installés, ils resteront longtemps actifs.
      Pas grave on n’est plus à 500.000 chômeurs près :o)

  3. « Nous sommes particulièrement inquiets des sanctions adoptées contre certaines banques russes. À cause des restrictions, les sociétés françaises qui ont des projets de développement en Russie vont rencontrer de grandes difficultés pour trouver des financements auprès des banques russes.  »
    Donc plus que les européens qui sanctionnent la russie, ce sont les européens qui se tirent une balle dans le pied, si par exemple à cause de l’absence du concours des banques francaises le financement de construction d’autoroute par vinci ou de tgv par alstom ne peut se faire, les banques chinoises interviendront et permettront de boucler le financement de la construction d’autoroutes et tgvs par les entreprises chinoises, les entreprises francaises perdront de juteux contrats, les russes ne verront que le montant de leurs factures diminuer …
    « tous les secteurs d’activités peuvent être touchés. »
    Il y à pas à dire, qu’est ce qu’on deviendrait sans tous cette classe politique géniale qui nous gouverne …

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