Donetsk sous les bombes : le journal d’un habitant

La ville de Donetsk, aux mains des insurgés pro-russes depuis le mois d’avril 2014, est constamment bombardée par l’armée ukrainienne. Alors qu’une grande partie des civils ont quitté la ville, Igor Faramazian a décidé d’y rester, et de tenir un journal sur ce qu’il voit autour. Le magazine ukrainien Reporter publie les passages rédigés entre les 17 et 27 juillet.

Des habitants de Donetsk observent en silence les dommages d'un tir d'artillerie, le 13 août 2014. Crédits : Sergei Grits/Itar Tass
Des habitants de Donetsk observent en silence les dommages d’un tir d’artillerie, le 13 août 2014. Crédits : Sergei Grits/Itar Tass

17 juillet

Ne me dites pas qu’il ne sert à rien de répéter des banalités. Il ne servirait à rien de les répéter si nous les avions apprises par cœur, ces vérités que l’on dit banales. Et pas seulement apprises mais comprises, réalisées, acquises…

Celle-ci, par exemple, qui dit que « la violence engendre la violence ». Nous ne nous l’étions pas appropriée. Et maintenant, nous le payons. Autant ceux qui sont pour une Ukraine unie que ceux qui sont contre.

Mais pourquoi sommes-nous si obtus ?!

On me dit parfois que je reste coincé au milieu, que je ne suis pas capable de déterminer avec qui et pour quoi je suis. Mais si je n’ai encore tué personne et que je n’y songe toujours pas, cela ne signifie absolument pas que je n’ai pas fait mon choix. Ça veut juste dire que je ne veux pas avoir recours à la violence. Parce que j’ai longtemps réfléchi, autrefois, à cette « banalité ».

19 juillet

Il y a un petit café pas loin de notre immeuble. Avant la guerre, nous n’y avions été qu’une fois avec ma femme. Ensuite, après avoir emmené les enfants dans la ville de Ladoga et être revenus, le lendemain, nous y sommes allés. Et nous y retournons depuis, de temps en temps.

J’apprécie l’endroit. En ce moment, il est peu fréquenté. Parfois, notre table est la seule occupée. Le café est dans un entresol. Aux murs, il y a des images et des dessins amusants. La musique est tranquille. Quand j’y suis, j’entre dans un état de transe naturelle. C’est comme un espace hors de l’espace, un lieu où se crée l’illusion que rien d’inhabituel n’est jamais arrivé, que tout est comme avant, que tout va bien.

En ressortant, évidemment, on revient à soi.

Aujourd’hui, sur le chemin, nous sommes tombés sur une foule d’hommes armés. Certains passaient à côté de nous en voiture, d’autres faisaient la queue pour du pain au magasin.

Puis, nous sommes arrivés à l’arrêt de bus. Nous avons vu une Jeep et une berline couper la route d’une Skoda, la forçant à s’arrêter. Deux types en camouflage avec des fusils automatiques sont sortis de la berline. Ils s’apprêtaient à se diriger vers la Skoda quand un autre gars s’est précipité hors de la Jeep, en agitant les bras et en hurlant : « Ce n’est pas lui ! Pas lui ! ». Les camouflés se sont rassis dans leur voiture et sont partis.

La Skoda est restée là encore quelques minutes. Ensuite, très lentement, elle s’est mise en mouvement. J’imagine ce qu’a dû traverser l’homme assis au volant.
Puis nous sommes allés au centre commercial Continent. Chez Adidas, il y avait la queue. L’attraction d’une générosité jamais vue avait toujours cours : 60 % de réduction pour mille hryvnias d’achat (environ 57 euros).

Nous sommes revenus à la maison, avons regardé les infos… Un obus est tombé sur un immeuble. C’est bien, personne n’est mort.

Des cafés, des soldes, des hommes en camouflage, des obus sur des immeubles…

Du vrai Kafka.

21 juillet

À l’aube, la ville grondait. Le matin, la guerre en vrai a commencé. Ça brûle devant la gare. Rue Kouïbishev, on entend des bombardements sur un secteur résidentiel.
Et dans le centre ville… un chantier est en cours.

Je suis chez moi, je travaille. Je tente de comprendre ce qui se passe dans la ville.

Dans la pièce voisine, ma femme gazouille au téléphone avec quelqu’un. J’y entre chercher une cigarette et elle, tout en gazouillant, fait un sac, au cas où il faudrait fuir l’appartement.

Non, mais c’est juste l’hallu…

Dans cette guerre, personne, visiblement, n’a l’intention pas même de se rendre, mais simplement d’essayer de s’entendre. Et alors, la guerre va continuer jusqu’au dernier, quand la victoire d’un des camps aura été payée par des vies de civils, de gens désarmés. Ce qui arrive déjà.

Je ne parle pas d’idéologies, ni de géopolitique ou d’autres disciplines supérieures. Je parle de civils désarmés qui meurent sans parvenir le moins du monde à amener les camps en guerre à la paix. Ils n’ont pas les outils suffisants pour ça, tout le monde se fiche d’eux.

Il semble aussi que beaucoup de civils désarmés, hors de la zone de ce qu’ils appellent l’« opération antiterroriste », ne sont pas contre le fait qu’on se batte ici, chez nous. Surtout ceux dont les fils n’ont pas été pris dans l’armée et pas envoyés mourir dans le Donbass. Et puis certains autres aussi, qui réclamaient au départ des décisions fermes, et qui ont ensuite, au moment opportun, quitté la zone de l’opération anti-terroriste.

De bonnes gens civilisés.

Que la vie leur soit douce.

Un insurgé pro-russe sourit à une passante à Donetsk, mi-juillet. Crédits : Zourab Djavakhadze/Itar Tass
Un insurgé pro-russe sourit à une passante à Donetsk, mi-juillet. Crédits : Djavakhadze Zourab/Itar Tass

La guerre est intense aujourd’hui à Donetsk. Nul besoin de parler des blessés et des morts, le conseil municipal a déjà tout annoncé…

Depuis le matin, on entend des « boum », des explosions. Je sors fumer sur le balcon et je me dis : « C’est déjà si bruyant chez nous, dans le centre, qu’est-ce que ça doit être là-bas, près de l’aéroport, de la gare, sur les avenues Oktyabr, de Kiev, des Partisans, à Poutilovka, à Vetka ? Comment ils survivent, là-bas ? »

Mon entraîneur m’appelle. Il dit qu’il n’y aura pas de séance aujourd’hui.

Mais la guerre a beau être la guerre, ma femme et moi, nous avons une course à faire.

Nous sortons. Au bas du hall, des mamies sur le banc. Je demande « Eh quoi, on n’a pas peur des explosions ? » Elles répondent : « C’est un check-point, ici. On surveille l’entrée de l’immeuble. »

Nous arrivons avec ma femme à bon port. À l’entrée, nous voyons un insurgé avec deux automatiques. Je me dis : « Qu’est-ce qu’il a à être si détendu, alors que c’est la guerre ? Et pourquoi deux fusils d’un coup ? » Ensuite, je comprends : un autre insurgé est à l’intérieur, il fait la queue. Sans son arme.

Là, dans la queue, je vois un autre type, costaud comme ça, plein comme un cochon. Il raconte qu’en allant travailler, alors qu’ils étaient installés dans un camion, ils ont été pris sous une avalanche de tirs. Ils ont sauté, se sont cachés sous le camion, et quand tout s’est arrêté, ils sont rentrés chez eux. Le type est extrêmement saoul. Il dit qu’il s’est saoulé après ce qui lui est arrivé, pour se détendre. Il n’arrête pas de s’en prendre à l’insurgé qui lui aussi fait la queue. Il lui demande pourquoi l’autre est sobre. L’insurgé, un jeune gars sérieux, répond : « Mais je ne bois pas. » « Pourquoi ? », demande le type, étonné. « Parce que c’est comme ça », dit l’insurgé.

Ensuite, nous allons dans notre supermarché de quartier, ATB. Il y a un peu moins de marchandises, mais on en trouve encore. Très peu de pain, et rassis. Les cigarettes – c’est la merde, pardonnez-moi. Il n’y a que des cigarettes de femme, très légères.

Ma mère et ma sœur sont à Ladoga, on les y a envoyées avec les enfants, elles nous envoient sur Skype des messages hystériques pour nous dire de quitter Donetsk en urgence. Ma femme a écouté ses amis et s’est aussi sentie obligée de me raconter pourquoi il était grand temps que nous fichions le camp.

On se dispute. Bientôt, on va s’insulter, parce que je n’ai envie de me tirer nulle part. Ce n’est pas que je sois un grand héros, mais juste… Je ne sais pas… C’est ma ville, j’ai passé ici toute ma vie consciente. Et partir où ? On ne nous a encore pas bombardés, nous, touchons du bois.

Ma femme n’aurait eu qu’à partir avec la belle-mère. Mais elle hurle qu’elle ne s’en ira pas sans moi. Quoique, peut-être qu’encore un ou deux jours comme ça pourront la décider ?

22 juillet

Je suis tombé sur des forums où les gens débattent de savoir quels sont les endroits les plus et les moins dangereux de Donetsk en ce moment.

Certes, on peut dire que c’est plus dangereux là où stationnent des représentants armés de la RPD [république populaire de Donetsk]. Mais…

Je voudrais rappeler mon proverbe zen préféré : « Dans une marmite bouillante, il n’y a pas d’endroit au frais. »

24 juillet

Je n’ai pas du tout envie de quitter Donetsk. Je me connais : si je pars, ça voudra dire que c’est pour toujours.

Je n’ai pas du tout envie. Mais tout y conduit. Il semble que le travail se termine, et sans travail, rester n’a pas de sens. Parce que ma mission première, c’est entretenir ma famille..

Si ça se passe comme ça, je quitterai évidemment l’Ukraine. J’aurais bien dit pourquoi je partirai hors du pays, mais… Je ne veux pas être grossier.

Ce ne sont pas des plaintes. Je dis ça pour mes amis, pour information.

25 juillet

Encore une nuit « magique ». Dans la ville, on entend les canonnades. Certains disent qu’ils tirent avec des BM-Grad [camion lance-roquettes], d’autres, avec l’artillerie lourde, les troisièmes – qu’ils alternent.

Même dans le centre de la ville, les murs tremblent.

J’ai lu qu’ils tirent depuis Elenovka quelque part vers le district Petrovskiï. C’est-à-dire qu’on aura de nouvelles victimes et d’autres destructions.

Sauf que je viens de voir passer bruyamment sous ma fenêtre un groupe de petits jeunes pas tout à fait sobres.

C’est juste hallucinant…

26 juillet

Hier, avant de dormir, je m’apprêtais à partager de nouveau mes méditations lyriques sur le thème : qu’est-ce que c’est bien, le chantier dans la cour de l’immeuble. Et

là… ça a commencé.

D’habitude, j’entends les explosions de loin – du côté de l’aéroport, ou derrière la gare, ou encore plus loin, – mais là, ça a grondé tout près. À deux ou trois immeubles de chez nous. Une fusillade a commencé. On avait l’impression que ça tirait avec des automatiques avec, de temps en temps, un fracassant bam-bam-bam métallique.

La nuit profonde est tombée. Nous avons considéré, avec mon épouse, que nous n’avions pas la moindre raison d’écouter tout ça, et qu’il fallait aller se coucher. D’autant que nous sommes protégés par deux ou trois immeubles. Peut-être que rien ne nous atteindra.

Nous sommes allongés. Nous nous endormons. Mais le fracas ne cesse pas – tantôt, on entend comme tirer au fusil, tantôt, de nouveau le bam-bam-bam. Comme si quelqu’un courait après quelque chose. Tantôt les premiers après les seconds, tantôt les seconds après les premiers. Et allez savoir qui sont les premiers et qui les seconds…

Je m’endors. Et je rêve de Simferopol, rue de Kiev, n°124. Et moi, à l’angle de cet immeuble, je dessine une flèche à la craie. Nous jouons, avec les copains, aux gendarmes et aux voleurs.

Simferopol, le 124 rue de Kiev, appartement 4.

Mon enfance s’est passée là-bas.


Un camarade m’a écrit – un type intelligent, par ailleurs, honnête – que, genre, vous ne le comprenez pas vous-mêmes mais tout ça, c’est pour votre bien, et si vous vous faites tuer par un malencontreux hasard, eh bien, qu’est-ce qu’on y peut, c’est comme ça, dit-il – c’est la guerre…

J’avais préparé un speech de réponse. Mais au final, j’ai écrit ceci : « Sauf que nous sommes encore vivants ! Eh oui ! Eh oui ! » Je l’ai écrit avec cette méchanceté des enfants.

En gros, j’ai répondu raisonnablement. J’ai juste peur qu’il ne se dise que nous sommes devenus tous tarés ici.


Il y avait à Donetsk une activiste célèbre dans toute la ville – Tania Dournieva. Il y a longtemps. Avant la guerre. Aux temps mythiques.

Une fille bien. Elle se battait contre le tabagisme et pour les pistes cyclables.

Ce qu’il est arrivé au tabagisme, je n’en sais rien. Personnellement, je fumais et je fume.

Donetsk vélo. Donetsk sous les bombes : le journal d’un habitant
« Arrête de fumer, et fais du vélo ! » – affiche de l’organisation de Tania Dournieva Donetsk sans fumer de cigarette.

Mais pour les pistes cyclables et les parkings vélo, en revanche, c’est sûr que ça a marché. Ils sont là, malgré la guerre. C’est-à-dire que Tania n’est visiblement plus à

Donetsk, mais sa cause est toujours vivante.

Je ne sais pas si c’est parce que la ville s’est vidée ou parce qu’avec la guerre, les habitants de Donetsk se sont mis à se soucier de leur santé, mais dans les rues, on voit de plus en plus de joggeurs et de cyclistes.

J’ai longtemps regardé le vélo de mes filles aînées. Une semaine, je l’ai regardé. Attentivement. Puis je me suis dis « Bah, elles ne le sauront pas. Je ne leur dirai pas. Et ma femme non plus. Et belle-maman se taira aussi. Juste une petite fois… »

Bref, aujourd’hui, je me suis affublé d’un short et d’un T-shirt, j’ai enfilé ma casquette, et…

Aux cris de : « Je ne te laisserai pas ! Il faudra me passer sur le corps ! Tu n’as pas fait de vélo depuis tout petit, tu vas te tuer ! », ma femme s’est plantée à la porte. « Ça s’oublie pas ! », ai-je répondu, solidement, avant d’enfoncer la défense de l’adversaire.

Je sors du hall. Là, notre check-point local : les mamies.

— Mais qu’est-ce qui te prend, Igor, tu vas faire du vélo ?, me demandent-elles comme ça, avec tendresse – comme à un malade mental.
— Je, c’est-à-dire… je vais me promener, je réponds.
— Avec un vélo ?
— Eh bien, comment dire…
— Oui, oui, c’est ça…, ont hoché la tête mes mamies, avec importance, en s’échangeant des coups d’œil.

J’ai disparu après le coin. J’ai chargé mon quintal sur la selle. Je suis parti.

Je me suis baladé dans le centre. D’abord par le boulevard Pouchkine (vide), ensuite rue Artem jusqu’à Severnyï et retour. Dans le parc, un couple âgé nourrissait les pigeons. J’ai croisé au moins dix cyclistes. Deux personnes m’ont fait un signe de la tête. Quelqu’un, en passant près de moi, a agité la main comme on salue un vieux copain. Et moi en retour.

Je suis rentré à la maison content comme un éléphant.

Je me suis assis à l’ordi, suis allé sur le site du conseil municipal. Et là : « Les combats dans le périmètre de l’aéroport se sont rapprochés de l’avenue de Kiev. La chute d’un obus a abîmé les toits et détruit la façade de l’appartement n°30 du numéro 22 de la rue Bouslaev. Entre les numéros 69 et 71 de l’avenue de Kiev, un obus a atterri dans une cour, tombant sur une automobile VAZ 2101, qui a pris feu. Du rez-de-chaussée au quatrième étage des immeubles mentionnés, la vague d’explosion a brisé les fenêtres. Dans la rue Markov, le numéro 67 a été abîmé par un obus, les éclats ont percé la conduite de gaz qui alimentait l’immeuble. Il n’y a pas de victime parmi les civils. »

Eh bien, merci, au moins il n’y a pas de victimes…


Dans la soirée, je discute avec un copain au téléphone. De l’autre côté de la fenêtre : une fusillade, de nouveau quelque part dans le quartier de l’aéroport.

La fusillade se tait, on commence d’entendre un rire d’enfant près de l’immeuble, le rebond d’un ballon.

On dit qu’à Slaviansk, c’était comme ça aussi, au début. À la périphérie – les combats, dans le centre – des mamans avec des enfants.

Ce n’est qu’ensuite que tout s’est confondu…

27 juillet

Sur le boulevard Pouchkine, j’ai aperçu plusieurs couples. Pour paraphraser un de mes enseignants, malheureusement déjà parti dans l’autre monde : « La guerre, les chiens, les petits chats… les jeunes gens… » Je suis frappé de la façon dont la vie prend obstinément son dû.

Dans les squares, des mamans, des mamies et des grands-pères avec des petits enfants se promenaient. Il y avait des gens aussi dans le square de la statue de Degtyarev, et à côté – près de la chapelle de Varvara, et aussi près de la « muraille de Chine » de l’ancien restaurant Ouzbékistan ; et on entendait même, du côté de la ville des enfants, au vieux Planétarium, le désagréable gémissement des balançoires.

Plus près de Severnyï, on entendait plus clairement les « boum ». Quoiqu’on les entende désormais clairement dans beaucoup de quartiers.

Quoi encore ? Il y avait beaucoup plus de gens qu’à l’ordinaire au parc des statues forgées. Et j’ai été très réjoui de voir fonctionner la fontaine devant le conseil municipal. Je l’ai regardée, et j’ai été saisi d’un sentiment proche du « Prenez ça dans les dents ! ». Un sentiment mauvais. Mais il était là.

Aujourd’hui, j’ai enfin vu la voiture de police de la RPD dont on a tant parlé. Elle voguait lentement le long de la rue de l’Université.

Le plus intéressant de la tranquillité d’aujourd’hui fut le perroquet.

Le café où nous avons pris l’habitude d’aller avec mon épouse boire un café était fermé. Nous sommes allés sur la terrasse d’été de la cafétéria du cinéma. Et là, en plein sur le comptoir, il y avait une cage avec un petit perroquet ondulé. Qui parlait. Il s’appelle Kira. Intéressant, comme ça. Il essayait de becqueter la cloche de sa cage, comme s’il voulait téléphoner. Bien qu’à nous, il n’a pas dit un mot. Mais on peut le comprendre : il a été amené de Bossé tout juste hier par une jeune fille. Ça canarde, là-bas.


Quand les photos prises lors du dernier bombardement sur les habitants de Gorlovka (vidéo ci-dessous) sont apparues sur le Net aujourd’hui, en particulier celle d’une jeune maman ensanglantée, sur l’herbe, avec un minuscule enfant accroché à elle, certains se sont soudain posé la question : « Mais est-ce qu’on ne nous fait pas passer pour les photos de la Gorlovka d’aujourd’hui celles de la Syrie d’hier ? » Et d’autres remarques, dans le même esprit.

En fait, le petit gars qui a fait les photos ne se cache pas sous des surnoms. À ce que j’en sais, il est assez célèbre. Et plus tard, on a eu l’annonce officielle sur deux enfants morts. Mais je ne parle pas de cette photo en particulier, quoique je ne doute absolument pas de son authenticité. Je serai très heureux de me tromper…
Voilà ce que je peux dire de Gorlovka personnellement.

En ce moment ma femme est en train de sangloter. Elle est allée sur son forum préféré de parents de Donetsk, et on y pleure la jeune maman morte lors du bombardement d’aujourd’hui à Gorlovka. Ils étaient sortis avec son mari et leur fille de sept ans faire des courses. Et ils sont tombés sous les tirs. Le mari et la fille, comme l’expliquaient les utilisateurs du forum, sont restés en vie, mais la jeune femme – elle est morte. Voilà tout le quotidien de Gorlovka aujourd’hui.

Je ne veux absolument pas, ici et maintenant, avancer rien de polémique. Comprenez-moi. Mais je ne peux me sortir de la tête tous ces arguments des « adeptes de la guerre » sur le pourcentage inévitable d’innocents tués…

On vient de m’envoyer un des derniers messages de la morte, Tania, qu’elle avait posté sur le forum : « Je ne me tromperai pas en disant que nous avons tous, ici, les mêmes doutes et les mêmes peurs. Et quand je suis tombée sous les bombardements la dernière fois, j’ai pensé Mais nous ne savons pas ce qui nous serait arrivé si nous étions partis. Si nous sommes ici et que tout va bien pour nous, ça veut dire que nous avons bien fait. Et qu’est-ce qui se serait passé si nous étions partis ? Car nous ne connaissons pas notre avenir. Si brusquement, en partant, il était arrivé le plus terrible ? Et donc, tout se passera bien !  »

Le 26 juillet, ça a été écrit.

Nous avons aussi d’autres amis qui ont quitté Gorlovka le 25 juillet pour Moscou avec leurs enfants. Ils avaient tenu longtemps. C’est très bien qu’ils aient fini par partir.
Nous avons eu de la chance, nos amis sont encore vivants. Mais beaucoup n’ont pas eu cette chance.

Je sors fumer sur le balcon, je regarde mon paquet. Il est écrit : « Fumer tue ! »

Amusant…

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