La Crimée, ligne de réconciliation entre les Rouges et les Blancs ?

Le corps de l’histoire russe est couvert de blessures, qui, malgré les années, refusent de cicatriser. Voilà bientôt un siècle que la Russie a vécu la Révolution d’octobre – et l’on n’a toujours pas établi de consensus national sur son rôle.

Monument aux navires coulés à Sébastopol, en 1974. Crédits : Konstantin Doudchenko / TASS
Monument aux navires coulés à Sébastopol, en 1974. Crédits : Konstantin Doudchenko / TASS

Pour les uns, elle n’est qu’une épouvantable catastrophe : l’an 1917 a enterré la Russie historique, signé la fin du régime légitime des tsars et plongé le navire russe dans une tempête anarchique dont il est ressorti sérieusement endommagé, perdant, dans les vagues, des millions de passagers. La tragédie de 1917 a encore entraîné celle de la terreur stalinienne et des camps du Goulag ; une fois les vannes de la violence ouvertes, le peuple russe a dû en boire la coupe jusqu’à la lie, jusqu’à l’épuisement fatal.

Pour les autres, la Révolution est symbole des progrès sociaux qu’elle a apportés non seulement aux Russes, mais à toute l’humanité. Outre l’éducation obligatoire, les soins médicaux pour tous et les congés payés, la Révolution d’octobre a inoculé dans les esprits l’idée même de la responsabilité sociale de l’État face à ses citoyens. La Révolution a aussi porté en elle l’alphabétisation généralisée et permis aux millions d’enfants de paysans de Russie d’étudier et de faire carrière.

À la fois destructrice et émancipatrice, la Révolution refuse de se plier à une interprétation unique, susceptible de satisfaire tout le monde. Telle une crevasse béante, elle continue de séparer les Russes – qu’ils vivent à Moscou, Paris ou New York. Tel un obstacle infranchissable, la révolution empêche les enfants des Soviétiques et des émigrés de s’entendre, et de se réconcilier. Dans chacun des camps, se mêlent les souvenirs d’enfance, les incantations parentales, les sapins de Noël et les parades sur la place Rouge, les messes pascales et les défilés d’athlètes, les romances russes et les marches des enthousiastes, les châles d’Orenbourg et les foulards rouges, les chapeaux à voilette et les tabliers amidonnés. Mais ne nous trompons pas : nombreux, parmi les descendants des commissaires, se détachent de la cause de leurs pères, et regrettent amèrement la Russie des tsars. Et inversement, chez les enfants des prêtres, fréquents sont les sympathisants de l’Union soviétique.

Mais les deux Russies, la rouge et la blanche, cherchent malgré tout à retrouver leur unité d’antan – et le retour de la Crimée au havre russe devrait les y aider. « Je pense que la Crimée peut jouer aujourd’hui un rôle unificateur pour la Russie, devenir une source historique et spirituelle, une ligne de réconciliation pour les Rouges et les Blancs », a déclaré Vladimir Poutine lors de sa visite à Yalta, le 14 août dernier. Descendant de paysans de Tver, ex-directeur du Comité de sécurité d’État, espion soviétique en Allemagne, Vladimir Poutine est aussi entré dans l’Histoire en rapatriant les dépouilles du général Denikine, du philosophe Iline et de l’écrivain Chmelev, et leur avoir fait bâtir des stèles funéraires à ses frais. Comment la Crimée s’inscrit-elle dans cette tentative désespérée de recoudre le tissu déchiré de l’histoire russe ?

Rappelons-nous que c’est par la Crimée que s’en est allée la Russie historique. C’est sur ce morceau de terre que les Blancs, en 1920, ont livré leurs derniers combats, et ce sont les côtes criméennes qu’ils ont contemplées depuis les navires qui les emportaient loin de leur Russie chérie, qu’ils avaient échoué à défendre.

La dernière vision, le dernier souvenir, pour tous ces Russes qui ont quitté leur patrie à jamais après la Révolution, ce fut les pierres blanches ensoleillées de Sébastopol. C’étaient ses berges majestueuses et ses champs de pavot qu’ils emportaient dans leur cœur. C’est en Crimée qu’est née la Russie chrétienne, c’est là qu’elle est morte – et c’est là encore qu’elle tente aujourd’hui de ressusciter, sur les ruines de Chersonèse, où, en 988, le prince Vladimir a reçu le baptême pour porter ensuite la bonne parole à toute la Russie médiévale. En Crimée, la Russie éternelle a pris fin, et en Crimée, elle cherche à renaître, à renouer avec son histoire millénaire et ses racines byzantines ; à faire la paix avec son passé mouvementé et tragique, à pleurer ses enfants – tous sans exception, péris dans une guerre fratricide et injuste.

Et l’Ukraine dans tout ça ? La république soviétique d’Ukraine, créée par décret de Lénine, a reçu en cadeau ce territoire emblématique à une époque où elle faisait un tout avec la Russie. Mais à un moment donné, l’Ukraine a décidé de se séparer de la Russie et de fonder un État propre. Aujourd’hui, la société ukrainienne œuvre à la construction d’une Ukraine indépendante, d’un État national ukrainien avec sa langue, sa culture et sa place dans le monde. Pour souligner sa spécificité et bâtir son identité, l’Ukraine doit se distancier de cette Russie avec qui elle a encore trop en commun.

C’est ce qui explique que l’État ukrainien a toujours rechigné à accorder à la langue de Pouchkine, parlée par une grande partie de sa population, le même statut qu’à celle de Taras Chevtchenko : le russe a de fait des positions très fortes, avant tout par le voisinage de la Russie, et l’ukrainien a besoin d’être soutenu. C’est ce qui explique aussi que la jeune Ukraine révise en ce moment ses trois cents ans de vie commune avec la Russie et tend à écrire son histoire propre, ukrainienne – en ukrainien.

Le seul hic, dans cette belle entreprise, ce sont les nombreux citoyens d’Ukraine qui ne se retrouvent pas dans ce projet d’État national ukrainien, qui se considèrent comme appartenant à la culture russe et ne veulent en aucun cas y renoncer. Les beaux chants ukrainiens et les chemises brodées ne les émeuvent pas, ils restent fidèles aux vieux livres russes. L’Ukraine doit encore engendrer son Tolstoï – la Russie en a un. Et beaucoup, quand ils sont sommés de choisir, optent pour la culture la plus ancienne et la plus importante. Parce que la jeune Ukraine est exigeante et oblige à faire des choix. Dans les écoles ukrainiennes, on lit Tchekhov et Pouchkine en cours de littérature étrangère, et l’étude de leur langue n’est pas obligatoire ; l’Ukraine établit une hiérarchie et place sa culture et sa langue au-dessus de la langue et de la culture russes. Une attitude normale pour un État national qui se construit, mais offensante pour les nombreux russophones et russophiles qui y vivent depuis des siècles. Il ne faut donc pas s’étonner que, dès que l’occasion se présente, ces derniers plient bagages et s’en aillent, emportant avec eux le morceau de terre qui se reflète encore dans les lunettes embuées d’un officier blanc, sur un navire, au beau milieu de la mer Noire. Il est là, il n’est parti nulle part, il regarde la Crimée et pleure sa Russie – cet officier aussi éternel que sa patrie.

7 commentaires

  1. J’ai une autre solution pour réconcilier les Russes avec eux-mêmes: leur apprendre l’histoire. Quand je dis l’histoire je parle de la vraie, celle où la patrie n’a pas le beau rôle, ou pas seulement celui-là. On peut parler de la France qui a victorieusement vaincu l’Allemagne en 1914, courageusement résisté à celle-ci entre 1940 et 1944 et positivement colonisé l’Afrique du Nord; mais il sera sans doute plus véridique de dire que la France s’est suicidée en 1914 en sacrifiant un million et demi d’hommes pour deux régions qui ne se trouvaient sans doute pas si mal sous l’Empire allemand, qu’elle s’est laissée occuper sans trop réagir entre 1940 et 1944 (on ne noircira pas excessivement le tableau certes, mais globalement il n’est pas glorieux), et qu’enfin la quatrième et la cinquième républiques ont massacré entre 500 000 et un million d’Algériens pendants les évènements de 54-62.

    Il serait donc temps qu’un jour à mon avis les programme d’histoire russes rappellent:

    – le rôle absolument négatif de Staline qui a décapité le pays de toutes ses élites tout au long de son règne. Ce type n’a rien fait de bien qu’un autre n’eût fait à sa place;
    – les exactions qui accompagnèrent la « libération » de l’Europe lors de la deuxième guerre mondiale. L’Armée Rouge fut une armée de soudards pillards et pas de glorieux combattants épris de liberté comme on nous le serine à longueur d’antenne;
    – l’occupation des pays du bloc socialistes et la colonisation des pays baltes;
    – que l’URSS s’effondra non pas à cause des méchants Américains qui complotèrent mais parce qu’elle investissait trop dans sa défense (un tiers du revenu national)

    et que les dirigeants russes cessent de protester à tout propos contre la « falsification de l’histoire », notamment pour sauvegarder le mythe de la grande guerre patriotique qui est finalement la seule légitimité des régimes russes qui se sont succédé au Kremlin depuis 1945, quand on y pense. Il serait temps de se réinventer là-aussi, l’histoire est faite d’oubli et heureusement.

    Tant que cet effort ne sera pas fait, les Russes ne pourront pas prétendre être compris de leurs voisins quand ils leur expliqueront (à juste titre, cent fois même) qu’une Ukraine dans l’OTAN où des missiles en Pologne sont une menace pour leur sécurité.

    On m’objectera que ce n’est pas agréable à entendre et que les Russes ont déjà trop entendu de choses négatives sur eux. J’objecterai moi que:
    – ces choses désagréables ont surtout été écrites par des étrangers. L’autocritique c’est mieux, ça permet de mieux se connaître soi-même;
    – que les Ukrainiens ont fait exactement pareil en idéalisant un pseudo-passé mythique et en fermant pudiquement les yeux sur les sombres côtés du nationalisme ukrainien et qu’on voit où ça les a mené.

    Enfin on rappellera que la Crimée fait partie de la Russie mythique à la rigueur, mais sûrement pas historique. Si Vladimir y reçut le baptême, le premier Etat russe centré autour de Kiev ne la contrôlait déjà plus et ensuite les Russes n’y reprirent pieds qu’au XIXe siècle. Il fallut la déportation générale des Tatars de Crimée en 44 pour que les Russes soient majoritaires sur la péninsule. Le départ de l’armée de Wrangel n’est sinon qu’un petit épisode historique sans importance forcément mythifié par les Russes blancs mais qui n’importe pas pour les autres. La Russie historique, c’est la Russie centrale, un quadrilatère Kiev/ Pskov/ Nijni Novgorod/ Lipetsk en gros.

    Enfin, tout étant par définition provisoire en ce bas-monde, nulle patrie n’est éternelle, demandez un peu aux Romains ce qu’ils en pensent! Les Français se sont mis à vivre mieux lorsqu’ils se sont débarrassés de leur complexe de supériorité de « grande nation », les Russes iront mille fois mieux une fois qu’ils cesseront d’être obsédés par eux-mêmes!

    1. desolee de vous contredire, si ma famille est vivante c’est grace à ceux que vous nommez « soudards » – trente millions de morts sovietiques à cause de la guerre 1939-45 – les americains qui ont debarque en Normandie tres tard combien de morts??? peut etre 20.000 comme les civils de Normandie car les americains bombardaient n’importe où –
      Lisez le livre de Vassili grossmann et vous comprendrez les souffrances des sovietiques pendant la guerre –
      Tout cela à cause de l’arrogance des français dont je fais partie avec leur traite de Versailles et l’accord munichois – pas de quoi se vanter –
      Je n’ai pas aime Staline, mais j’admire les russes et leur culture, leur nationalisme – j’ai travaille pour les americains, ils sont simples mais ils se sentent superieurs à la vieille Europe – j’aime les russes et je les admire –

    2. La France n’est pas un exemple en matière de colonisation. L’on sait les tueries des Algériens en 1945 par l’armée coloniale française, l’exploitation des colonies . en Afrique, contrairement à ce que vous écrivrez, la mainmise de la France sur ses ex-colonies montre que le mythe de la « Grande France » puissante, dominatrice ne s’est pas estompée.

    3. Didier vos propos sont une infâme fumisterie.
      -Staline fut un dictateur mais il a transformé une Russie médiévale en une puissance industrielle moderne, même ses ennemis de l’époque lui reconnurent ce mérite.
      -Concernant les « glorieux combattants épris de liberté comme on nous le serine à longueur d’antenne », de quel antenne parlez vous?
      Je vis en France et les seuls glorieux combattants qu’on glorifie sans cesse sont ceux du débarquement. Un rappel les Etats Unis ont subis 400.000 morts durant la 2eme guerre mondiale tandis que l’Union Soviétique a perdu plus de 25.000.000 morts. Malgré la différence des pertes, les américains n’ont pas étés exemplaires en France, les armées françaises ont fait pire en Italie, ect…
      -L’occupation des blocs socialistes a été surtout pensé en glacis protecteur contre l’ouest. Il faut savoir que Staline a été favorable au début à une alliance militaire avec la France pour contrer l’Allemagne Hitlérienne, mais il s’est avéré que les puissances occidentales voulait se servir de l’Allemagne pour détruire l’URSS. « Si nous voyons l’Allemagne gagner, nous devrions aider la Russie et, si la Russie est en train de gagner, nous devrions aider l’Allemagne, pour que le plus grand nombre possible périsse des deux côtés. » disait Truman. On connait la suite, l’opération Paperclip, la mise en place de Gladio, ect…
      -L’URSS s’effondra à cause de la trahison de Gorbatchev et des élites qui gagnèrent plus de privilèges en devenant oligarque que sous le régime soviétique.

      Et votre sublime conclusion que la Russie devrait abandonné son identité pour prendre l’exemple de l’espace communautaire française me fait bien rire. On vivrait mille fois soit disant alors que les prix en euros sont carrément identique qu’a l’époque des francs alors que nos salaires par contre ont bien étés divisés par six. On vivrait mille fois avec plus de 20 pour cent d’électeurs du front national, une abstention égale aux présidentiels, double aux législatives (plus de 40%), triple aux européennes (plus de 60%) . On vivrait mille fois mieux avec 5 millions de chômeurs voir 9 millions avec les chiffres réels et autant de personnes vivant sous le seuil de pauvreté.

      J’ai plutôt l’impression qu’on est pas plus heureux et qu’on a vendu notre âme, notre culture, notre identité pour s’abrutir massivement.

  2. @ Jeanne,

    Mon grand-père a été libéré par les Russes, je dois aussi la vie à des soudards. Mais comme ceux-ci violèrent toutes les femmes allemandes du village et tuèrent tous les vieux qui n’avaient pas pu partir et dérobèrent aux prisonniers français tous leurs biens, et que cet épisode raconté s’est reproduit des centaines de fois (il y a une abondante littérature sur le sujet, de Cavanna à l’historien anglais Anthony Bevor) j’ai du mal à les idéaliser. Je sais que la Wehmarcht avait plus ou moins fait pareil en Russie, mais la vengeance n’excuse pas le crime.
    J’ai lu Grossmann, merci, mais justement il me semble qu’il fait partie des rares démystificateurs de la bataille de Stalingrad, il l’a d’ailleurs assez payé.
    J’aime et j’admire les Russes et leur culture aussi mais j’aime plus encore la vérité historique. Or en Russie l’histoire de la deuxième guerre mondiale se réduit encore comme chez nous il y a trente ans en une geste mythique magnifiant les héros et passant sous silence les sombres épisodes de la guerre comme les erreurs tactiques flagrantes du commandement, les commissaires politiques, les déportations, etc. Je persiste à penser que ce n’est pas sain de vivre dans le mensonge ou le déni pour se parer ensuite de la posture de victime à chaque crise internationale.

    @ Bidule Chose,

    Ben voyons, Staline était un génie qui a modernisé l’URSS. Vous avez une idée du coût humain? Il fut énorme puisqu’on affama les campagnes pour nourrir les ouvriers et se procurer les devises nécessaires à l’industrialisation du pays. le « golodomor » a fait 6 millions de morts en Ukraine et en Russie du Sud, mais combien d’autres famines dans les autres régions céréalières de l’URSS? combien de répressions inutiles, combien de massacres? Lisez « L’URSS en 1930 » de Boris Souvarine, vous verrez que l’URSS portait en son sein le germe de sa perte dès le début.
    Staline fut-il un grand général? Pas davantage. Il massacra tout son état-major en 1936 et s’allia avec Hitler en 1939 persuadé que celui-ci lui laisserait du temps. Le résultat fut le fiasco militaire de 1941/1942, dont la Russie ne s’est démographiquement jamais tout à fait remise. Et l’industrie qu’il créa fut incapable de concurrence l’occidentale au-delà des années 60, sauf dans le domaine militaire.
    – vous avez raison, on surévalue le rôle des Américains sur celui des Russes chez nous en France. Mais ce sont les Américains et les Anglais qui débarquèrent nous libérer, pas les Russes. Mais allez donc en Russie: trois semaines avant le 8 mai, chaque année, on nous ressort tous les vieux films, reportages et poncifs, sans jamais causer du rôle des autres Etats alliés ni du lend-lease dont on ne peut nie la contribution à la victoire soviétique. Les Russes sont comme les Américains, eux aussi pensent qu’ils ont gagné la guerre tout seuls!
    – sur le glacis socialiste, à la rigueur je ne blâme pas l’URSS d’avoir occupé des pays illégitimement (chacun ses intérêts, ça s’appelle la realpolitik,et c’était une autre époque), mais aujourd’hui un des problèmes de la relation russo-européenne réside dans l’incapacité de la Russie à comprendre pourquoi Polonais, Baltes, Tchèques et autres voisins lui sont hostiles. C’est simple: parce qu’il n’y a pas trente ans, l’armée rouge occupait ces pays qui n’avaient rien fait à la Russie, et que le pouvoir soviétique leur avait imposé d’autorité un régime qui ne leur convenait pas. La Russie devrait intégrer ce fait dans ses relations avec ces pays et faire quelques efforts pour les séduire au lieu de faire planer sa menace comme elle le fait.
    – si un seul homme a suffi pour faire chuter l’URSS (le « traître » Gorbatchev), c’est que ce régime n’était pas viable. Un régime dépendant d’un seul homme n’est pas un bon régime. Non, la vérité la plus prosaïque est que lorsque 30% du PIB est consacré à la défense et il ne reste pas grand chose pour le reste. A la mort de Staline il y a eu match entre Béria le réformateur (tout sanguinaire et pervers qu’il fut!) qui avait compris qu’économiquement l’URSS allait dans le mur, et Khrouchtchev qui était le candidat de la nomenklatura communiste qui voulait garder ses privilèges. Khrouchtchev gagna, les Russes connaissent la suite: une vague embellie économique dans les années 60, le long zastoï brejnévien précédant la chute ensuite. Que les Américains n’aient pas aidé l’URSS d’accord mais c’était la guerre froide et puis pour reprendre vos exemples le plan Gladio n’a jamais été activé, et les Russes ont largement profité de l’expertise allemande puisque Soyouz est un dérivé de la Simiorka qui est un dérivé du V2.

    Enfin, je ne sais pas si nous sommes plus heureux que les Russes, mais je suis sûr des choses suivantes: nous sommes plus riches qu’eux (PIB/h France: 35 000 euros, Russie 15 000), nous vivons plus longtemps (espérance vie en F:78/75, en Russie 72/65), nous nous droguons moins (300 overdoses contre 7000), nous conduisons mieux (3000 morts sur les routes contre 30 000), nous sommes moins brutaux et violents avec nos femmes (300 femmes tuées par leur mari en France contre 10 000), nous allons moins en prison (70 000 détenus contre 900 000 et nous nous faisons moins assassiner qu’eux (je n’ai plus les chiffres en tête mais on pourra aisément vérifier). Et malheureusement, les Russes aussi s’abrutissent massivement à grand coup de consumérisme impulsif, champions qu’il sont de ce crédit à la consommation qui est le cancer qui emportera nos économies et nos sociétés modernes.

    Tout ça alors que nous ne sommes pas plus intelligents qu’eux et que nous n’avons pas davantage de ressources. Tout ce que je vois c’est que la Russie prend une direction dangereuse pour elle et ça me navre….Je comprends les différences héritées de l’histoire mais quand je vois où on en est dans la réflexion sur le projet national 25 ans après la fin de l’URSS je commence à trouver le temps un peu long!

  3. Je n’ai à ma connaissances jamais connu de guerres sans tragédies.
    Jamais les armées combattantes ne se sont comportées sans laisser de traces ignobles.
    Que ce soit les USA, les Allemands ( 6.000.000 de juifs + les 34.000.000 d’autres ), les russes, les japonais etc. et ce même à l’époque des croisades sans oublier le cas actuel des extrémistes islamiques.
    Même la France a son lot de viols, de cruautés, de vols et autres couardises.
    La Belgique au Congo a aussi du sang sur les mains.
    Jamais l’homme n’a été capable de vivre en paix et dans le respect avec ses semblables.
    Si l’on devait faire l’apologie de toutes les guerres il n’y aurait pas assez de papier sur terre pour contenir les actions honteuses de toutes les armées.
    C’est pourquoi le seul gouvernement qui puisse instaurer une paix universelle durable est celui de Dieu.
    L’homme étant un loup pour l’homme il n’est jamais rassasié du sang de ses semblables.
    Et tant que le souverain seigneur de l’univers n’aura réinstauré son royaume / gouvernement céleste dirigé par son roi Jésus Christ, il n’y aura pas la paix sur terre.

  4. « À Sébastopol, l’évacuation des Blancs prend fin dans un ordre parfait.
    Wrangel passe en revue ses troupes à quai. Toute la ville est là, qui salue
    le chef qui va la quitter. Puis il assiste à l’embarquement des derniers
    combattants, talonnés par les Rouges qui pénètrent avec précaution
    dans la ville. Des cavaliers harassés mettent pied à terre, abandonnent
    leurs montures sur place, et gravissent la passerelle du dernier vaisseau
    russe à quai, le Korniloff. Au loin, des incendies se déclarent. Wrangel,
    le dernier, monte à bord du navire, qui largue aussitôt ses amarres et
    appareille immédiatement. L’émotion est poignante.
    Le quinze, Le Korniloff aborde Yalta. Alexandra est à son bord.
    Alexandre n’est pas si loin, il approche maintenant avec ses cavaliers
    de la grande rade qui s’étale paisiblement depuis Théodosia, dont on
    aperçoit les lumières à l’ouest, jusqu’à la longue plage étroite qui s’effile
    à son extrémité est. C’est vers celle-ci qu’il se dirige avec le reste
    de ses hommes. Au mouillage, six bâtiments de guerre russes ainsi que
    l’Emperor of India des anglais.
    À Yalta où Wrangel est descendu, une foule immense de réfugiés
    agglutinés dans la zone portuaire est maintenue en place par un cordon
    de marins français, britanniques et même américains, tandis que des
    sous-officiers scrutent les papiers qui leur sont présentés, et leur posent
    une série de questions permettant de juger la précarité de leur situation :
    Seuls ceux dont la vie est menacée par les soviétiques, – civils loyalistes,
    officiers, sous-officiers et soldats de l’Armée blanche, les nobles
    aussi, – sont embarqués sur les bâtiments de guerre russes et alliés.
    Le Waldeck-Rousseau est à l’ancre à quelques encablures, l’amiral
    Dumesnil débarque et rencontre le général Wrangel à terre.
    Tout est encore calme, pas un coup de feu, pas d’agitation dans les
    rues. La ville semble toujours assoupie, blottie dans le calme des montagnes
    qui la frangent. Les élégantes villas aux belles colonnades, encadrées
    de jardins agréables, déclinent impassiblement leurs terrasses à
    l’italienne autour du palais impérial de Lividia, dont le parc vient mourir
    au bord de l’eau.
    L’amiral est accompagné de Monsieur de Martel, le Haut Commissaire
    de la République Française en Crimée. Tous deux se mêlent à la foule,
    donnent des ordres, activent l’évacuation qui dure toute la journée.
    Charles Dumesnil a tenté de trouver Alexandre, son beau-frère russe
    qu’il ne connaît presque pas. Un capitaine d’infanterie russe lui a confié
    que ce dernier avait été gravement blessé et laissé derrière. Comme
    Véra va être désolée. À la nuit tombante, ils embarquent sur la vedette
    de l’amiral qui rejoint le cuirassé. L’ordre est donné de lever l’ancre.
    L’escadre française, menée par le Waldeck-Rousseau, prend de la
    vitesse et vire à bâbord pour longer la côte de Crimée en direction de
    Théodosia, tandis que les navires russes poursuivent vers la pleine mer
    et s’éparpillent, mettant le cap sur la Turquie.
    Yalta disparaît dans le lointain. »
    Choura le Magnifique, Editions Amalthée

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