Sud-Est ukrainien : état des lieux au 09/07

Alors que la bataille médiatique fait rage entre médias russes et ukrainiens, Le Courrier de Russie se propose de décrypter chaque jour l’actualité dans le Sud-Est de l’Ukraine.

Ukraine Porochenko
Visite du président ukrainien Petro Porochenko à Slaviansk le 8 juillet. Crédits : présidence ukrainienne

Lougansk

La situation à Lougansk rappelle de plus en plus celle qu’ont connue les villes de Slaviansk et Kramatorsk auparavant [l’armée ukrainienne a repris le contrôle de ces agglomérations le 5 juillet, ndlr]. Depuis trois jours, différents quartiers de la ville sont ainsi régulièrement bombardés par l’artillerie de l’armée ukrainienne.

Une dizaine d’immeubles d’habitations ont notamment été touchés, mardi, par des tirs (vidéo ci-dessous). « Nous prions pour ne pas être visés », témoigne un habitant d’un immeuble voisin, cité par Vesti.

Les passagers d’une marchroutka ont eu moins de chance : deux personnes sont mortes et quatre autres blessées par des éclats d’obus. « À cause de notre chat, Ougolok, ma femme a manqué le passage de ce minibus. On peut dire qu’il lui a sauvé la vie », a confié Roman Gorbouchkine, un habitant du quartier.

Dans les magasins de la ville, les produits de première nécessité – farine, pain, sel, céréales, boîtes de conserve – se raréfient dès le matin. « Les produits sont acheminés régulièrement. Sauf que les camions doivent traverser tous les barrages routiers : c’est toujours source de stress pour nous », explique-t-on dans la chaîne de magasins ATB. Une partie des supermarchés ont fermé, tout comme les salons de beauté, cafés, coiffeurs et tout commerce qui n’est pas de première nécessité. Les pharmacies restent ouvertes.

Certains quartiers sont privés d’électricité, d’autres d’eau depuis que la station de pompage a été touchée par un tir.

Mais qui tire ? Les deux camps se renvoient la faute. Les insurgés pro-russes accusent l’armée ukrainienne de tirer au mortier et de mener des frappes aériennes, tandis que cette dernière crie au mensonge, affirmant que les tirs d’artillerie et le recours à l’aviation sont désormais interdits dans ses rangs.

Donetsk

Une mine désaffectée de la ville a été touchée par des tirs. L’armée ukrainienne visait une base des insurgés qui se trouve à proximité. Si les premières informations parlaient de 300 morts, aucune victime n’est à déplorer en réalité.

Le maire de Donetsk Alexandre Loukiantchenko a tenu une conférence de presse, mardi 8 juillet, à l’issue de son « déplacement » à Kiev lundi. Il a affirmé être parvenu à convaincre le président Petro Porochenko de ne pas bombarder Donetsk, ce qui aurait, selon lui, des « conséquences catastrophiques ». Si l’électricité venait à être coupée, l’eau des mines cesserait en effet d’être pompée et des quartiers entiers de la ville pourraient être inondés. Sans parler des risques de catastrophe chimique.

Négociations

M. Loukiantchenko a également affirmé que le président ukrainien était prêt à mener des négociations avec les leaders des républiques populaires de Donetsk et Lougansk, incluant la participation de la Russie, dans un monastère de Sviatohirsk, une ville aux mains des forces gouvernementales située au nord-est de Donetsk.

« Bon anniversaire à l’armée ukrainienne, aux forces armées d’Ukraine et à la garde nationale. L’opération à Slaviansk, à Droujkovka, dans le Donbass symbolise la naissance d’une véritable armée ukrainienne ! », a déclaré le président ukrainien Petro Porochenko, en visite éclair à Slaviansk, mardi 8 juillet.

« No comment » à Kramatorsk

Dimanche 6 juillet, les habitants de Kramatorsk, reprise par l’armée ukrainienne la veille, accueillent les soldats aux cris de « Pédales ! » et « Fascistes ! ».

L’armée du Donbass

Igor Strelkov, le ministre de la défense de la république populaire de Donetsk, a déclaré que la RPD allait rémunérer les combattants pro-russes afin d’attirer davantage de nouvelles recrues dans les rangs de l’insurrection.

« Beaucoup sont prêts à intégrer nos milices s’ils reçoivent une garantie pour leur famille. Désormais, ils l’ont. À compter de ce mois [juillet, ndlr], les insurgés recevront une rémunération mensuelle comprise entre 5 et 8 mille hryvnias (entre 313 et 501 euros) », a déclaré Strelkov à la chaîne Perviy Respublikanski Telekanal.

Le ministre de la défense a également appelé tous les hommes à rejoindre leurs rangs, « sans quoi la bataille sera impossible contre l’armée ukrainienne ». Il précise que les insurgés pro-russes ont besoin de 80 000 soldats.

Des armes viennent bien de Russie (du moins à Slaviansk)

C’est en tout cas ce qu’a affirmé un leader populaire de Slaviansk, sous couvert de l’anonymat, lors d’une conférence de presse en présence de l’expert pro-kremlin Sergueï Kourguinian et du « gouverneur populaire » du Donbass Pavel Goubarev, lundi 7 juillet.

« À Slaviansk, nous avons reçu de la Russie trois tanks et trois blindés légers. C’est tout », a finalement admis l’homme, après avoir démenti en bloc les accusations de l’expert selon lesquelles les insurgés pro-russes recevaient des armes de Russie.

Pavel Goubarev, pour sa part, a mentionné la présence dans le Donbass de « détachements armés jusqu’aux dents » mais qui ne combattaient pas pour le moment.

Rappelons que les pro-russes se sont retirés de Slaviansk, de Kramatorsk, d’Artemovsk, de Nikolaïev et de Droujkovka les 5 et 6 juillet, pour se replier sur Donetsk et Lougansk. Si Kiev crie victoire, les insurgés parlent quant à eux d’un « retrait tactique » afin d’épargner la population civile.

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