Sud-Est ukrainien : état des lieux au 08/07

Alors que la bataille médiatique fait rage entre médias russes et ukrainiens, Le Courrier de Russie se propose de décrypter l’actualité dans le Sud-Est de l’Ukraine.

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Le président ukrainien Petro Porochenko inspecte les troupes ukrainiennes lors de son dernier voyage au Donbass, le 20 juin dernier. Crédits : présidence ukrainienne

Vers un blocus de Donetsk et Lougansk

Le président ukrainien Petro Porochenko a approuvé les plans de « libération » des villes de Donetsk et de Lougansk, toujours contrôlées par les forces d’autodéfense prorusses, a annoncé le vice-secrétaire du Conseil de sécurité nationale et de défense Mikhaïl Koval, mardi 8 juillet, cité par l’agence UNN.

Selon lui, les forces de sécurité ukrainiennes ont prévu de bloquer les deux villes afin de pousser les insurgés à déposer les armes.

Parallèlement, Petro Porochenko a procédé à un remaniement sur place, en nommant Vasili Gritsak à la tête de l’opération antiterroriste dans l’Est ukrainien et au poste de premier adjoint au directeur des services de sécurité ukrainiens (SBU). Il remplace ainsi Vasili Kroutov, limogé pour une raison inconnue.

Rappelons que les pro-russes se sont retirés de Slaviansk, de Kramatorsk, d’Artemovsk, de Nikolaïev et de Droujkovka les 5 et 6 juillet, pour se replier sur Donetsk et Lougansk. Si Kiev crie victoire, les insurgés parlent quant à eux d’un « retrait tactique » afin d’épargner la population civile.

Donetsk

Jusque ce week-end, l’influence des autorités de la république populaire de Donetsk (RPD) sur la gouvernance de la ville de Donetsk, qui compte près d’un million d’habitants, était relative. Le maire continuait à gouverner et la police municipale à faire respecter l’ordre.

Mais depuis l’arrivée des divisions pro-russes de Slaviansk, samedi 5 juillet, Donetsk est entièrement passée sous le contrôle des forces de la RPD, sous le commandement d’Igor Strelkov, le ministre de la défense de la république.

Ainsi, des hommes armés en tenue de camouflage patrouillent à la place de la police dans la rue et sur les routes : ils arrêtent tout véhicule jugé suspect, en particulier s’il est immatriculé à l’extérieur de la région, et réquisitionnent les voitures des automobilistes en état d’ivresse « pour les besoins de la république ».

Selon une source de Vesti.ua au sein de la police municipale, l’affolement règne chez les agents. Certains démissionnent et quittent l’Ukraine pour la Russie avec leur famille, de peur que les forces ukrainiennes ne les accusent, par la suite, de collaboration avec les insurgés. D’autres préfèrent rejoindre Marioupol et Krasnoarmeïsk, sous contrôle de Kiev, ou intégrer les forces d’autodéfense pro-russes pour patrouiller à leurs côtés.

Dans le village voisin de Makeevka, en revanche, la police travaille « comme d’habitude ». « Nos ordres sont clairs : tout faire comme avant. On fait notre travail. Point. Nous enregistrons d’ailleurs beaucoup moins de crimes qu’à l’accoutumée. Les criminels ont soit peur que les patrouilles populaires ne les arrêtent et ne les tuent, ce qu’ils peuvent faire facilement, soit ils ont déjà rejoint le camp des insurgés », a expliqué un agent à Vesti.

À Donetsk, la situation économique se dégrade chaque jour. Seuls quelques bureaux de banque travaillaient encore lundi 7 juillet, principalement ceux de la Oschadnybank. En fin d’après-midi, les distributeurs de billets étaient en rupture de liquidités : soit ils n’en avaient tout simplement plus, soit le plancher de retrait maximum était abaissé à 500, voire 200 hryvnias (environ 30 et 12 euros). Le service des impôts et la direction du budget régional étaient fermés.

Mais le principal problème, pour la population, demeure le manque d’eau – on ne peut en obtenir qu’entre 17 et 22 heures. Le gouvernement ukrainien a promis toutefois de réparer les canalisations endommagées par les combats avant la fin de la semaine.

Le maire de la ville, Alexandre Loukiantchenko, a également disparu toute la journée de lundi. Si des rumeurs disent qu’il a quitté la ville pour Kiev, le conseil régional a tenté de rassurer les habitants en affirmant qu’il ne s’agissait que d’un voyage d’affaires et qu’il serait de retour mardi.

Gorlovka

La ville de Gorlovka, dirigée par Igor Bezler, est toujours sous le contrôle de la RPD. Elle a accueilli une partie importante des troupes pro-russes arrivées de Slaviansk. Convaincus qu’ils seront les prochains visés par l’armée ukrainienne, les insurgés renforcent leurs positions : tout laisse en effet à penser que Gorlovka sera visée en premier, plutôt que Donetsk.

« Un avion a survolé la ville ce matin, tout le monde l’a entendu, témoigne une habitante du centre de Gorlovka. On raconte aussi que des échanges de tirs ont eu lieu à l’extrémité de la ville cette nuit. Mais ensuite, dans la journée, ça s’est calmé. »

La majorité des effectifs de Bezler est concentrée dans le quartier de Mirny, où stationnent des chars, a expliqué une habitante à Vesti. « Ils ont demandé aux locaux d’évacuer, disant qu’il y aurait ici des opérations militaires », a-t-elle déclaré, précisant que la situation s’était ainsi apaisée. La police a en outre pratiquement disparu des rues de la ville, cédant la place aux hommes de la RPD.

Lougansk

Les habitants de Lougansk vivent au rythme des tirs et des explosions. Au cœur des combats, le quartier de Kamennobrodsky, au nord de la ville, est le théâtre d’importants échanges de tirs entre insurgés et armée ukrainienne. « J’ai de la famille qui vit là-bas. Ils m’ont dit que les bombardements sont intenses et qu’ils avaient dû se réfugier dans la cave », a confié à Vesti un habitant de Lougansk.

Six personnes ont été blessées dans le quartier de la gare routière, lundi, par un tir de mortier. Un insurgé pro-russe de 54 ans, Aleksandr Scriabine, serait mort en se jetant avec des grenades sous le réservoir d’un char afin de protéger ses amis lors d’un affrontement à Izvarino, rapporte Vesti.ru.

Selon un autre habitant, Sergueï Sakadynski, la population quitte massivement la ville. « Ils sont nombreux à tout laisser et partir. Lundi, la file d’attente à la gare allait jusque sur le trottoir. Les gens vont principalement à Kiev, Moscou et Dniepropetrovsk », a-t-il expliqué.

Comme à Donetsk, la situation économique est de plus en plus dramatique. Si la semaine dernière, tous les distributeurs de billets et les banques fonctionnaient encore, il n’est aujourd’hui possible de retirer de l’argent que dans certains lieux précis, comme les centres commerciaux.

La sécurité est également assurée par les hommes de la RPD.

Kramatorsk

Profitant de la panique générale, des affairistes tentent de racheter les appartements à des prix très bas, a raconté à Vesti Rouslan Barychev, un habitant de Kramatorsk : « La tactique est toujours la même. Ils disent que la ville n’existera bientôt plus et proposent, pour un appartement valant 15 à 20 mille dollars, la somme de 3 000, voire 500 dollars ! Et les gens vendent ! », dénonce-t-il.

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Etat des lieux : situation du Donbass au 08/07

SMS de menace

Les habitants de la ville de Donetsk reçoivent des SMS les accusant de « terrorisme ».

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« Vous avez été identifié comme membre d’une organisation terroriste. Cessez de résister. Amnistia. »

Explosion de trois ponts

Trois ponts menant à Donetsk ont été dynamités, lundi, en l’espace de 24 heures. Montrés du doigt, les insurgés pro-russes accusent des « saboteurs pro-Kiev ».

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Lundi, 13h. Un pont de voie ferrée, près de l’agglomération de Novobakhmoutovok. Crédits : @PrasolovSergei/Twitter

 

1 000 kilomètres – c’est la longueur des routes à reconstruire, au 8 juillet, selon le ministère ukrainien des infrastructures.

Menaces occidentales

Les présidents français et américain François Hollande et Barack Obama ont appelé le chef d’État russe Vladimir Poutine à encourager les insurgés ukrainiens au dialogue avec Kiev lors d’une conversation téléphonique lundi soir, rapporte l’Elysée dans un communiqué.

« MM. Hollande et Obama ont appelé le président Poutine à faire pression sur les séparatistes afin qu’ils acceptent le dialogue avec les autorités ukrainiennes et à renforcer le contrôle sur la frontière russo-ukrainienne », peut-on lire sur le site officiel de la présidence française.

Ils ont également souligné l’importance de tenir une réunion du groupe de contact « le plus rapidement possible » avec les « éléments séparatistes » en vue d’aboutir à un cessez-le-feu bilatéral. « Une solution durable à la crise en Ukraine ne peut être que politique », ont insisté les deux dirigeants.

Les deux présidents ont toutefois décidé que la France et les États-Unis devaient prendre des mesures coordonnées pour sanctionner la Russie dans le cas où elle ne ferait pas un effort rapide pour la désescalade du conflit en Russie, précise pour sa part sur le site officiel de la Maison Blanche.

 

2 commentaires

  1. Et les mâcheurs de gomme qui sont si puissant pour créer la discorde n’ont-il pas de colle pour assembler leurs casses. Et le pays de la Fontaine du chien et du loups ou est ta lanterne? nous devions éclairer la planète des droits soit disant de l’homme sommes nous devenu aveugle et roquet et laquer du Tavarich Sam, vite une cane blanche et comble de bonheur sonotone.

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