Sud-Est ukrainien : état des lieux au 14/07

Alors que la bataille médiatique fait rage entre médias russes et ukrainiens, Le Courrier de Russie se propose de décrypter chaque jour l’actualité dans le Sud-Est de l’Ukraine.

Un garage dans la localité Troudovskaïa à Donetsk, détruit par les bombardements du 12 juillet. Crédits: 62.ua
Un garage dans la localité Troudovskaïa à Donetsk, détruit par les bombardements du 12 juillet. Crédits: 62.ua

Donetsk

Plusieurs quartiers de l’ouest de Donetsk sont en proie, depuis le 11 juillet, à d’importants combats. Six personnes ont trouvé la mort et huit autres ont été blessées, samedi 12 juillet, par des tirs d’artillerie sur le quartier Petrovski, a indiqué le service de presse de l’administration régionale. Plusieurs dizaines de logements ont été détruits dans la localité de Troudovskaïa, à proximité d’un gisement de charbon, qui était toujours sous les bombes dimanche.

« À côté de chez moi, il y avait un garage. Il vient d’être bombardé, et un homme qui s’y trouvait est mort, a raconté à Vesti.ua Irina, une habitante locale. Sa mère est dans un état grave, elle a perdu ses jambes. L’école n°106 et le jardin d’enfants ont également été détruits. Non loin de chez nous, une famille entière de quatre personnes a été tuée, dont une jeune fille. »

Le quartier a depuis été évacué, mais Irina a décidé de rester malgré tout. « Nous avons trouvé refuge dans la cave avec mon fils, explique-t-elle. Nous avons décidé de ne pas partir : c’est ma maison, mes affaires sont ici et personne ne nous attend ailleurs. »

Selon Irina, le quartier n’a plus d’électricité et les équipes d’intervention ont peur de s’y rendre à cause des bombardements. « Nous ne savons pas qui tire. Un ami m’a appelé aujourd’hui pour me prévenir qu’il allait y avoir des bombardements dans mon quartier vers 16h, et me conseiller d’aller me réfugier au sous-sol », raconte Irina.

L’usine du géant américain Cargill, aux mains des insurgés prorusses depuis le 11 juillet, a également souffert lors de ces attaques. « Mon père vit en face de l’usine, a raconté à Vesti.ua Anton, un autre habitant. Il m’a dit que des explosions ont eu lieu là-bas et que les dégâts étaient visibles. C’était la panique : tous ceux qui pouvaient fuir l’ont fait. »

L’arrondissement a aujourd’hui des airs de Pripiat [la ville qui abritait la centrale nucléaire de Tchernobyl, ndlr] : tous ceux qui ont pu sont partis se réfugier près de la mer d’Azov. « Les usines de production de pneumatiques et de lait sont détruites. Des amis à moi sont morts dans le bombardement de leur appartement, dans le même coin. Mes parents sont cachés dans leur cave. De nombreux habitants font de même dès qu’ils entendent le bruit des avions. Aucun camion de marchandises ne peut sortir du centre de Donetsk », poursuit Anton.

Qui tire ? La question, comme souvent, reste sans réponse. Chaque camp se renvoie la faute. L’évacuation des habitants du quartier de Petrovski se poursuit.

VIDEO – Périphérie de Donetsk après les bombardements, 12 juillet :

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Lougansk

Les habitants de Lougansk vivent au rythme des bombardements constants de leur ville. Témoignages.

« Je vis à la périphérie de la ville. De ma fenêtre, j’ai vue sur un camion lance-roquettes multiple Grad, installé dans la forêt. Nous observons et entendons, moi et mes voisins, des tirs de roquettes en permanence. Nous ne nous réfugions pas dans le sous-sol, mais nous restons éloignés des fenêtres. Nous dormons désormais sur des matelas posés au sol, sait-on jamais… Notre enfant est effrayé et essaye tout le temps de se cacher sous le lit. » Dmitri Koval.

« Les marchroutkas ne circulent plus après 19h, car elles sont prises pour cibles. C’est pourquoi ceux qui travaillent encore, soit environ 40 % de la population, essaient de rentrer chez eux plus tôt. » Vladislav Choulguine.

« Quand la centrale électrique de la ville est touchée, nous n’avons plus d’électricité pendant plusieurs jours. On nous a également coupé l’eau pendant toute une nuit. Les lignes téléphoniques ne fonctionnent plus après les bombardements – justement lorsque tout le monde téléphone pour savoir si tout va bien. » Vladislav Choulguine

« Nous étions partis en Crimée. Nous pensions [avec son mari et son enfant, ndlr] trouver un logement pas trop cher et y rester le temps que la situation se calme. Mais tout est très cher là-bas, et les gens se moquent que tu viennes d’une ville qui est bombardée en permanence. Nous y avons vécu deux semaines, tant que nous avions de l’argent, puis sommes rentrés. Désormais, nous cherchons des gens qui pourraient nous héberger dans d’autres villes. L’usine où mon mari travaille ne reçoit de toute façon plus de commandes depuis deux semaines. » Ioulia Iakovenko.

Slaviansk

Une semaine après le départ des insurgés prorusses de Slaviansk, samedi 5 juillet, la vie reprend peu à peu son cours : il n’y a toujours pas d’eau courante, mais l’électricité a été rebranchée dans certains quartiers. « Nous allons chercher l’eau dans des villages aux alentours, a expliqué à Vesti.ua Anna, une habitante de la ville. Nous passons la première partie de la journée à chercher de l’eau, et la seconde à chercher de la nourriture. »

Les jardins d’enfants et les écoles sont toujours fermés, et des véhicules blindés continuent de circuler en ville, bien qu’il n’y ait pas de couvre-feu instauré. Slaviansk commence à se repeupler progressivement. « 80 % des habitants de mon immeuble avaient quitté Slaviansk. Mais depuis que l’électricité a été remise, les gens reviennent au fur et à mesure », confie Anna. Aucune trace, cependant, d’aide humanitaire. « Nous avons fait à plusieurs reprises des demandes, mais nous n’en avons jamais vu la couleur dans notre quartier », regrette Anna.

Les transports en commun ont tout de même repris du service. Certains trains de banlieue et cars ont même recommencé à fonctionner. « Le train Kharkiv-Kramatorsk circule déjà. Et les lignes de car vers Kharkiv et Izioum ont rouvert », a pour sa part expliqué à Vesti.ua Alexandre, un retraité de Slaviansk.

Selon ce dernier, les barrages routiers ont été levés et les étalages des magasins et marchés se remplissent à nouveau. Un distributeur de billets de la Sberbank fonctionne également depuis quelques jours, même s’il se retrouve rapidement hors-service.

Il reste toutefois difficile de mettre la main sur du lait et de la nourriture pour enfants. « Même à Kramatorsk, il n’y en a pas, affirme Elena, mère d’un bébé de dix mois. Nous devons aller jusqu’à Izioum. » Mais la pénurie de ces produits alimentaires n’est pas le seul problème. « Nous n’avons pas d’argent liquide et nous ne recevons toujours pas nos aides sociales, poursuit la jeune mère de famille. Nous n’avons rien pour nourrir nos enfants : on ne va pas leur donner des pâtes. J’ai croisé une mère qui courait partout, les larmes aux yeux, à la recherche de lait », affirme Elena.

Vesti.ua

Frontière russo-ukrainienne : escalade des tensions

Dans la matinée du dimanche 13 juillet, des tirs d’obus à la frontière russo-ukrainienne ont touché une maison dans la ville russe de Donetsk (région de Rostov), faisant un mort et deux blessés parmi les civils. L’incident a provoqué une hausse des tensions entre les deux pays : selon Moscou, il s’agit de tirs lancés par l’armée ukrainienne, alors que Kiev renvoie la responsabilité aux insurgés prorusses.

Andreï Lysenko, porte-parole du Conseil national de sécurité de l’Ukraine, cité par Vesti.ua, a notamment déclaré que les troupes ukrainiennes ne visaient en aucun cas le territoire russe.

« Vladimir Poutine a exprimé sa vive préoccupation face à l’offensive menée par les forces armées ukrainiennes dans le Sud-Est du pays, et dénoncé le caractère inadmissible de cette chute d’obus ukrainiens sur le sol russe, qui a provoqué une tragédie », a indiqué le jour même Dmitri Peskov, porte-parole du dirigeant russe.

Le ministère russe des affaires étrangères a ensuite fait savoir que Moscou se réservait le droit de prendre les mesures nécessaires pour protéger son territoire en cas de nouvelles provocations à la frontière russo-ukrainienne. « Cet incident révèle une escalade extrêmement dangereuse des tensions à la frontière russo-ukrainienne, qui pourrait avoir des conséquences irréversibles, et dont la responsabilité reposera sur la partie ukrainienne », alerte la note ministérielle.

Le vice-président du Conseil de la Fédération de Russie, Evgueni Boushmine, a parlé d’une provocation de la part de Kiev, censée « forcer la Russie à entrer en conflit ». Selon lui, la Russie devrait d’utiliser des armes de précision contre « ceux qui ont lancé cet obus ».

Vesti.ua

Les forces d’autodéfense populaire ont abattu un avion de transport militaire de l’armée ukrainienne près de la frontière avec la Russie, a appris l’agence RIA Novosti auprès du service de presse de la république autoproclamée de Lougansk :

Hausse du nombre de réfugiés

Le nombre de réfugiés en provenance d’Ukraine a augmenté de plus de 1800 personnes au cours des dernières 24 heures, rapporte RIA Novosti le 14 juillet. Selon le porte-parole du ministère russe des situations d’urgence, Alexandre Drobyshevski, 23 843 personnes, dont 9 295 enfants, résident actuellement dans les 341 centres temporaires de logement répartis sur le territoire russe. D’après le délégué du président russe aux droits des enfants, Pavel Astakhov, la région frontalière de Rostov a déjà accueilli plus de 30 000 personnes. Pour les seules dernières 24 heures, 1 668 personnes, dont 520 enfants, ont été hébergées dans des localités de la région.

Le ministère des situations d’urgence a également indiqué avoir évacué certains réfugiés ukrainiens de la région de Rostov, dans la nuit du 13 au 14 juillet. Un avion avec 117 personnes à bord, dont 35 enfants, a atterri à Arkhangelsk, au nord de la partie européenne de la Russie, et un autre, transportant 128 passagers dont 59 enfants, à Naberejnye Tchelny, en république du Tatarstan.

Face au nombre croissant de réfugiés, le régime de situation d’urgence a également été introduit dans les régions de Volgograd, Astrakhan, Sébastopol et en république de Karatchaïévo-Tcherkessie.

RIA Novosti

3 commentaires

  1. C’est triste que cette famille n’a pu être aidé dans la Crimée. Pourtant sans l’intervention Russe, la Crimée serait probablement sous bombardement. La situation doit être chaotique avec l’afflux de réfugiés, il y a t-il moyen d’aider à partir de la France ou de rejoindre des brigades internationales?

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