Réfugié de Slaviansk : « Il n’y a jamais eu aucun cessez-le-feu »

Andreï Khartchenko, garagiste, 51 ans, vivait à Slaviansk depuis sa naissance. Il a quitté la ville fin juin, avec sa femme et ses cinq enfants. Ils ont trouvé refuge chez une connaissance, à Donetsk. Récit à la première personne.

Un autre témoignage à découvrir ici.

Un militant du bataillon d'insurgés Prizrak (Fantôme), le 24 juin près de Slaviansk. Crédits: http://mignews.com.ua/
Un militant du bataillon d’insurgés Prizrak (Fantôme), le 24 juin près de Slaviansk. Crédits: mignews.com.ua

« À Slaviansk, plus rien ne marche, les gens ne peuvent plus travailler. Même la boulangerie a arrêté de fonctionner. La plupart des immeubles sont détruits : la ville ressemble au décor d’un film d’action – sauf que les morts sont bien réels.

Nous avons quitté Slaviansk, avec ma femme et mes enfants, le 30 juin. Notre voisine, une femme de 80 ans, a fait des stocks de provision : les vieux, ils se souviennent encore de la guerre… On avait bien tenu le coup, mais on ne voyait plus la fin, alors j’ai décidé de sortir ma famille de là.

Je compte rentrer dès que possible, ne serait-ce que pour voir l’état de mon garage. Il paraît qu’il a été touché par les bombardements : un client m’a appelé pour me dire que sa voiture avait été écrasée par le toit, qui s’est écroulé.

Personnellement, je ne comprends pas les raisons de cette guerre. Dans les régions de Lougansk et de Donetsk, il y a sept millions d’habitants : la majorité s’est exprimée par référendum – les gens ont fait la queue des heures pour aller voter, ce n’est pas rien ! Et même si les villes de Donetsk ou Lougansk n’étaient pas d’accord avec Kiev, le gouvernement ukrainien aurait pu trouver une solution autre que le fait d’envoyer ses troupes et de qualifier tout le Sud-Est ukrainien de « nid à terroristes » ! J’ai l’impression qu’on a fait de nos voisins des zombies, des gens sans la moindre volonté propre.

Je ne sais pas non plus pourquoi les insurgés sont partis [le 5 juillet, ils ont quitté Slaviansk qu’ils occupaient depuis le mois d’avril, ndlr]. Mais ils ont bien protégé notre ville. Ils n’auraient jamais tenu si longtemps si ç’avait été des mercenaires, comme on le raconte.

Il n’y a qu’à voir Nikolaïevka [une ville à 20 km à l’est de Slaviansk, ndlr], qui a été réduite en cendres par les tirs de l’armée ukrainienne. La volonté d’y exterminer la population est équivalente à la terreur de Staline. Et si les insurgés étaient encore à Slaviansk aujourd’hui, ce serait la même chose. Peut-être qu’ils ont quitté la ville pour la protéger, finalement…

À l’étranger, Slaviansk était célèbre pour ses stations thermales : même des Israéliens venaient se soigner ici… Mais maintenant, la vie ne sera plus jamais la même. En exterminant les gens du Sud-Est, le gouvernement ukrainien se coupe un bras !

Il n’y a jamais eu aucun cessez-le-feu, croyez-moi – ce sont des salades ! Les Ukrainiens ont continué de bombarder, les insurgés ont riposté, et ce sont surtout des civils qui ont péri. Je ne connais pas le nombre exact de victimes, mais il y avait des cadavres partout… Les insurgés sont des combattants, ils savent mieux se protéger et se cacher.

À la pharmacie, j’ai rencontré un habitant de Semionovka [une ville à 20 km au sud de Slaviansk, ndlr] : il disait qu’il y avait eu aussi des attaques au gaz. Et les bombes à sous-munitions, on en retrouve encore des éclats partout…

Quand cela va-t-il se terminer ? – Je n’en sais rien. Mais j’ai bien peur que ça dure. C’est une guerre idéologique : les gens se battent entre eux, et on n’en voit pas la fin.

Ceux qui sont restés à Slaviansk n’auront pas le choix : ils devront accepter le nouveau pouvoir de Kiev. Mais franchement, si l’Ukraine était réellement un pays « européen », le gouvernement aurait démissionné depuis longtemps ! »

2 commentaires

  1. Ce n’est pas une guerre idéologique.L’armée de résistance,oui,elle,se bat pour sauver sa terre,sa patrie,sa langue et sa vie.L’armée ukrainienne est aux ordres d’un « gouvernement »payé,subventionné par les États Unis qui s’essuie ,en passant,les pieds sur l’Europe,tout cela nous le savons fort bien,alors s’il vous plaît ,vous, qui avez vécu et souffert à Slaviyansk ,nous vous écoutons attentivement et avec respect,mais ne croyez pas que cette guerre soit idéologique.Excusez-moi.

  2. Je trouve que cet habitant de Slaviansk a raison. C’est bel et bien une guerre idéologique. D’un côté les forces pro-russes qui défendent leur droit de vivre sur leur terre russe et parler librement leur langue. De l’autre côté, l’Ukraine de l’Ouest obnubilée par l’Occident, trompant sa population et menant une politique néonazie. Comme d’habitude, curieusement, le Bien contre le Mal.
    Et le Mal absolu car ce gouvernement utilise une armée contre la population civile ce qui est contraire à l’étique des forces armées ainsi qu’au droit international.

    Il est flagrant maintenant que quand cela les arrange, tant les nazillons de Kiev que l’Union Européenne et les USA s’assoient dessus, sur le droit international.

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