Slaviansk : les insurgés pro-russes quittent la ville encerclée

Au petit matin du 5 juillet, la ville de Slaviansk, assiégée par l’armée ukrainienne depuis le mois d’avril, a été rendue. Les insurgés pro-russes dirigés par Igor Strelkov ont quitté la ville pour aller vers Donetsk qui doit devenir un nouveau centre de résistance au pouvoir central ukrainien. Daria Mitina, responsable du service de presse de la république populaire de Donetsk à Moscou, s’explique sur les intentions futures des insurgés.

Slaviansk armée ukrainienne
L’armée ukrainienne en train de hisser le drapeau ukrainien à Slaviansk, samedi 5 juillet. Crédits : ministère de la défense d’Ukraine

Vetchernaïa Moskva : On a appris que les insurgés avaient dû quitter Slaviansk. Est-ce qu’ils ménagent leurs forces ?

Daria Mitina : Slaviansk était très densément encerclée depuis déjà plusieurs jours par l’armée ukrainienne. Les insurgés n’avaient qu’un seul choix : tenter une sortie vers Donetsk ou mourir sous les tirs. La vraie question, c’était de savoir s’ils réussiraient à réaliser cette percée, qui était loin d’être garantie. Ils l’ont fait, ils ont pu sortir de la ville, et c’est un succès important. C’est très intéressant d’observer aujourd’hui comment le ministre ukrainien de l’intérieur, Arsen Avakov, écrit sur les réseaux sociaux que les insurgés sont en fuite, et comment les commentateurs l’applaudissent. Mais la vraie question, c’est comment les insurgés sont-ils parvenus à sortir d’un tel encerclement. On voit bien que l’armée ukrainienne s’est laissée aller – avec sa supériorité écrasante autant en armements qu’en officiers. Les forces armées de l’Ukraine présentes dans le Donbass dépassent de 15 fois minimum les effectifs et la puissance des insurgés. Igor Strelkov [ministre de la défense de la république populaire de Donetsk, ndlr] a estimé ses effectifs à 4 500 hommes à Slaviansk , quand les Ukrainiens sont plus de 50 000 soldats ! Et je vous assure : le fait que les insurgés ont réussi à franchir ce cercle est un important succès (vidéo ci-dessous).


V.M. : Il reste sans doute des civils à Slaviansk. Quel le sort les attend ?

Daria Mitina : La ville va être nettoyée, même s’il reste là-bas 100 insurgés environ. Les habitants eux-mêmes n’avaient pas grand choix. La ville a été bombardée pendant plusieurs jours, les victimes sont nombreuses. Tout juste hier, ils ont bombardé le centre de cancérologie, où se trouvaient des patients, avant ça – un jardin d’enfants, beaucoup d’obus sont tombés sur les habitations. L’armée ukrainienne ne veut pas entrer en combat frontal avec l’insurrection, mais Kiev a donné une mission : mener la guerre jusqu’à la victoire. Et la victoire, pour eux, à ce que je comprends, signifie la désertification de la région. Kiev a renoncé à l’idée de laisser Donetsk et Lougansk derrière elle – les autorités ne considèrent déjà plus ces districts comme leur territoire. Et ils veulent donc anéantir toute l’infrastructure, les habitations, faire partir la population. Et les gens n’ont qu’une seule issue : soit partir, soit attendre leur destin dans le Donbass.

V.M. : Sera-t-il possible pour les insurgés de reconquérir Slaviansk et de récupérer leurs positions ?

Daria Mitina : Dans des conditions où il n’y a pas de zone d’exclusion aérienne au-dessus du Sud-Est, c’est une tâche extrêmement difficile. La communauté internationale a rejeté la proposition de la Russie sur cette question. Quelle que soit la quantité de blindés et d’armes en possession de l’insurrection, sans aviation, la parité est inatteignable. Toutes les positions des insurgés sont très précisément bombardées depuis les airs, et il n’est pas possible pour eux d’abattre tous leurs avions. Tout dépend de la marche des futures opérations militaires, de comment s’établira à l’avenir le rapport des forces. Il est clair que, quel que soit le nombre de gens qui rejoignent l’insurrection, nous sommes perdants sur l’aviation. Quoique : on a assisté plus d’une fois à la façon dont des villes et villages sont passés de main en main – Krasny Liman, Nikolaevka, Gorlovka. Mais l’adversaire a concentré de très importantes forces à Slaviansk, et je ne vois donc pas, pour l’instant, de telles possibilités.

 

V.M. : Mais malgré une telle différence numéraire, les insurgés sont parvenus à tenir Slaviansk assez longtemps…

Daria Mitina : Le problème de l’armée ukrainienne, c’est la motivation. Ceux qui sont motivés à assassiner et anéantir, c’est la garde nationale et les formations paramilitaires [les bataillons Donbass, Azov, Aïdar et d’autres, ndlr]. Elles sont composées en partie de fanatiques, et en partie de mercenaires. Mais l’armée ukrainienne, ce sont des petits gars de 18 ans recrutés sur appel, et qui ne brûlent pas du désir d’assassiner leurs compatriotes. En outre, on dit que sont envoyés dans la zone des combats des gars qui n’ont même pas passé la formation de soldat cadet et n’ont jamais tenu d’armes en mains, certains jeunes sont appelés avant leur entrée dans le supérieur. Il est clair que, dans une situation ordinaire, n’importe quelle armée, quelque déplorable que puisse être son état, gagne des positions sur l’insurrection. Sachant aussi que ceux qui rejoignent la garde nationale et les divers bataillons reçoivent beaucoup d’argent. Vu qu’ils sont payés et entretenus par les oligarques ukrainiens. Les forces armées ukrainiennes et les insurgés pourraient à présent combattre d’égal à égal, mais comme ça a été dit à maintes reprises, les armes manquent. Igor Strelkov a indiqué qu’il fallait dire non à 70 % de ceux qui veulent entrer dans les rangs des insurgés, vu qu’on n’a rien pour armer les gens. Ils sont parfois à deux ou trois sur un fusil, sans même parler de l’armement lourd.

L’armée ukrainienne a également pris dans la foulée le contrôle des villes de Kramatorsk, samedi, et d’Artëmovsk et de Droujkovka, dimanche, a annoncé le 6 juillet le service de presse de la présidence ukrainienne. De son côté, le président ukrainien Petro Porochenko a ordonné d’entamer la reconstruction de l’infrastructure de la ville et d’assurer la livraison de l’eau potable et des denrées alimentaires dans ces agglomérations.

3 commentaires

  1. ne perdez pas courage, tôt ou tard, le président negociera. actuellement, il pense que la victoire est déjà acquise, d’où son refus de dialogue; et là c’est une faute politique, parce que rien n’est sûr qu’il gagnera la bataille de Donetsk

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