Sanctions contre la Russie : les États-Unis sévissent, l’UE résiste

Dans la nuit du 16 au 17 juillet, les États-Unis et l’Union européenne ont annoncé, presque simultanément,  l’introduction de nouvelles mesures punitives contre la Russie en raison de la crise ukrainienne. Les États-Unis haussent le ton et imposent des sanctions économiques et sectorielles à la Russie alors que l’UE, plus timide, se contente d’étendre sa liste noire de personnes visées par des restrictions financières et de visas.

Crédits : defense.gouv.fr
Crédits : defense.gouv.fr

Dans la nuit du jeudi 17 juillet, le quotidien américain The New York Times annonçait sur son site que les États-Unis avaient renforcé les mesures punitives à l’encontre de la Russie en raison de la crise ukrainienne. Selon le quotidien, les États-Unis ont ainsi introduit des sanctions économiques contre plusieurs banques et entreprises énergétiques et militaires russes mais également des restrictions contre les dirigeants des républiques autoproclamées de Donetsk et Lougansk et certains hauts fonctionnaires russes.

Selon le document officiel du Trésor américain, les mesures économiques frappent notamment la première compagnie pétrolière russe Rosneft et le principal producteur indépendant de gaz de Russie Novatek, la banque de développement Vneshekonombank et l’une des plus grandes banques commerciales du pays, Gazprombank.

Parmi les groupes militaro-industriels visés par les nouvelles sanctions américaines figurent le consortium Almaz-Antey et l’usine Ouralwagonzavod, ainsi que plusieurs structures faisant partie du holding de hautes technologies Rostec, dont le consortium Kalachnikov, le groupe Sozvezdie et le groupe de recherche et de production Bazalt.

D’après une source haut placée au sein de l’administration américaine citée par le site d’information Lenta.ru, les sanctions à l’encontre des institutions financières russes prévoient l’interdiction de contracter un crédit américain de plus de 90 jours. Washington sera également en mesure d’interdire aux sociétés étrangères implantées aux États-Unis de mener toute transaction avec les groupes russes visés par les sanctions US.

La banque commerciale Gazprombank visée par les sanctions estime que ces restrictions n’affectent pas son activité et assure que la banque travaille normalement. « Toutes les commandes des clients – des personnes physiques et morales, toutes les obligations envers les investisseurs, les déposants et les créanciers –  sont entièrement satisfaites en temps voulu» a annoncé la banque dans un communiqué le 17 juillet. Gazprombank assure que les opérations en roubles et en devises sur les comptes des clients sont effectués sans délais supplémentaires, y compris sur les cartes bancaires des systèmes internationaux.

Parmi les personnes touchées par des restrictions financières et de visas, le gouvernement américain a placé sur sa liste noire le Vice-président de la Douma Sergueï Neverov, l’assistant du président russe Igor Chegolev, le ministre fédéral en charge de la Crimée Oleg Saveliev, le colonel-général des services de sécurité russe Sergueï Beseda et aussi le Premier ministre de la république autoproclamée de Donetsk Alexandre Borodaï, déjà sanctionné par l’Union européenne.

Lors d’une conférence de presse le 17 juillet à la Maison Blanche, le président américain Barack Obama a justifié ces nouvelles sanctions à l’encontre de la Russie par le fait que cette dernière n’avait pris aucune mesure pour régler le conflit en Ukraine. « Nous attendons des dirigeants russes qu’ils comprennent que leurs actions en Ukraine ont des conséquences sur l’économie russe, qui s’affaiblit, et sur le renforcement de leur isolement politique » a déclaré le président américain.

L’administration de Barack Obama, commentant la décision d’imposer de nouvelles sanctions, a indiqué que la Maison Blanche restait prête à étendre à nouveau les sanctions en vigueur visant la Russie si cette dernière n’adoptait pas rapidement de mesures en vue d’une « désescalade » en Ukraine : « Nous avons la possibilité d’étendre le programme de sanctions et la liste des entreprises concernées, à la fois dans le contenu et dans les interdictions existantes, si la situation se détériore » a déclaré le représentant de la Maison Blanche.

De son côté, le président russe, à l’issue du sommet des BRICS qui se tenait les 15 et 16 juillet à Fortaleza au Brésil, a commenté les sanctions américaines en appelant au « calme » et à réagir « tranquillement ». Vladimir Poutine a cependant mis en garde les États-Unis contre « l’effet boomerang » de ces sanctions qui « poussent indéniablement les relations russo-américaines dans une impasse ». « Il est dommage que les partenaires américains suivent cette ligne, mais nous restons ouverts aux négociations » a souligné le président. Il espère que les États-Unis feront preuve de bon sens.

Le Premier ministre russe Dmitri Medvedev a qualifié ces sanctions d’ « illégitimes » car «  elles ne sont pas basées sur une décision des Nations Unies, c’est-à-dire qu’elles sont imposées de façon arbitraire » a déclaré le Premier ministre.

Le ministère russe des Affaires étrangères considère, quant à lui, les sanctions comme « une tentative primitive de se venger du fait que les événements en Ukraine ne se déroulent pas selon le scénario élaboré par Washington » lit-on dans un communiqué du ministère le 17 juillet. « La Russie se réserve le droit de riposter aux nouvelles sanctions imposées par les États-Unis et ne tolérera aucun chantage »  a annoncé la diplomatie russe dans le communiqué avant de conclure : « Si Washington veut détruire les relations russo-américaines, cela restera sur sa conscience ».

Parallèlement, l’Union européenne que Barack Obama avait exhorté plus tôt de prendre également des mesures économiques et sectorielles contre la Russie, se réunissait mercredi 16 juillet à Bruxelles à l’occasion du sommet européen pour, notamment, discuter de sanctions. À l’issue de la réunion, les dirigeants de l’UE ont annoncé de nouvelles mesures punitives à l’encontre de la Russie, dans le cadre de la crise ukrainienne. Cependant, selon le communiqué publié à l’issue du sommet, celles-ci ne visent que les « personnes physiques ou morales qui fournissent activement un soutien matériel ou financier à ceux qui sont responsables de l’annexion de la Crimée (à la Russie) et de la déstabilisation de la situation dans l’Est de l’Ukraine ». La liste des individus et organisations concernées par les sanctions sera disponible avant la fin du mois de juillet, écrit le communiqué.

D’autre part, la Commission européenne a décidé de suspendre un certain nombre de programmes de coopération avec la Russie, exceptés ceux liés à la zone transfrontalière entre l’UE et la Russie et au soutien de la société civile, lit-on dans un communiqué du 17 juillet. Plus précisément, le programme du secteur public russe financé par la Banque européenne d’investissement (BEI) et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) sera gelé. L’UE doit également prendre un certain nombre de mesures visant à limiter les investissements en Crimée.

Plus tôt, la chancelière allemande Angela Merkel, participant à ce sommet, a déclaré que les dirigeants de l’UE avaient l’intention d’étendre les sanctions car la Russie, à leur avis, « ne faisait pas assez d’efforts pour rétablir la paix en Ukraine ». Le Premier ministre britannique David Cameron, à son tour, a qualifié la situation en Ukraine d’ « inacceptable ». « La Russie ne respecte pas suffisamment l’intégrité territoriale de l’Ukraine et nous devons lui envoyer un message sans équivoque » a-t-il déclaré.

Pourtant, le 15 juillet, l’agence ITAR TASS écrivait, selon une source diplomatique à la représentation permanente auprès de l’UE de l’un des pays d’Europe occidentale, que neuf pays de l’Union européenne étaient prêts à bloquer les tentatives d’imposer des sanctions économiques à la Russie au sommet de l’UE le 16 juillet. « La France, l’Allemagne, le Luxembourg, l’Autriche, la Bulgarie, la Grèce, Chypre, la Slovénie mais aussi le représentant italien auprès de l’UE qui ne voit aucune raison dans le contexte actuel de  prendre des sanctions militaro-économiques sectorielles contre la Fédération de Russie, s’opposeront contre ces mesures au sommet » avait déclaré le diplomate.

Rappelons que la décision d’imposer de quelconques mesures restrictives commerciales et de nature économique à la Russie lors d’un sommet ne peut être prise qu’à l’unanimité par les 28 pays de l’UE. Ainsi, n’importe quel pays a le droit de veto.

Depuis fin mars, les États-Unis et l’UE ont pris une série de mesures à l’encontre de la Russie, en représailles au rattachement de la Crimée à la Fédération et à sa « politique de déstabilisation » dans le Sud-Est de l’Ukraine. Jusqu’à présent, les sanctions ne touchaient que des proches du président russe visés par des gels des avoirs et restrictions de visas. Les États-Unis qui font pression depuis plusieurs semaines sur les dirigeants de l’UE avaient annoncé qu’ils n’hésiteraient cependant pas à prendre des mesures économiques unilatérales.

4 commentaires

  1. J’éspère que La Russie saura en temps voulu donner des leçons à tous ces fanfaronnades du monde occidental en déperdition

  2. L’union europeenne ne doit pas suivre les Etats UNis – ce sont des va-t-en guerre – La Russie est en Europe et nous devons travailler avec elle –
    Quand l’union europeenne va-t-elle comprendre cela – les Etats Unis mettent la pagaille partout et c’est à l’Union Europeenne de payer –
    lachons l’otan – pas lieu d’etre en Europe –

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