Qui est Nadejda Savtchenko ?

Nadejda Savtchenko, pilote d’hélicoptère de l’armée ukrainienne, a combattu, dans les rangs de la garde nationale, contre les insurgés pro-russes de Lougansk. Elle a été arrêtée le 9 juillet par les autorités russes. Moscou l’accuse d’être responsable de la mort de deux journalistes russes tués en juin dans l’Est de l’Ukraine. Qui est Nadejda Savtchenko ? Pour répondre à cette question, Le Courrier de Russie a rassemblé les extraits les plus marquants des interviews de la jeune femme. 

Nadejda Savtchenko. Crédits: ukr-online.com
Nadejda Savtchenko. Crédits: ukr-online.com

Quand je suis arrivée à Kharkov pour entrer à l’Université des forces aériennes, des hommes qui portaient de grosses étoiles sur leurs épaulettes m’ont dit : « Tu as un problème : tu es une fille. » J’ai répondu sur le champ : « Mais derrière un manche d’avion, il vaut mieux penser avec quoi : sa tête ou ce qu’on a entre les jambes ? »

« Ah oui, et tu es grossière encore !, m’ont-ils répondu. Ça suffit, au revoir. » Après ça, je suis retournée dans cet institut chaque année, quatre ans de suite. Au contrôle de l’entrée, on me disait : « Il n’y a pas de filles dans l’armée. » Ce à quoi je répondais : « C’est faux, il y en a. » Et au bout de quatre ans, j’ai finalement obtenu une audience auprès d’un général, qui m’a dit : « Si tu veux apprendre, sers un an dans l’armée. » Je me suis immédiatement engagée sous contrat dans l’armée ukrainienne.

À l’armée, j’ai compris que j’étais capable de beaucoup. Je peux dormir deux heures par nuit, je peux aider les camarades à nettoyer les toilettes la nuit, défiler au pas pendant quatre heures en caban et ouchanka. Je peux ne pas dormir pendant cinq jours et ne pas manger pendant sept.

Quand ma mère me portait, elle a travaillé jusqu’à la veille de l’accouchement au kolkhoze, et dur – elle hachait les choux. Et quand ils ont commencé de l’engueuler pour ça, elle a répondu : « Sa mère travaille, son père travaille – l’enfant n’a qu’à travailler aussi. »

Je ne comprends pas comment on peut pleurer parce que tes bottes de combat t’ont écorché le pied ?

Quand nous courions en rang, je ne suis jamais tombée la première. La dernière, oui.

Quand je suis allée combattre en Irak, je devais présenter une autorisation écrite de mes plus proches parents. J’ai préparé tous les papiers, j’ai emmené maman chez le notaire et j’ai dit : « Signe. » Maman a fondu en larmes : « Que j’envoie de mes propres mains mon enfant à la mort… » Mais j’ai répondu : « Maman, tu as deux filles, avec ma sœur – s’il arrive quelque chose, tu auras encore quelqu’un pour qui vivre. Tu sais bien à quel point je suis obstinée, alors arrête de chialer, et signe. » Elle a été d’accord.

En Irak nous avons passé six mois. J’ai compris que c’était le seul endroit où un soldat pouvait exécuter son vrai travail – là-bas, pas besoin de ramasser les mégots ou d’aller marcher en uniforme aux toilettes.

En Irak, j’étais tireur. Mon impression la plus vive, c’est la tempête dans le désert. Là-bas, la terre est couleur terre cuite, et quand la tempête commence, la poussière se lève et recouvre tout autour de cette même couleur. C’est d’une telle beauté qu’une fois, j’ai bien failli ne pas avoir le temps de descendre du toit pour m’abriter – je ne pouvais pas m’arracher de ma contemplation.

Oui – il y a eu en Irak des moments effrayants, mais je ne peux pas dire que j’aie subi l’horreur. C’est un travail, simplement. Neuf membres de notre bataillon sont morts, dont une fille, infirmière.

Je ne pense pas que l’Ukraine sera menacée d’une crise démographique si je ne mets pas d’enfant au monde.

Certains sont sur terre pour donner la vie, d’autres pour disposer de leur vie. J’ai choisi la seconde option.

En Irak, un prince voulait m’acheter, pour 50 000 dollars. Pour vous faire une idée : c’est la somme qu’on offre, chez eux, pour la tête d’un terroriste. Le prince m’a fait la cour dans les règles : il m’apportait au check-point des roses, des dattes, de l’or. Je ne prenais que les roses – pour lui faire plaisir. Finalement, mon commandant de bataillon lui a expliqué que la transaction était impossible. Quoique je ne l’aurais pas épousé même pour un milliard.

Heureux celui qui meurt dans son travail.

Quand un surfer est recouvert par la vague, quand un parachutiste a son parachute qui ne s’ouvre pas. Peut-être que ça fait peur, que c’est dur… Mais je sais qu’il y a des gens qui veulent mourir précisément d’une telle mort. Je suis probablement l’une d’entre eux.

Selon le Comité d’enquête de la Fédération de Russie, Nadejda Savtchenko était chargée d’ajuster le tir de l’une des unités de la garde nationale ukrainienne – le bataillon Aïdar. « Ayant obtenu les coordonnées d’un groupe de journalistes russes accompagnés d’autres civils, près de Lougansk, elle les a transmises aux combattants, a déclaré Vladimir Markine, porte-parole du Comité d’enquête. Ces coordonnées ont été utilisées pour les tirs de mortier qui ont provoqué la mort des correspondants de VGTRK Igor Korneliouk et Anton Volochine. »

Aujourd’hui, Nadejda Savtchenko est en prison à Voronej. Les autorités russes affirment que la jeune femme a été arrêtée sur le territoire russe, alors qu’elle se faisait passer pour une réfugiée ukrainienne fuyant les combats. Il existe toutefois une autre version, selon laquelle Nadejda Savtchenko aurait été remise aux autorités russes par les insurgés, qui l’avaient arrêtée quelques jours plus tôt. Kiev accuse ainsi la Russie d’avoir « enlevé » Nadejda Savtchenko, et demande donc sa « libération inconditionnelle ». Washington s’est jointe à la demande de Kiev. « Nous exigeons sa libération immédiate », a déclaré l’attaché de presse de l’ambassade américaine à Moscou, Joseph Krusich.

3 commentaires

  1. J’ai vraiment de plus en plus peur des êtres qu’on dit « humains »…si mêmes les femmes s’y mettent elles aussi!
    Il n’y aura jamais de PAIX sur terre …la guerre c’est aussi un business….
    Les manifs OUI pour qu’il n’y ait plus de guerre nulle part et cesser la fabrique d’armes….mais ça c’est une autre histoire!

  2. Il faut la pendre ! C’est un tueuse née, ce n’est pas un soldat ! C’est une criminelle de guerre chronique et éternel : il faut l’empêcher de nuire davantage.

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