Pourquoi le métro de Moscou a-t-il déraillé ?

Les causes de la tragédie qui a emporté, le 15 juillet dernier, 23 vies humaines dans le métro de Moscou demeurent pour l’heure inconnues. Mais ce qui est d’ores et déjà évident, c’est que le « plus beau métro du monde », qui transporte chaque jour des centaines de touristes, va mal. Depuis le départ de son ancien directeur Dmitri Gaev en 2011 et l’arrivée de son successeur Ivan Bessedine, des accidents surviennent régulièrement dans ces rames qui assurent les déplacements quotidiens de sept millions d’habitants de la capitale et de ses alentours. Pour la seule année 2013, on a déploré plus de dix accidents. La revue Rousskaïa Planeta a mené l’enquête sur l’état du métro de Moscou. Le Courrier de Russie en traduit les extraits les plus importants.

Les wagons accidentés dans le tunnel du métro, Moscou. Photo ITAR-TASS
Les wagons accidentés dans le tunnel du métro, Moscou. Photo ITAR-TASS

Les wagons de dernière génération circulant dans le métro moscovite présenteraient de nombreux défauts de fabrication. C’est en tout cas ce qu’affirme Viatcheslav Babotchkine, qui a longtemps travaillé à l’usine Metrowagonmash, principal fabricant des rames du métro. « Il y a deux ans, on a commencé de nous livrer des bogies aux vices défectueuses, témoigne-t-il. Nous ne voulions pas les assembler sur les wagons, mais la direction nous y a obligés. »

Et ce n’est pas tout. Pendant plus d’un an, à en croire Babotchkine, les ouvriers de l’usine ont été contraints, sous la menace d’une suppression de leurs primes complémentaires, d’installer des pièces détachées défectueuses dans les freins des wagons du métro moscovite.

Les ouvriers en informaient régulièrement la direction, mais leurs plaintes restaient sans réponse. « On nous a fait savoir que nous devions installer toutes les pièces détachées fournies, et que c’était à nous d’éliminer les défauts éventuels », témoigne Babotchkine. Les ouvriers devaient jointer à la main, au marteau, les détails les plus importants des mécanismes des trains, malgré des différences flagrantes de diamètre et l’absence de ciselure nécessaire. « Les pièces détachées étant défectueuses, nous ne pouvions pas garantir l’intégrité du système de freinage des wagons ni prévenir d’éventuelles fractures », poursuit Babotchkine.

Pour prévenir les risques d’accidents, Viatcheslav Babotchkine et les membres du syndicat indépendant Zachtchita qu’il dirige se sont adressés à l’Inspection du travail et au Parquet, mais ils n’ont reçu que des réponses formelles. « Quand il a commencé d’y avoir des accidents dans le métro, je m’attendais à la visite d’une commission d’inspection à l’usine – mais nous n’avons vu personne », s’étonne le syndicaliste.

En mars 2014, lui et seize autres membres du syndicat ont été licenciés. Officiellement « pour cause d’optimisation de la production ». Mais les membres de Zachtchita ne se font pas d’illusions : « Nous avons été virés parce que nous voulions défendre nos droits », assène Babotchkine. Pour être en accord avec la loi, la direction a annoncé la liquidation de la ligne de production où travaillaient les 16 ouvriers concernés et leur a proposé de nouveaux postes à l’usine, mais ces derniers ne correspondant pas à leurs qualifications, les hommes ont dû les refuser. « On m’a proposé d’être ingénieur, mais je ne peux tout simplement pas. Je n’ai pas les diplômes nécessaires : je suis mécanicien spécialisé. J’ai donc été contraint d’accepter mon licenciement », explique Babotchkine. « Nous ne cessions de répéter que ces pièces détachées défectueuses risquaient de coûter des vies humaines – et nous y voilà ! », constate amèrement le syndicaliste.

Trains trop lourds

Valentin Ouroussov, président du syndicat Profsvoboda, estime lui aussi que les trains de l’usine Metrowagonmash souffrent de nombreux défauts de fabrication. « Les ouvriers du métro ont tenté à maintes reprises d’attirer l’attention de la direction sur les défauts des trains, assure-t-il. La responsable du syndicat indépendant Métropolitain Svetlana Razina a notamment fait placer des signes de couleur rouge sur les wagons qui contenaient des fractures, mais les chefs les ont tout simplement ignorés. »

Nikolaï Gostev, conducteur, met en lumière une autre cause expliquant les pannes nombreuses et régulières qui surviennent dans le métro. À l’en croire, le problème serait le poids excessif des trains de nouvelle génération, récemment mis sur rails. « Ces trains pèsent cinq tonnes de plus que les anciens modèles, et ils exercent une pression très lourde sur l’infrastructure du métro, qui le supporte difficilement », témoigne-t-il.

Le conducteur assure que l’exploitation de ces trains provoque des pannes sur les lignes de câbles, les rails et les aiguillages. Mais la faute est invariablement reportée sur les chauffeurs. « Le réviseur du métro, Alexandre Vaïsbourd, nous impute toujours ces pannes, et refuse catégoriquement d’entendre nos arguments, assure le conducteur. C’est d’ailleurs lui qui a tout fait pour que ces nouveaux trains soient introduits sur l’ensemble des lignes. »

Et c’est précisément un de ces trains Roussitch nouvelle génération, sorti des ateliers de Metrowagonmash, qui est à l’origine de la tragédie du 15 juillet. Une semaine avant l’accident, le voyageur Sergueï Molostov avait alerté la direction du métro sur des vibrations très importantes ressenties dans les wagons entre les stations Park Pobedy et Slavianski Boulvar (là où l’accident a eu lieu, ndlr). « Durant ces trois derniers mois, le train se mettait à tressaillir entre ces deux stations, si fort que les gens avaient du mal à tenir debout », témoigne Molostov, qui prend le métro tous les jours. Le voyageur a reçu le 8 juillet une réponse officielle de la direction du métro : on l’y assurait que la voie en question était « conforme à toutes les normes et exigences techniques »…

2 commentaires

  1. Diantre arretez d’accabler les russes…Meme aux USA FRANCE JAPON … où vous dites qu’ils sont mieux , compétents , démocratiques et j’en passe connaissent eux aussi des accidents de toutes sortes. Arretez de distraire le monde avec vos ananlyses bidons. Aucune oeuvre humaines n’est parfaite ici bas. N’importe quoi merde à la fin.

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