Un observateur de l’OSCE libéré : « Il ne faut pas coller l’étiquette de « séparatistes » aux insurgés »

Relâché le samedi 27 juin, l’observateur estonien de l’OSCE Tonis Asson, détenu depuis le 26 mai dans le Sud-Est de l’Ukraine, revient sur son mois de détention et ses rapports avec les insurgés des républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk.

Tonis Asson, de retour à Tallin. Crédits: Stanislav Moškov
Tonis Asson, de retour à Tallin. Crédits: Stanislav Moškov

M. Asson estime tout d’abord que sa capture était prévisible : « Nous étions conscients que ça pouvait arriver, dans la mesure où une prise d’otage d’observateurs de l’OSCE peut faire partie d’un plan plus vaste » a-t-il déclaré aux journalistes samedi 27 juin, juste après sa libération.

« Notre patrouille opérait dans une zone qui comprend plusieurs quartiers de la ville. Nous avons rencontré les différents camps en présence afin de rassembler des informations et de faire un rapport sur ce qui se passe en réalité. C’est le but de nos missions. De fait, ils voulaient nous neutraliser et quelqu’un a ordonné cette prise d’otages », a-t-il expliqué.

Pour l’observateur, les membres de l’OSCE n’ont commis aucun acte justifiant cet enlèvement : « Nous avons respecté les règles fixées : nous n’avons pas indiqué les positions [des troupes, ndlr] sur les cartes ni photographié certains emplacements et opérations. Dans ce sens, personne ne peut dire que avons commis des actes interdits. On pourra toujours inventer de faux prétextes, mais nous ne faisions que le travail de routine d’une patrouille ordinaire, a insisté M. Asson. Lorsque nous avons été arrêtés, nous patrouillions depuis déjà un mois dans cette zone, et nous avions assez d’expérience pour ne pas nous faire prendre pour une faute élémentaire », a-t-il ajouté.

Au moment de leur arrestation, M. Asson raconte que ses collègues et lui-même ont rapidement été enfermés et placés sous étroite surveillance : « Leur attitude n’était, évidemment, pas très positive au départ, mais peu à peu, nous avons réussi à établir le contact avec nos ravisseurs : nous leur répétions constamment quel est le rôle de l’OSCE et expliquions ce qu’il faudrait faire pour mettre un terme au conflit. Nous avons établi des relations humaines normales. Ce qui ne veut pas dire que je sois maintenant sous l’influence du « syndrome de Stockholm ». Et peut-être qu’eux aussi, maintenant, veulent que nous revenions », a-t-il précisé.

Tonis Asson assure que les observateurs ont été bien traités durant leur captivité : « Nous étions retenus au rez-de-chaussée du bâtiment. Nous pouvions dormir : il y avait des couvertures, des matelas et des oreillers. On nous a gardés à l’intérieur non seulement pour nous surveiller, mais  aussi afin de nous protéger. Nous pouvions nous reposer, nous avons été bien nourris et bien traités. Dans ces conditions, nous n’avons souffert ni physiquement ni mentalement. »

Après ce mois passé – contraint – dans le camp des forces antigouvernementales, l’observateur estonien estime préférable de les qualifier d’ « activistes » ou de « résistants » plutôt que de leur « coller l’étiquette de séparatistes » : « Il ne faut pas jouer avec ces mots – des gens se trouvent derrière. Ils ont chacun leur vérité – toute médaille a deux faces. Pourquoi ont-ils pris les armes ? Vous savez, chacun a son histoire. Les observateurs de l’OSCE doivent avoir une position neutre et communiquer avec toutes les parties, nous devons écouter tout le monde et essayer de transmettre ces histoires objectivement afin d’essayer de rester impartial jusqu’au bout. Avant d’attribuer des qualificatifs aux gens, il faut réfléchir à l’origine des événements actuels », a déclaré M. Asson, tout en admettant que les partisans des républiques autoproclamées de Lougansk et Donetsk, quant à eux, traitaient les observateurs de l’OSCE d’ « Américains » ou  d’ « espions ».

« En tout cas, le contact humain a aidé à briser les préjugés et les obstacles qui se posent quand vous pensez que les gens ne sont « pas comme vous ». Eux aussi, ils pensent que nous ne sommes « pas comme eux », que, venant de l’Occident, qui est à l’origine de la crise, nous sommes tous de méchants riches. Mais sur un plan purement humain, on peut tout à fait se comprendre les uns les autres. Indépendamment de l’environnement et des conditions, qui, certes, n’étaient pas les plus optimales » a poursuivi M. Asson, précisant que ses collègues et lui n’avaient aucune idée du temps qu’allait durer leur détention.

Aujourd’hui, Tonis Asson est toujours membre de la mission d’observation de l’OSCE et continue à travailler : « J’ai un contrat. Et personne ne l’a annulé », a-t-il expliqué.

Tonis Asson avait été enlevé le 26 mai, avec quatre de ses collègues, par des insurgés dans le Sud-Est de l’Ukraine. Ils ont tous été libérés le 27 juin et reconduits par des hommes lourdement armés à l’entrée d’un hôtel de Donetsk, où ils ont été pris en charge par des représentants de leur organisation.

L’Assemblée parlementaire de l’OSCE ne reconnaît pas la violation de l’intégrité territoriale de l’Ukraine par la Russie

L’Assemblée parlementaire de l’OSCE a rejeté l’amendement de la délégation ukrainienne qui proposait d’inclure aux résolutions de l’organisation une clause sur la « violation par la Russie du principe de souveraineté et d’intégrité territoriale de l’Ukraine » à propos du rattachement de la Crimée, rapporte le site d’information Pravda.ru.

Lors de la 23ème session de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE qui se tient à Bakou du 28 juin au 2 juillet, le chef de la délégation russe et président de la Douma Sergueï Narychkine a déclaré qu’il était improductif « d’inscrire à l’ordre du jour une résolution menant à une confrontation aussi bien au sein de cette assemblée que sur le continent européen en général. Les tentatives – je le répète, infondées – de faire passer la Russie pour la grande responsable de tous les maux ne risquent que de saper le processus de paix en Ukraine » a-t-il mis en garde.

Si plusieurs pays ont soutenu la position de la Fédération de Russie, la déclaration de la délégation russe n’a pas amélioré ses relations ni avec les États-Unis, ni avec l’Ukraine.

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