Opération séduction de Vladimir Poutine envers les acteurs du Web russe

Le 10 juin, à l’occasion du forum de l’entreprenariat sur Internet, Vladimir Poutine a rencontré les leaders du Web russe. Le président russe a affirmé n’avoir nulle intention de restreindre la liberté sur la Toile. Il a également trouvé l’occasion d’exprimer sa gratitude au président français François Hollande pour son chaleureux accueil en Normandie. Le Courrier de Russie a traduit les fragments les plus marquants de l’entretien de Vladimir Poutine avec les participants du forum.

Vladimir Poutine au Forum de l'entreprenariat sur Internet. Crédits : kremlin.ru
Vladimir Poutine au Forum de l’entreprenariat sur Internet. Crédits : kremlin.ru

Vladimir Poutine : En avril, le Web russe a fêté ses vingt ans. Au cours de cette période, il a dépassé le stade de simple moyen de communication pour devenir un secteur très intéressant. Aujourd’hui, le business online engendre 8,5 % du PIB russe. Nous aimerions que l’État russe soutienne ceux qui savent et qui veulent travailler sur Internet. C’est pour cette raison que nous avons créé, il y a un an, une fondation d’aide aux start-ups, qui gère un capital de six milliards de roubles. J’espère que ces moyens seront utilisés efficacement afin de servir l’économie, la société et les gens qui travaillent activement sur Internet.

Kirill Varlamov, directeur de la Fondation pour le développement des initiatives sur Internet (FRII) : Nous avons réuni aujourd’hui sur ce plateau les leaders du Web russe, afin d’aborder les questions qui nous préoccupent tous en ce moment. Nous avons déjà beaucoup parlé de l’avenir d’Internet : aujourd’hui, la quantité d’information augmente constamment, bientôt, tous les équipements électroménagers seront connectés à Internet, même les fauteuils seront connectés…

Poutine : À quoi bon ?

Kirill Varlamov : Pour savoir combien de fois une personne s’y assoit, contrôler son poids…

Dmitri Grichine, PDG de Mail.ru Group : Si effectivement, nous parvenons à mesurer combien de temps les gens passent sur leurs fauteuils, cela peut servir, dans les grandes entreprises par exemple, à faire des économies d’énergie ; car vous savez, souvent, dans les bureaux, les climatiseurs fonctionnent à fond alors qu’il n’y a personne dans la pièce. De nombreuses sociétés étrangères travaillent déjà là-dessus…

Poutine : Je trouve ça affreux (rires) !

Arkadi Voloj, PDG de Yandex, moteur de recherche russe : La Russie est un des rares marchés mondiaux où les services Internet nationaux dominent. Mais cette position dominante, nous ne la devons pas à une quelconque politique protectionniste – au contraire, nous avons su assurer notre leadership parce qu’on nous a laissé nous développer tous seuls, nous avons toujours évolué dans un milieu concurrentiel. Aujourd’hui, nous passons à l’étape suivante de notre développement : les leaders de notre marché vont à la conquête de l’étranger. Dans le monde, seuls quatre pays ont leur propre technologie de recherche – et la Russie en fait partie. Ce qui signifie que les habitants de ces quatre pays ont le choix de quel moteur de recherche utiliser, alors que l’Europe, l’Amérique latine et la moitié de l’Asie en sont privées. En ce moment, je me pose la question de savoir si, dans dix ans, une entreprise comme la nôtre sera en mesure d’offrir cette liberté de choix aux utilisateurs d’autres pays. Si nous serons capables de mener cette mission à bien.

Le monopole, c’est bien quand c’est vous qui le détenez, mais dans le cas contraire, c’est un phénomène plutôt nuisible

Poutine : Vous avez dit qu’il n’y a que trois ou quatre pays au monde possédant leurs propres moteurs de recherche et que cela les investit d’une mission particulière. Je pense que vous serez d’accord avec moi pour dire que le jeu ne sera juste qu’à la condition que chacun de ces missionnaires demeure souverain et indépendant. Car imaginez que derrière ces quatre missionnaires, on ne trouve qu’un seul et unique propriétaire, alors il ne s’agira plus d’une mission mais d’un monopole. Et le monopole, c’est bien quand c’est vous qui le détenez, mais dans le cas contraire, c’est un phénomène plutôt nuisible.

Notre mission à nous sera de vous aider, vous, le segment national de l’Internet, les gens qui travaillent dans ces branches très prometteuses, à devenir totalement indépendants et à pouvoir formuler, sinon un point de vue pour l’État ou la société, du moins votre position propre sur toutes les questions. Parce que quand nous restons sur le sol national, tout ce que nous faisons, à la fin des comptes, œuvre au bien de l’État.

Grichine : J’aimerais soulever un problème qui me paraît fondamental. Effectivement, au cours des 15 dernières années, le Web russe s’est développé dans un milieu très ouvert, nous avons concurrencé et nous concurrençons toujours des entreprises occidentales très puissantes, qui souvent nous dépassent en termes de ressources financières et humaines, et pourtant, nous nous défendons plutôt bien. Au cours de cette période, nous nous sommes habitués à réfléchir sur un mode de concurrence et d’ouverture, nous avons appris à ne compter que sur nous-mêmes – et nous tenons beaucoup à ces principes. C’est la raison pour laquelle toute tentative de l’État de réguler notre branche d’activité provoque en nous une réaction de rejet. Nous partons de l’idée que le contact avec les autorités ne peut mener à rien de bien.

Poutine : C’est juste (rires) !

Grichine : Il vaut mieux se cacher et faire en sorte qu’on ne nous voie pas.

Poutine : Ça, en revanche, ce n’est pas juste. Premièrement, parce qu’il est impossible de se cacher de nous et, deuxièmement, parce qu’il est indigne, pour les représentants d’un business aussi prometteur que le vôtre, de vouloir se cacher. Au contraire, il faut sortir de la souche et communiquer. Quelque désagréable que cela puisse vous sembler, il faut communiquer avec l’État et la société, et rechercher des solutions communes.

Grichine : En coulisses, on entend souvent les hauts fonctionnaires nous dire que les gens qui travaillent sur Internet sont tous un peu tarés, qu’ils viennent d’une autre planète…

Poutine : Ah, ça veut donc dire que vous ne vous cachez pas totalement des autorités, puisque vous en fréquentez les coulisses…

Grichine : Nous ne sommes pas tarés, nous aimons notre pays et nous voulons que les gens puissent vivre et travailler ici confortablement. Nous comprenons que le segment russe de l’Internet a grossi et qu’une régulation est nécessaire. Le plus souvent, les idées qui sont à la base des lois nous paraissent d’ailleurs très utiles, mais c’est leur application qui nous fait peur. Nous aimerions sentir qu’on nous écoute, que le feed-back existe – ce serait très important pour nous.

Le droit, ça sert précisément à réguler les relations au sein d’une société

Poutine : Vous savez, dans une société fonctionnant normalement, il n’y a tout simplement pas d’autre voie possible. Il faut agir via les structures sociales, via le Parlement, et rechercher des solutions communes. Vous avez dit que l’Internet représente un gros segment du marché et qu’il ne peut plus se passer de régulation. Le droit, ça sert précisément à réguler les relations au sein d’une société. Une norme du droit, ce n’est pas juste un bout de papier avec un texte dessus – ça sert à réguler les relations sociales, qui, ça ne fait aucun doute, se forment déjà sur Internet à grande échelle. Près d’un tiers des Russes se connectent quotidiennement.

On a beaucoup débattu des restrictions qui existent actuellement sur la diffusion de la pédophilie, de la propagande des stupéfiants, du terrorisme ou des suicides sur Internet. Écoutez, nous sommes tous des adultes ici, pourquoi devrions-nous avoir besoin de tout ça ? Arrêtons, laissons nos enfants en paix.

Il est très clair que ces nouvelles restrictions ne doivent en aucun cas entraver les libertés de l’homme et du citoyen, que notre Constitution protège avant toute chose. Nous ne devons pas non plus introduire de restrictions au marché libre. Je tiens à vous assurer que l’État dont vous aimeriez vous cacher n’a aucun intérêt à soutenir tel ou tel groupe de sociétés au détriment de tel autre. Au contraire, nous voulons bâtir des relations harmonieuses – c’est la seule façon, pour nous, d’assurer notre développement. (…) J’estime moi aussi que les développeurs russes sont les meilleurs au monde, les nôtres, les Russes sont les meilleurs dans tous les domaines – j’en suis certain, et c’est d’autant plus vrai pour les développeurs informatiques. Je fréquente, peut-être pas aussi souvent que je le voudrais mais assez régulièrement tout de même, des représentants des entreprises étrangères travaillant dans ce secteur, et j’ai entendu à plusieurs reprises, de leur part, ce genre d’appréciations. Ces spécialistes me confient souvent que pour résoudre des tâches à grande échelle, ils recrutent des développeurs indiens, mais que quand il s’agit de résoudre un problème unique, d’aller en profondeur des choses, ils recherchent des experts russes.

Vladimir Poutine au Forum de l'entreprenariat sur Internet. Crédits : kremlin.ru
Vladimir Poutine au Forum de l’entreprenariat sur Internet. Crédits : kremlin.ru

Maëlle Gavet, directrice d’OZON.ru : Avant de parler des problèmes, j’aimerais moi aussi souligner le fait que votre pays, la Russie, est unique, car elle su créer son Google (Yandex), son Facebook (Vkontakte) et son Amazon (Ozon). Actuellement, le secteur de l’e-commerce sort de l’ombre, ses acteurs le font beaucoup spontanément, et les associations et l’État les soutiennent totalement dans ce processus. Aujourd’hui, beaucoup de nouvelles technologies se développent en Russie, et il y a de quoi être fier, mais ce développement dépend beaucoup de la question des frontières. Aujourd’hui, les boutiques en ligne russes légales, comme la nôtre, payent des impôts et des taxes, alors que les boutiques en ligne étrangères qui envoient leurs marchandises en Russie en sont exemptes. De fait, nous, boutiques légales, avons de plus en plus de mal à leur faire concurrence au niveau des prix. La concurrence en soi ne nous fait pas peur, nous avons des positions solides – mais nous voulons nous battre à armes égales. Votre administration a réalisé un travail important et très efficace sur cette question, une loi a été signée. En revanche, le gouvernement n’a toujours pas pris la décision de rendre la taxe d’importation conforme aux standards internationaux, ce qui fait perdre au budget russe 98 milliards de roubles par an. Peut-on accélérer ce processus ?

Le gouvernement français a tout fait avec âme

Poutine : Si le gouvernement réfléchit toujours à ce problème, c’est parce que tous les acteurs impliqués dans le transfert des marchandises à travers nos frontières sur notre territoire douanier doivent travailler dans des conditions égales. Si un segment du marché bénéficie d’avantages injustifiés, cela portera atteinte aux intérêts d’autres acteurs qui, tout comme vous, demandent au gouvernement de protéger leurs intérêts. C’est pour ça qu’il est tellement important pour nous d’établir l’équilibre.

Gavet : Effectivement, l’équilibre est essentiel, y compris pour les consommateurs, afin qu’ils puissent acheter en Russie aussi bien qu’en France.

Poutine : Vous venez de France ?

Gavet : Oui.

Poutine : Eh bien, je voudrais attirer votre attention sur le fait que le président français a organisé un événement très grand, très utile et très important ; les Français ont accueilli très chaleureusement tous les participants de ces commémorations en Normandie. Notre sentiment de reconnaissance envers le peuple français a grandi, il a toujours été grand, mais là, il a grandi encore. Je vous le dis sérieusement. Tout a été fait avec beaucoup d’âme, le gouvernement français a tout fait avec âme, et les gens nous ont réservé un accueil très chaleureux.

4 commentaires

  1. Il est vrai que la liberté de s’exprimer sur le net en Russie est extraordinairement développée. Un exemple.

  2. @Roux: Je ne serais pas si affirmatif. Les blogueurs influents sont tout de même assez surveillés en Russie. Donc oui on peut tout dire sur l’Internet russe, sauf si on est écouté.

    1. Car en France on n’est pas « écouté » ?????
      Non seulement on est surveillé partout, mais même les US nous surveillent de près, on est sous contrôle permanent et total, mais ça ne suffit pas à Valls il veut faire mieux.
      Pour ton info, 83% des demandes de retraits sur youtube au niveau mondial, viennent de la France, pas de la Russie.
      La France est passée au N° 48 derrière le Niger pour la liberté de la presse, mais tu te crois encore dans un pays libre, tu as raison reste comme ça, c’est moins stressant et ferme bien les yeux.

  3. On est écouter partout ça devient insuportable tellement on est surveiller en occident, Maintenant ce qui est perturbant c que l´on soit surveiller pour de mauvaises fins si l´on surveille par exemple la prostitution c´est excellent, si l´on surveille tout ce qui peut être nuisible pour nos enfants c bien maintenant si l´on nous surveille pour faire du profit sur nous ou encore prendre avantages sur nos faiblesses ou nous controler la est le probleme. Il faut de la surveillance de toute façon la liberté oui mais avec mesure, il ne faut pas que soit utilse a profit de l ´autre ou pour abus de pouvoir je ne suis pas tout a fait contre si elle sert a la prevention des crimes et controler la securité de bonne foie , maintenant seulement si c ´est utiliser pour au veiller sur nos interets réellement il faut aussi arreter de penser que l´on l´absolute liberte de nos actions non c impossible il faut des libertés qui respectent l´interet des gens par exemple on ne devrait pas et ne pas accepter la revendiquation de la pedophilie, pourtant il y en a qui voudraient en s´apput yant que c´est leur liberté de choisir et agir. La liberte ne peut exister que par des lois et des regles qui soutiennent le bien commun.

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