L’Ukraine, entre élections et affectations

La rubrique Recadrage est une revue de presse critique des médias occidentaux sur la Russie, dont l’auteur est Matthieu Buge, un Français qui vit à Moscou.

Ukraine élections

À l’heure où le Front National fait 25% aux européennes, où Roland Garros bat son plein et où « l’anniversaire » des événements de Tian’anmen approche, l’Ukraine a été relayée au second plan dans les médias occidentaux. Pourtant, les Européens devraient se poser quelques questions en voyant l’Ukraine chercher par tous les moyens à intégrer une entité que de plus en plus de citoyens de ses membres fondateurs rejettent et voudraient quitter. Mais non : l’élection ukrainienne a eu lieu, et c’est une « grande victoire » pour l’Europe.

L’élection du « roi du chocolat » Petro Porochenko à la présidence est une bénédiction pour les médias occidentaux : elle confirme les « aspirations pro-européennes » du peuple ukrainien. Les journalistes se sont empressés de louer une présidentielle « largement conforme aux normes démocratiques » (1), contrairement, on s’en doute, aux récents référendums pro-russes. Ces derniers avaient en effet été pointés du doigt pour l’absence d’observateurs internationaux sur place et, dans le même temps, dénoncés pour la faible participation… observée par des journalistes internationaux à Marioupol ! On semble ne pas en être à un paradoxe près, dans les rédactions. Pour revenir à la présidentielle, l’absence manifeste de campagne n’a posé de problème à personne, la tenue du scrutin relevant de l’urgence. Autre constat intéressant : les médias mainstream ne relèvent jamais le fait que tous ces observateurs « internationaux » sont, en réalité, systématiquement occidentaux. Sur le millier d’observateurs envoyés le 25 mai, cent étaient américains, et les autres originaires de divers pays-membres de l’OSCE – à l’exception de la Russie, qui s’était refusée à y envoyer ses représentants. De la même manière, le fait que les États-Unis ont déboursé 11,5 millions de dollars pour l’organisation de cette élection ne fait pas sourciller grand monde (2). La justification de tout et n’importe quoi par le mot magique de « démocratie » est devenue une pratique si répandue que les médias ne se sont même pas aperçus que l’élection ukrainienne, observée avec un peu de recul, est aussi douteuse que toutes celles qu’ils dénoncent systématiquement dans les pays considérés comme « non-démocratiques » – car non-alignés.

À l’Est, rien de nouveau. Les combats continuent et le traitement de l’information est toujours le même. On ne se lasse pas de proclamer que les Russes sont à la manœuvre (3) : fournissant des armes et envoyant incognito des troupes, et même des mercenaires tchétchènes. Tout en ignorant superbement le fait que la tristement célèbre société américaine de mercenaires Academi combat dans les rangs de l’armée ukrainienne pour aider Kiev à réprimer ceux qui rejettent une autorité dont ils ne veulent pas (4). Avec l’avènement de Porochenko, la répression à l’Est a gagné une nouvelle légitimité. « Dans l’est de l’Ukraine, l’armée reprend pied » peut on lire chez Libération (5). Pour l’auteur de l’article, la violence de la répression n’a rien de comparable à celle – pourtant bien molle à côté – organisée sous Ianoukovitch, et les insurgés aidés par les Russes ne sont que des « gros bras » qui « fanfaronnent » alors que des civils meurent, comme lundi dernier lors des frappes aériennes dirigées depuis Kiev sur Lougansk.

Dans la même veine, sans surprise, l’article de Marie Jégo (6), pour qui il est désormais acquis que la Russie ne fait que déstabiliser l’Ukraine, alors que les Occidentaux ont tout fait pour la stabiliser avec l’élection du 25 mai. C’est oublier un peu vite qui est à l’origine de la déstabilisation du pays l’hiver dernier, mais passons. De la même manière, tous s’accordent à dire que la Russie joue de la « menace gazière » pour étouffer une Ukraine qui ne lui convient pas (7). Parallèlement, rares sont les journalistes qui rapportent que le FMI, en échange de son prêt, exige de Kiev que les tarifs énergétiques pour les particuliers soient réévalués de 240 % à 425 % sur les quatre années à venir (8)

Le plus troublant, dans cette affaire, est que les médias européens semblent tout simplement ne pas réaliser que les seuls gagnants, jusqu’à présent, sont les États-Unis. L’Europe n’a rien à gagner de cette crise et les Ukrainiens, en plein désarroi, encore moins. Hunter Biden, le fils du vice-président américain, est placé sans le moindre scrupule chez Burisma (9), la plus grosse société gazière ukrainienne, et le scandale est étouffé. On critique la présence de troupes russes à la frontière ukrainienne – sur le sol russe. Pour autant, le fait que les Etats-Unis renforcent leur main mise militaire sur l’Europe de l’Est (10) et se mettent à faire pression sur la France pour l’empêcher d’honorer ses contrats passés avec la Russie sur la vente de navires Mistral (11) ne soulève que des protestations bien timides…

On est tenté de trouver tout cela un peu humiliant pour les Européens. Mais pas un mot : l’Europe est l’alliée des États-Unis, c’est entendu. Pourtant, l’Europe traverse une crise sans précédent. Les élections européennes ont été un choc. En refusant de se remettre en question et en suivant aveuglément la politique américaine en Ukraine, en imposant toujours plus d’austérité tout en acceptant de supporter le fardeau ukrainien, les élites politiques et médiatiques européennes creusent de plus en plus le gouffre qui les sépare de leurs populations.

3 commentaires

  1. Grâce au courage et à la ténacité de Vladimir Poutine, enfin qq chef d’état (sujet BNP) commence à réagir pour sortir de dessous la botte du grand chef manitou OBAMA, qui veut gérer à lui tout seul la planète entière ! Que Dieu fasse justice bientôt, je l’espère, et que l’Amérique ne soit pas la seule bénie ! il y a d’autre pays qui méritent d’être bénis ! Vive la Russie et ses alliées !

  2. USA veulent etre maitre du monde et ont tout fait pour destabiliser l’Ukraine – cependant ils veulent surtout qu’elle soit pro europeenne et la rattacher à l’OTAN – mais ils ne donneront pas un dollar pour retablir ses finances – Non cela suffit l’Union europeenne s’est déjà trop elargie et est surtout faible – et tout cela veut dire que l’union europeenne doit donner de l’argent qui d’ailleurs ira encore chez les oligarques corrompus – comment l’union europeenne se laisse ainsi influencer – nous sommes 500 millions – il faut absolument que nous ayons notre propre defense, notre fiscalite , sociale etc…- il ne faut pas integrer des pays pour les exploiter et les payer 4 euros de l’heure – d’abord une base solide et après d’accord on integre tous les pays europeens (sauf la turquie) – je suis pour une europe federaliste – et l’Otan dehors – comme De Gaulle disait jusqu’ l’Oural – on a pas besoin du parapluie americain – la russie n’est pas l’URSS et nous avons la meme culture –

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