Plan de paix en Ukraine : la semaine la plus longue

Le président ukrainien Petro Porochenko a dévoilé vendredi 20 juin un plan de paix visant à régler la situation dans l’Est du pays : en sept jours, Kiev se promet d’aboutir à un accord avec les insurgés pro-russes. Le compte à rebours est lancé. Chronique d’un désamorçage.

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Petro Porochenko lors de sa visite dans le Donbass le 20 juin. Crédits : president.gov.ua

Le plan de paix de Porochenko

  1. Garantie de la sécurité de tous les participants des négociations ;
  2. Aucune poursuite pénale ne sera retenue contre les individus qui auront déposé les armes et qui n’ont pas commis de meurtre grave ;
  3. Libération des otages ;
  4. Création d’une zone tampon de 10 km à la frontière russo-ukrainienne. Extraction des groupes armés illégaux ;
  5. Corridor sécurisé pour le départ des mercenaires russes et ukrainiens ;
  6. Désarmement ;
  7. Création d’une structure du ministère ukrainien de l’intérieur pour la mise en place de patrouilles communes ;
  8. Fin de l’occupation illégale des bâtiments de l’administration régionale de Donetsk et Lougansk ;
  9. Reprise des activités des organes locaux du pouvoir ;
  10. Reprise de la diffusion de la télévision centrale dans les régions de Donetsk et Lougansk ;
  11. Décentralisation du pouvoir et protection de la langue russe par le biais d’amendements à la Constitution ;
  12. Validation des candidatures à l’élection des gouverneurs par les représentants de la région du Donbass ;
  13. Organisation d’élections parlementaires et locales anticipées ;
  14. Programme pour la création d’emplois dans la région ;
  15. Remise en état des sites industriels et des structures sociales.

Soutien théorique de Moscou

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Vladimir Poutine répond aux questions des journalistes, dimanche 22 juin, en marge de la commémoration du début de la Seconde Guerre mondiale. Crédits : kremlin.ru

Interrogé en marge de la commémoration du début de la Seconde Guerre mondiale, dimanche 22 juin, le président russe Vladimir Poutine a promis le soutien de Moscou dans le règlement de la crise ukrainienne. « Tant d’années après le début de la Grande Guerre patriotique, le sang a de nouveau coulé sur le territoire de l’ex-URSS. C’est terrible. Le fait que le président Porochenko ait instauré un cessez-le-feu est un geste majeur, voire crucial, dans la résolution de la crise. Et la Russie soutiendra évidemment ces mesures », a déclaré le président russe, visiblement ému.

Le chef d’État russe a toutefois tenu à rappeler que le cessez-le-feu décrété par Porochenko n’était pas suffisant. « Le plus important est d’aboutir à un règlement politique », a souligné le président, précisant que le cessez-le-feu devait servir de base à l’instauration d’un dialogue entre les parties en conflit. « Il faut trouver des compromis acceptables pour tous, afin que les gens vivant dans les régions du Sud-Est de l’Ukraine se sentent partie intégrante de ce pays et bénéficient des mêmes droits, garantis par la Constitution », a ajouté M. Poutine, insistant sur le fait que là « était la clé du succès ». « D’autant que des tirs d’artillerie de l’armée ukrainienne ont de nouveau retenti dans la nuit de samedi à dimanche », a affirmé le président russe.

Le négociateur

Viktor Medvetchouk [voir encadré], meneur du mouvement populaire Le choix ukrainien, a reçu dimanche 22 juin l’accord des leaders de la république populaire de Donetsk pour rencontrer les représentants de la mission de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), afin d’établir un contact entre Kiev et le Sud-Est ukrainien. Une information qui a été saluée par Vladimir Poutine le soir même, alors que Petro Porochenko restait, quant à lui, toujours réticent à l’idée de rencontrer les représentants de la république populaire autoproclamée : il « n’a rien à leur dire », citait ainsi le portail d’information Pravda.ru.

Cessez-le-feu multilatéral

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De gauche à droite : Nestor Choufritch, Viktor Medvetchouk et Leonid Koutchma lors des négociations à Donetsk, le 23 juin. Crédits : mediaport.ua

Jusqu’alors approuvé publiquement seulement par Kiev, le cessez-le-feu a finalement été accepté, lundi 23 juin, par les leaders des régions de Donetsk et Lougansk, à l’issue d’une réunion à Donetsk d’un « groupe de contact » réunissant l’ancien président Leonid Koutchma, qui représentait les intérêts de Kiev, l’ambassadeur russe en Ukraine Mikhaïl Zourabov, la représentante de l’OSCE Heidi Tagliavini, le Premier ministre de la république populaire de Donetsk Oleksandr Borodaï, Viktor Medvetchouk, le député ukrainien Nestor Choufritch, le chef de file du mouvement Sud-Est Oleg Tsarev et des représentants de la république populaire de Lougansk.

« En réponse au cessez-le-feu émis par Kiev, nous nous engageons nous aussi à observer une trêve jusqu’au 27 juin. Les mouvements de troupes sur le territoire des républiques cessent également », a indiqué lors de ces pourparlers Oleksandr Borodaï, principal leader de la république autoproclamée de Donetsk, espérant toutefois que le contrôle du respect de ce régime serait confié à la Russie.

Les représentants de la république populaire de Donetsk avaient jusque-là toujours refusé de respecter le cessez-le-feu exigé par Porochenko. « Ils cessent de tirer, nous déposons les armes – et eux nous arrêtent désarmés. Voilà ce qu’il va se passer », déclarait notamment le 18 juin dernier à la chaîne Dojd un des leaders de la république populaire, Denis Pouchiline. Les insurgés pro-russes exigeaient en premier lieu le départ des « occupants » de leur territoire, « qui sont en train de nous exterminer », avait alors souligné le leader.

L’occident sur le qui-vive

Alors que l’heure est aux négociations en Ukraine, l’Union européenne et les États-Unis maintiennent la pression sur la Russie. Lundi 23 juin, les ministres des affaires étrangères européens ont ainsi décidé d’interdire à compter du 25 juin l’importation de marchandises en provenance de Crimée. Parallèlement, le président américain Barack Obama a menacé lundi soir Vladimir Poutine de nouvelles sanctions si Moscou ne parvenait pas à stopper le passage d’armes en Ukraine. « La Russie devra payer un prix supplémentaire si nous ne voyons pas de mesures concrètes visant à désamorcer la situation », a déclaré aux journalistes le porte-parole de la Maison Blanche Josh Earnest, invitant dans le même temps « la Russie et le président Poutine en personne à user de leur influence pour contribuer à la paix et la stabilité dans l’Est de l’Ukraine ».

Les Européens sont en revanche plus frileux à l’idée de prendre de nouvelles sanctions économiques contre la Russie, « une décision non nécessaire », a déclaré lundi le chef de la diplomatie luxembourgeoise Jean Asselborn. « Dans la situation actuelle, il n’existe pas de motifs sérieux pour passer au troisième stade des sanctions. Ce serait même une erreur. L’attitude adoptée tant par Moscou que par Kiev aujourd’hui pourrait aboutir à une solution diplomatique », a fait savoir le ministre.

L’introduction d’une nouvelle série de sanctions sera toutefois abordée à l’issue du délai fixé par le plan de paix de Porochenko, soit lors du sommet européen prévu pour le 27 juin, au cours duquel l’UE devrait signer trois accords d’association avec l’Ukraine, la Moldavie et la Géorgie.

La détente

Le président russe Vladimir Poutine a proposé au Conseil de la Fédération de retirer l’autorisation d’envoyer les forces armées sur le territoire ukrainien, votée début mars par le Conseil d’Etat (haute chambre du parlement russe), a fait savoir le porte-parole du chef de l’Etat Dmitri Peskov, mardi 24 juin.

La proposition en question est examinée par le Conseil de la Fédération et sera débattue mercredi 25 juin, a de son côté indiqué une source au sein de la chambre haute citée par Ria Novosti.

Viktor MedvetchoukViktor MedvetchoukHomme politique ukrainien, leader du mouvement pro-russe Le choix ukrainien, il a débuté sa carrière dans les années 1990 en créant notamment le parti social-démocrate d’Ukraine (SDPU).

En 1998, il devient vice-président du Conseil suprême de la Rada (parlement) ukrainienne avec sa fraction SDPU (dont Petro Porochenko est alors membre) jusqu’en 2000, puis prend la tête de l’administration du président Leonid Koutchma de 2002 à 2005. Omniprésent, il est alors considéré comme le bras droit et l’éminence grise du président. La période est également marquée par de nombreux conflits avec l’opposition de Viktor Iouchtchenko, dont fait partie l’actuel président Petro Porochenko. L’arrivée au pouvoir de Iouchtchenko en 2005 marque une pause dans la carrière de Medvetchouk, accusé de falsifications lors de l’élection présidentielle au profit de son candidat, Viktor Ianoukovitch.

Vladimir Poutine, avec qui Medvetchouk était en contact étroit lors de son mandat à l’administration présidentielle, est le parrain de sa fille Daria. Medvetchouk aurait d’ailleurs joué le rôle de négociateur entre Ioulia Timochenko et Vladimir Poutine au moment du conflit gazier de 2008-2009, à en croire la presse russe, bien que l’information n’a jamais été confirmée.Medvetchouk crée finalement son mouvement populaire Le choix ukrainien en 2012, qui se positionne pour la fédéralisation de l’Ukraine et l’entrée du pays dans l’Union douanière.

Des rumeurs affirment que ce mouvement serait financé par la Russie.Au lendemain des événements de la place Maïdan à Kiev, les maisons de Medvetchouk à Kiev et dans les Carpates ont été à plusieurs reprises l’objet d’attaques d’activistes pro-européens.

 

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