Guide : que faire du 20 juin au 4 juillet

Chaque quinzaine, le guide culturel de Julia Breen pour des idées sorties à Moscou et ailleurs :

Pour un royaume

Spectacle
D’abord, le lieu : Mama’s place, « club familial » organisé par le très chic centre d’art contemporain Garage. Parce que la capitale russe change de visage en profondeur, qu’elle saisit – et assimile, et transforme et fait sien – le meilleur des plus grandes mégapoles mondiales. Ateliers d’artisanat, yoga, initiation au jazz ou à la musique classique japonaise : parce que les enfants savent tout et que notre mission est de tenter qu’en grandissant, ils en oublient le moins possible. Ensuite, le spectacle : Maroussia, Louison et le Livre – soit un voyage, sur les ailes de deux poupées, dans un monde de contes français et russes. Les contes, parce qu’ils disent les mythes et la formation de nos représentations. Parce qu’il n’y a qu’un seul Livre et qu’une seule Histoire. Parce qu’il n’y a pas de Bien et de Mal – seulement des rapports, des équilibres et des circonstances. Parce qu’il n’y a pas plus efficace que la simplicité de la parabole pour dire la complexité du monde et de l’âme. Dans les deux langues.

Maroussia, Louison et le Livre (création Carole Le Sone et Maria Skatchkova) – le 22 juin, à 17h. Club familial Mama’s place, centre éducatif « Garage », parc Gorki.
www.garageccc.com

Pour une voix du Grand Nord

Concert
Du haut de ses 40 ans, Diana Arbenina a fini par faire de sa blessure une carapace. De ses déséquilibres le fil sur lequel elle marche droit, de ses vides un combustible. Diana Arbenina est de ceux-là qui aiment trop, de ces indécrottables de l’espoir et de l’attente, de ces âmes à vif nées de l’automne ou de la fonte des neiges. Diana Arbenina, la boule dans la gorge et la mélancolie comme compagne, avance – et renverse les montagnes. Puissante de sa vulnérabilité, elle chante les éternels rendez-vous manqués, le regard toujours trop loin, les instants de grâce qui vous envahissent pour vous échapper, les réveils un peu sonnés. Avec les années, se connaître, se protéger de moins en moins, obéir de mieux en mieux à la voix intérieure, courir bras ouverts vers toutes les chutes, éprouver, toujours plus enthousiaste, toutes les répétitions. Ne retenir rien ni personne, savoir ce qu’on doit à ses cicatrices, se réchauffer à la lumière des nuages. La vie comme une longue nuit froide – avec les sourires croisés sur le chemin pour lueur. Et danser.

Diana Arbenina, concerts sur le toit – le 8 juillet : anniversaire de la chanteuse ; le 9 : présentation de son album solo. Territoire Artplay, oul. Nyjniaia Syromiatnitcheskaya, d. 10.
www.artplay.ru

Pour un hymne

Concert
On ne change pas une équipe qui gagne – et on n’a pas fini de vous parler d’Igor Rasteryaev. Le type a l’air de rien de ceux qui ont du génie, authentique, accessible. Rasteryaev vous touche droit à l’âme – celle qui est dans le ventre. Rasteryaev, ce serait un amour aux antipodes de la passion – fait d’amitié et de tendresse, géant et infini avec trois bouts de ficelle. Après le rock rêveur des années 1990 puis celui nihiliste des années 2000, la guitare de Rasteryaev, c’est la Russie nouvelle ère. Après avoir fait exploser une morale soviétique hypocrite et crispée, le pays s’est vautré dans une jungle aux apparences de liberté. Aujourd’hui, dans sa gueule de bois du réveil, il faut l’aimer et l’accompagner dans sa quête de retour vers des valeurs propres. Ni tout à fait céleste, ni tout à fait terrestre, sa place est entre. À pleines dents savourer la joie de chaque instant et à la fois entendre toujours, partout, les pleurs les plus silencieux et lointains. Entre tension extrême de l’esprit et explosion absolue de la chair. Ne parvenir à trouver l’équilibre que sur un fil au-dessus du vide.

Igor Rasteryaev, Grand concert des amis – le 4 juillet, à 21h. Club 16 Tonn, Presnenski Val, d. 6, str. 1.
www.16tons.ru

Pour des poètes de l’usine

Concert
Animatsia, c’est tout sauf du divertissement. C’est douloureux de franchise, honnête, rigoureux, dépouillé. C’est presque austère. Que les gringalets aillent chanter le rêve et le sable chaud – pendant ce temps-là, les hommes d’Animatsia continueront de raviver aux couleurs de l’ironie, du courage et d’une grande tendresse la grisaille, l’épreuve du quotidien, la vraie vie dans tous ses ratages et son ennui, le boulot pénible et tout ce qui trébuche. Aimer les défauts, aimer sans illusion, aimer la vie précisément parce qu’elle vous file entre les doigts, savoir l’inéluctable perte et pourtant toujours rebâtir, savoir l’imperfection et l’insatisfaction et faire avec – être un pessimiste joyeux. Ne rien attendre et tout prendre. Boire le désespoir et le chaos au biberon – et devenir aussi sensible qu’invincible. Les hommes d’Animatsia, une fois planté l’arbre, construit la maison et fait l’enfant, une fois accompli le devoir individuel, tentent encore de mettre des mots sur le flou du monde, s’accrochent au collectif comme à une bouée, savent que force intérieure signifie responsabilité à l’égard des autres et que l’herbe n’est jamais plus verte ailleurs.

Animatsia, concert unique de l’été – le 22 juin, à 20h. Club 16 Tonn, Presnenski Val, d. 6, str. 1.
www.16tons.ru

Pour une passerelle

Peinture
Hamid Savkouev est kabarde. Et puis peintre. Son village au cœur du Caucase lui a transmis l’immédiateté de la Terre – il a appris à l’Académie de peinture de Saint-Pétersbourg à donner forme à ses intuitions. L’Empire élève les meilleurs des enfants de ses peuples jusqu’à l’universel. Au milieu de la grande ville, continuer d’entendre les arbres et de parler aux oiseaux. La Terre impose l’épreuve et la patience, l’humilité. À l’exact opposé des satisfactions ready-made, elle ne nous est qu’accordée un moment, le temps de s’en montrer à la hauteur – on en hérite pour la transmettre. Hamid Savkouev fait aujourd’hui un art à l’antipode de l’art contemporain. Un art qui respecte les canons et tend à l’idéal – qui jamais n’oserait prétendre inventer. Un art où la liberté, si elle doit être conquise, n’est qu’une étape – il faut ensuite l’abdiquer, volontairement, pour se soumettre au Grand dessein. La peinture d’Hamid Savkouev recherche les plus profondes des voix intérieures – les éternelles.

Hamid Savkouev, Terre cultivée –Jusqu’au 6 juillet. Académie russe des arts, oul. Pretchistenka, d. 21. www.rah.ru

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