L’Autriche brave les sanctions et rejoint l’aventure South Stream

Mardi 24 juin, l’Autriche a confirmé sa participation au projet South Stream en scellant un contrat entre les groupes d’énergie autrichien OMV et russe Gazprom, en marge de la visite officielle de Vladimir Poutine à Vienne.

Alors que la Bulgarie frissonne, l’Autriche bouillonne. Les patrons du géant russe Gazprom et de la compagnie autrichienne OMV, Alexeï Miller et Gerhard Roiss, ont conclu le 24 juin un accord sur la construction d’une branche du gazoduc South Stream en Autriche, entre la frontière austro-hongroise et le hub de la ville de Baumgarten. « Il ne s’agit pas d’une partie très longue, une cinquantaine de kilomètres à peine, mais elle n’en demeure pas moins importante, puisqu’elle représente le tronçon final de South Stream, a souligné Alexeï Miller. L’Autriche devient un itinéraire prioritaire. La Slovénie et l’Italie – qui devait être le point final de South Stream – sont pour l’instant écartées. »

south stream
Itinéraires du South Stream

Gazprom est ainsi revenu à son plan initial – celui qui, dès 2009, prévoyait que le gazoduc relie la Russie à l’Autriche en passant par la mer Noire, la Bulgarie, la Serbie et la Hongrie. La décision de Vienne de rejoindre le projet du gazoduc Nabucco  – concurrent direct de South Stream, reliant l’Iran à l’Europe centrale, soutenu par les USA et l’UE – avait à l’époque poussé la compagnie russe à modifier son parcours : l’Autriche était mise sur la touche et l’Italie était reliée à la Hongrie par la Slovénie.

Après plusieurs années d’hésitations, Vienne a finalement retapé à la porte de Gazprom en février dernier, d’après les informations communiquées par le géant russe. Et alors que la Commission européenne appelait en avril 2014 les pays-membres de l’UE à sortir du projet South Stream, affirmant que « la Russie utilise son gaz comme une arme énergétique », OMV signait le 29 avril une lettre d’intention avec Gazprom. Un bras d’honneur à Bruxelles ? La compagnie s’est expliquée mardi : « Il s’agit d’un investissement dans la sécurité de l’approvisionnement en énergie de l’Europe », a insisté Gerhard Roiss, à l’issue de la signature du contrat.

Car l’Autriche et ses 9 millions d’habitants, qui dépendent effectivement du gaz russe à 65 %, ont désormais leurs réserves en combustible assurées : le contrat prévoit un volume annuel de livraisons de 32 milliards de mètres cubes de gaz naturel dès 2017. Le hub gazier de Baumgarten permettra ainsi de fournir du gaz aux pays d’Europe centrale et orientale, très dépendants du gaz russe (Roumanie – 98 %, Bulgarie – 100 %, Slovaquie – 100 %, etc.). En outre, les infrastructures énergétiques autrichiennes permettent de livrer du gaz à l’Italie, la Croatie, la Slovénie, l’Allemagne et la France. Et non loin de Baumgarten, la ville d’Haidach abrite le deuxième plus grand centre de stockage de gaz d’Europe centrale, construit en partenariat avec Gazprom Export et en fonctionnement depuis 2007.

Vladimir Poutine et son homologue autrichien Heinz Fischer
Vladimir Poutine et son homologue autrichien Heinz Fischer. Crédits : kremlin.ru

La décision autrichienne est largement soutenue par le président russe, qui avait, pour l’occasion, fait le déplacement à Vienne. « Mettre en œuvre le gazoduc South Stream le plus vite possible contribuera à la sécurité énergétique et à la diversification des approvisionnements. C’est d’une importance particulière dans le contexte des derniers développements de la situation en Ukraine », a souligné M. Poutine face à la Chambre de commerce autrichienne.

Cette visite officielle a également été l’occasion pour le président russe de signer avec son homologue autrichien Heinz Fischer un accord d’entraide entre leurs deux pays en cas de catastrophe naturelle ou technologique et de discuter de la crise ukrainienne, autre sujet phare de la journée.

Au terme de la rencontre, Heinz Fischer a notamment salué l’initiative de Moscou d’annuler l’autorisation d’envoyer les forces armées russes sur le territoire ukrainien, confirmée le 25 juin par le Conseil de la Fédération, tout en appelant Kiev à entreprendre des « efforts sérieux » en vue d’une réforme constitutionnelle et à « tendre la main » aux régions de l’Est du pays afin de trouver une solution à la crise meurtrière.

Vladimir Poutine et son homologue autrichien Heinz Fischer
Vladimir Poutine et son homologue autrichien Heinz Fischer. Crédits : kremlin.ru

Le président russe a estimé nécessaire, pour sa part, de lancer des négociations sur l’avenir de l’Ukraine et les moyens d’assurer le respect des droits et intérêts des habitants du Sud-Est du pays.

Enfin, les deux chefs d’État ont estimé « trop courte » la trêve de sept jours entre troupes régulières et forces d’autodéfense décrétée vendredi 20 juin par le président ukrainien Petro Porochenko, invitant Kiev à prolonger ce délai.

La question de la place des homosexuels dans la société fut le dernier grand thème abordé par les deux hommes, lors de leur conférence de presse finale. Une demande qu’Heinz Fischer avait reçue d’Amnesty International, dont il a été le co-fondateur en Autriche. Si le président autrichien s’est montré peu bavard sur le contenu de leurs échanges, Vladimir Poutine s’est beaucoup plus étendu sur la question.

Pour le chef d’État russe, le problème autour de la situation des homosexuels en Russie est dans une large mesure « virtuel ». « À la différence de nombreux pays dans le monde, l’homosexualité ou tout autre orientation sexuelle non-traditionnelle n’est pas une infraction pénale en Russie », a-t-il répété, ajoutant que la peine de mort était encore en pratique dans de nombreux États dits démocratiques, alors qu’elle n’est plus utilisée en Fédération.

Cette visite en Autriche était le deuxième déplacement du chef de l’État russe en Europe depuis le début de la crise ukrainienne et l’adoption des sanctions occidentales contre Moscou. Le premier déplacement avait eu lieu le 6 juin, en France, en marge des commémorations du 70ème anniversaire du Débarquement allié en Normandie. Vladimir Poutine avait alors rencontré le président français François Hollande, la chancelière allemande Angela Merkel, le président américain Barack Obama et le Premier ministre britannique David Cameron.

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