Attaque de l’ambassade russe à Kiev : l’insulte de trop

Environ 300 manifestants ukrainiens se sont rassemblés devant l’ambassade russe de Kiev, samedi 14 juin, quelques heures après qu’un avion de l’armée ukrainienne a été abattu dans l’Est du pays. La foule, scandant des slogans anti-russes, s’en est pris au bâtiment sous les yeux d’une police immobile. Colère à Moscou, provocations à Kiev : retour sur un week-end particulièrement tendu.

Vitres brisées, voitures retournées, croix gammées peintes sur les portières, murs couverts de liquide vert : le bâtiment de l’ambassade de Russie à Kiev portait dimanche les cicatrices des débordements de la veille.

Samedi, alors que le président ukrainien Petro Porochenko venait de décréter le 15 juin journée de deuil national en hommage aux 49 victimes du crash d’un avion-cargo militaire abattu aux abords de Lougansk, plusieurs centaines de manifestants, convaincus de l’implication de la Russie, se sont donné rendez-vous dans l’après-midi devant l’ambassade russe de Kiev.

« Poutine terroriste », « Russie, rentre chez toi », pouvait-on notamment lire sur les pancartes accrochées à la grille d’entrée de la résidence et brandies dans la foule, où flottaient de nombreux drapeaux ukrainiens mais également des étendards noir et rouge, symbole du mouvement nationaliste.

La situation a presque immédiatement dégénéré. Alors que certains étaient occupés à arracher les pavés du trottoir pour en faire des armes, d’autres saccageaient les véhicules stationnés sur le parking diplomatique, avant de jeter les pièces détachées dans la cour du bâtiment dans un déluge de projectiles – œufs, pierres et liquide antiseptique vert, ainsi qu’un cocktail Molotov plus tard dans la soirée.

Les protestataires sont allés jusqu’à retirer le drapeau russe du portail à l’aide d’une perche transformée en canne à pêche, et ont vandalisé la plaque ornant l’entrée, rebaptisant le bâtiment en « Ambassade de la Pédération de Russie ». Le tout sous les yeux de la police, qui n’est pas intervenue, alors que le ministre ukrainien de l’intérieur Arsen Avakov s’était rendu en personne sur les lieux – ce dont s’est indigné le ministre-conseiller de l’ambassade russe Andreï Vorobev.

« La sécurité de l’ambassade avait été confiée à la Garde nationale, qui est une division du ministère ukrainien de l’intérieur, a expliqué M.Vorobev à Kommersant. Sauf que le ministère en question a fait preuve d’une grande inaction. Sur les centaines de manifestants, seule une poignée a été arrêtée. Quant aux pompiers qui sont venus éteindre les voitures, ce fut en vain, puisque leurs lances à eau étaient trouées. »

Aucune victime russe n’est à déplorer, alors que près de 300 convives célébraient le Jour de la Russie dans un bâtiment annexe, au Centre de Russie pour la science et la culture. Une vidéo montre toutefois un passant pris à partie alors qu’il essayait de calmer les choses (ci-dessous).

Les protestataires n’ont toutefois pas pénétré dans l’enceinte de l’ambassade, a confirmé l’attaché de presse de la représentation, Oleg Grichine : « Les manifestants n’ont même pas enjambé la clôture », a-t-il assuré à Kommersant, précisant que l’événement constituait tout de même une violation incontestable des conditions de la mission russe en Ukraine.

Washington a également condamné l’attaque et appelé Kiev à respecter la Convention de Vienne, qui l’engage à assurer la sécurité des bâtiments diplomatiques. Une position partagée par le ministre français des affaires étrangères, qui « condamne les manifestations », ajoutant « qu’il est important de garantir la protection et l’intégrité des représentations diplomatiques », précise un communiqué publié à l’issue d’une conversation téléphonique entre Laurent Fabius et son homologue russe Sergueï Lavrov le 15 juin.

Moscou a pour sa part vivement protesté dès samedi soir, dénonçant l’inaction de la police ukrainienne face à ces provocations, qui constitue « une violation grossière des engagements internationaux de l’Ukraine », a souligné la diplomatie russe.

Aussi grave que puisse être l’attaque contre l’ambassade russe en Ukraine, c’est un autre chapitre de la journée qui reste en travers de la gorge du chef de la diplomatie russe : le « Poutine tête de bite ! » (ci-dessous) lâché à la foule par le ministre des affaires étrangères ukrainien par intérim Andriï Deshchytsia, sous les acclamations des manifestants qui ont filmé la scène. « Je ne sais pas comment il va pouvoir discuter et travailler avec nous désormais », a réagi le ministre russe des affaires étrangères en conférence de presse, dimanche 15 juin.

Pour le diplomate russe, le récent comportement des dirigeants ukrainiens, qu’il s’agisse du dossier gazier, européen ou de leurs relations avec la Russie, laisse penser soit qu’un troisième État se cache derrière l’Ukraine, soit que Kiev a « pris la grosse tête ».

La deuxième hypothèse semble confirmée par la justification officielle qu’a fournie Andriï Deshchytsia à la Radio Echo de Moscou : le ministre à en effet expliqué qu’en insultant le président Poutine, il avait« empêché la destruction de l’ambassade de Russie à Kiev ». Doit-on s’attendre à une lettre de remerciements officiels du ministère russe des affaires étrangères ?..

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