Ukraine : Poutine appelle au report du référendum, les pro-russes refusent

Après plus d’un mois de silence sur la crise ukrainienne, Vladimir Poutine s’est exprimé mercredi 7 mai et a demandé notamment le report du référendum sur le statut des régions est-ukrainiennes de Donetsk et Lougansk prévu le 11 mai. Accusé de battre en retraite, à quel jeu est en train de jouer Vladimir Poutine ?

Ukraine : Poutine appelle au report du référendum, les pro-russes refusent
Conférence de presse à l’issue de la rencontre entre Vladimir Poutine et Didier Burkhalter, mercredi 7 mai. Crédits : kremlin.ru

« Nous appelons les représentants du Sud-Est de l’Ukraine, les partisans de la fédéralisation du pays à repousser le référendum programmé pour le 11 mai en vue de créer des conditions requises pour ce dialogue », c’est par ces mots que Vladimir Poutine s’est adressé au peuple du Donbass, mercredi, au terme d’une rencontre avec le président en exercice de l’OSCE, le Suisse Didier Burkhalter.

Et ce n’est pas tout. Le chef d’Etat russe a également admis que l’élection présidentielle ukrainienne anticipée du 25 mai prochain pouvait aller « dans le bon sens » et a même annoncé le retrait des troupes russes à la frontière russo-ukrainienne. « On nous dit que nos troupes à la frontière ukrainienne inquiètent : nous les avons retirées, elles sont là où elles mènent leurs exercices habituels », a souligné M. Poutine.

Pour de nombreux opposants au président, ces déclarations sont considérées comme un abandon de la région du Sud-Est ukrainien, pire encore comme une faiblesse de Vladimir Poutine et de tout le régime russe par peur des sanctions. D’autant que les protestataires pro-russes de la région de Donetsk, qui se sont réunis jeudi 8 mai pour examiner l’appel de Vladimir Poutine, ont finalement rejeté le report du référendum d’autodétermination qu’ils organiseront bien dimanche 11 mai.

Pourtant, rien n’indique dans ces déclarations un refus d’aider les « séparatistes » locaux pro-russes, souligne le journaliste de la revue économique russe Ekspert Guevorg Mirzayan. Vladimir Poutine a effectivement proposé le report du référendum en échange de la fin de l’opération antiterroriste lancée par les autorités de Kiev dans le Sud-Est. Un ultimatum qui met en mauvaise posture Kiev qui, le 6 mai dernier, s’est opposée à l’ouverture d’un dialogue avec les forces pro-russes et a refusé la tenue d’un référendum sur la décentralisation du pouvoir en Ukraine, principale réclamation des protestataires du Sud-Est.

La balle est désormais dans le camp ukrainien qui doit soit revenir sur ses paroles, soit assumer la pleine responsabilité du sabotage de la proposition de paix de Vladimir Poutine. Proposition qui a d’ailleurs reçu le soutien de hauts représentants internationaux comme le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon.

Les partisans d’une fédéralisation de l’Ukraine ne sont, en revanche, pas obligés d’écouter le président russe puisque « la République de Donetsk » n’est pas un sujet de la Fédération de Russie. Il est par ailleurs très difficile d’accuser le président russe d’avoir influencé leur décision de ne pas reporter le référendum.

Enfin, le président russe n’a avancé aucune sanction ni menace de ne pas reconnaître les résultats du référendum si celui-ci était organisé.

De son côté, le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk a immédiatement réagi aux propos de Vladimir Poutine en l’accusant de « vendre du vent ». « Aucun référendum n’a été prévu en Ukraine le 11 mai. Si les terroristes et les séparatistes soutenus par la Russie ont reçu l’ordre de reporter ce qui n’a pas été prévu, ce sont leurs règlements de comptes internes », a-t-il martelé, mercredi.

Rappelons que les autorités ukrainiennes se trouvent depuis vendredi 2 mai, engagées dans une vaste opération militaire dans la zone de Slaviansk, bastion des insurgés pro-russes, dont elles tentent de reprendre le contrôle et qui s’est déjà soldée par des dizaines de morts.

Depuis mars, les grandes villes de l’Est et du Sud de l’Ukraine, dont Donetsk, Kharkiv et Lougansk, connaissent une mobilisation sans précédent des partisans de la fédéralisation du pays qui contestent les nouvelles autorités pro-occidentales de Kiev et réclament des référendums sur le statut politique de leurs régions. Début avril, les protestataires ont fixé au 11 mai un référendum sur le statut politique des régions du Donbass.

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