Igor Strelkov, l’homme à la tête des milices pro-russes du Donbass

Igor Strelkov commande les forces pro-russes de Slaviansk et Donetsk. Les services de sécurité ukrainiens (SBU) affirment que son vrai nom est Igor Guirkine, qu’il réside à Moscou et est colonel de la Direction générale des renseignements de l’état-major russe. On trouve beaucoup de photographies, sur Internet, où l’homme participe à des reconstructions historiques de batailles de la guerre civile russe, arborant l’uniforme des officiers blancs. Le quotidien russe Komsomolskaïa Pravda a interviewé le commandant à Slaviansk.

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Igor Strelkov – Crédits : topwar.ru

– Mais d’où il sort, en fait, votre détachement ?
– Le détachement avec lequel je suis venu à Slaviansk s’est formé sur le territoire de la Crimée. Je ne vais pas le cacher. Ce sont tous des volontaires, et deux tiers sont des citoyens ukrainiens. Pas tous de Crimée, d’ailleurs, il y a aussi des réfugiés d’autres régions de l’Ukraine – de Vinnytsia, de Jytomyr, de Kiev. Bien sûr, beaucoup du Donbass et des gens de la région de Lougansk. C’est justement sur leur proposition, d’ailleurs, que le détachement a pris la décision de venir précisément à Slaviansk.

– À voir vos hommes, il est évident que ce n’est pas la première fois qu’ils tiennent une arme dans les mains…
– Une grande partie du détachement a effectivement une expérience du combat. Beaucoup, qui sont aujourd’hui citoyens d’Ukraine, se sont battus dans les rangs de l’armée russe – en Tchétchénie, en Asie centrale. Il y en a qui ont combattu en Irak et en Yougoslavie dans les forces armées ukrainiennes. Certains ont même été en Syrie.

– D’où vous viennent vos armes ?
– Dès le premier jour, nous avons saisi les  réserves du bâtiment de la sécurité (SBU) de Slaviansk, où nous avons trouvé une quantité assez importante d’armes à feu. Nous avons aussi désarmé plusieurs sections de la 25ème brigade aéromobile. Le département des douanes régional, aussi. En tout, nous avons saisi 150 armes automatiques, plusieurs lance-grenades. Plus six engins blindés des parachutistes. Un canon automoteur Nona…

– Mais en même temps, on a l’impression que vous évitez les confrontations ouvertes avec les unités de l’armée.
– Nous comprenons qui nous avons en face : la 25ème brigade aéromobile de Dnepropetrovsk, les parachutistes. Et la 95ème brigade des parachutistes de Jytomyr. Les premiers sont complétés par des habitants du Sud-Est de l’Ukraine. L’unité de Jytomyr, c’est à peu près pareil en termes de composition. Ce sont tous des soldats qui ont été envoyés ici contre leur gré, il n’y a pas de volontaires parmi eux. Si nous nous mettons à les tuer – et nous en avons la possibilité –, ce sont nos frères que nous allons assassiner. L’adversaire se sert de ça. Ils envoient des appelés dans la zone contrôlée par la milice populaire. La milice populaire ne se bat pas avec eux. Après ça, le commandement ukrainien installe un barrage routier, l’encercle de machines de combat puis y introduit des combattants du Secteur droit, de la Garde nationale, des forces spéciales de la Sécurité… Et eux, sous la protection des parachutistes, exécutent les ordres. Faire feu sur les mercenaires et les extrémistes, habillés en tenue de camouflage ; et nous, nous ne pouvons réagir qu’en anéantissant en même temps des appelés de l’armée ukrainienne. Pour le moment, nous ne pouvons pas nous y résoudre, et puis nous ne voulons pas tirer sur nos frères. Mais si ces méthodes perdurent, nous aussi, nous agirons autrement.

– Vendredi, vous avez arrêté des observateurs militaires
– Je vous ai montré leurs papiers. Cette mission, selon les indications d’un des militaires ukrainiens, était censée inspecter la frontière pour effectuer une reconnaissance des lieux de stationnement des troupes russes. Ce qu’ils faisaient ici, pour vous le dire franchement, je ne peux pas me l’imaginer. Peut-être que, sous couvert du statut diplomatique, ils essayaient de repérer les positions des milices populaires, dans l’espoir que, en tant qu’étrangers, ils ne seraient pas arrêtés. Manifestement, c’est encore une invention stratégique renversante du commandement ukrainien : ils ne connaissent même pas la répartition des postes de la milice populaire. Quand l’autobus avec les observateurs, accompagné par la police, est arrivé au barrage de Kramatorsk, les soldats ukrainiens ont commencé, en panique, de cacher leurs papiers militaires. Ce qui signifie qu’ils ne s’attendaient pas à tomber sur la milice populaire armée à cet endroit.

– Comment ont réagi les étrangers ?
– Très calmement. Ce sont des officiers supérieurs de reconnaissance, professionnels, entraînés, ils n’ont pas paniqué le moins du monde.

– Est-ce qu’ils avaient un quelconque équipement spécial ?
– Oui, mais pour l’instant, je préférerais ne pas dire lequel. Je ne conduirai les négociations sur leur libération qu’avec des représentants de la Fédération de Russie.

– Quel est l’objectif final de votre milice populaire ?
– Il y a des cibles tactiques, il y en a des stratégiques. Les milices populaires formées de la population locale veulent évidemment que la république de Donetsk ne dépende plus de la volonté de la junte de Kiev [nom donné à la nouvelle classe politique ukrainienne] ni de celle qui viendra la remplacer. 80 % de la population souhaitent le rattachement à la Russie. La motivation de ceux qui sont venus avec moi et qui se joignent à nous est plus large. Ils disent : « Nous ne voulons pas nous arrêter à ce qui a été obtenu, nous voulons aller plus loin et libérer l’Ukraine des fascistes. »

– Qu’attendez-vous de la Russie ?
– Je suis réaliste. La Russie, pour l’instant, ne nous a pas fourni le moindre fusil, la moindre balle. Tout nous a été offert par les militaires ukrainiens et la police. Ce pour quoi nous leur sommes profondément reconnaissants, et  nous espérons qu’ils continueront de nous ravitailler dans l’avenir. Mais personne ne va commencer une Troisième Guerre mondiale à cause de Slaviansk. En même temps, personne ne va commencer la guerre pour l’Ukraine non plus, vu que c’est un État manqué, qui s’occupe de laver le cerveau de ses propres citoyens. Les médias ukrainiens utilisent le fait que le champ de l’information a été entièrement capturé par eux, les chaînes russes sont débranchées. Et cette propagande massive, malheureusement, agit sur une part significative de la population. Et les gens, dans les régions centrales et occidentales de l’Ukraine, considèrent sérieusement que ceux qui sont actifs ici, ce sont des bandes de mercenaires, prêts, pour 1000 hryvnias (environ 60 euros) la journée, à assassiner ou à menacer des femmes et des enfants. Ce n’est pas comme ça. Le peuple de Donetsk s’est levé contre la junte et va la combattre, nous bénéficions du soutien total de la population.

4 commentaires

  1. Merci à Igor d’aider à ce que la Russie, dernier bastion de la moralité eu Europe ne soit détruit par les USA et ses complices

  2. C’est la position meme de Moscou que je ne comprends pas. En face des nationalistes pro-russes se trouvent l’armée ukrainienne ouvertement soutenue par Washington et Bruxelle. Au temps de la révolution de Maidan à Kiev on a meme vu des ministres européens parmi les manifestants.
    Au nom de quoi les occidentaux ont ils le droit de soutenir un camp?

  3. Quand je vois Igor Strelkov, je me demande comment peut encore exister un homme comme lui. Un vrai et noble guerrier chrétien. Que Dieu le protège, que Dieu sauve le Donbass.

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