Le président « roi du chocolat » en Ukraine : qui est Petro Porochenko ?

Après dépouillement de 45,28% des bulletins de vote, le milliardaire Petro Porochenko est en tête de l’élection présidentielle ukrainienne anticipée avec 54,05% des voix, indique le 26 mai la Commission électorale centrale. Retour sur les cinq facettes de l’homme qui a conquis le pouvoir. 

Petro Porochenko lors de sa victoire le 25 mai. @lecourrierderussie
Petro Porochenko lors de sa victoire le 25 mai. @lecourrierderussie

Businessman

Son premier million de roubles, Petro Porochenko l’a gagné dès ses années étudiantes. Tout en suivant son cursus à la faculté de relations internationales de l’Institut de Kiev, il aidait des entreprises à conclure des contrats à l’étranger. Pour l’entremise, comme le rapporte l’édition ukrainienne de Forbes, le futur oligarque prenait de 0,5 à 1,5 % de la transaction. À la fin de sa cinquième année – en 1989 -, l’entrepreneur a passé ses examens, acheté une Volga et plongé dans le business la tête la première.

Porochenko a commencé par livrer des fèves de cacao aux confiseurs soviétiques, puis il a spéculé sur les épices – en 1991, déjà millionnaire, il achetait 4 % de la récolte mondiale de poivre noir pour, profitant de la hausse des prix, le revendre sur les marchés occidentaux. C’est à la même époque qu’il s’est mis à vendre aussi des voitures.

En 1993, avec des amis d’université et des camarades d’armée, il a créé la compagnie Ukrprominvest, autour de laquelle s’est bâti un empire regroupant des dizaines d’entreprises dans cinq pays.

La marque la plus célèbre de Porochenko, Roshen, est le plus gros producteur de confiseries d’Ukraine et un des plus gros du monde. La marque fabrique diverses sucreries, notamment le « gâteau de Kiev », célèbre déjà à l’époque soviétique. C’est la production de confiseries qui a valu à l’oligarque son surnom de « roi du chocolat ».

Près de la moitié des exportations de Roshen étaient jusque récemment encore destinées à la Russie mais, en juillet 2013, l’agence fédérale sanitaire Rospotrebnadzor a interdit l’entrée des productions du consortium sur le territoire russe. En mars 2014, Roshen a de nouveau rencontré des problèmes en Russie – un tribunal de Moscou a ouvert une enquête pénale contre des entreprises de la corporation et imposé une saisie de 2,8 milliards de roubles sur ses comptes. Dès le mois d’avril, toutefois, le consortium reprenait son travail en Russie.

Dans sa déclaration de revenus pour l’année passée, Porochenko a indiqué avoir gagné environ 5 millions de dollars. Presque toute cette somme provient de la vente de titres et de droits corporatifs, ainsi que d’intérêts. Les comptes bancaires de Porochenko renferment près de 10 millions de dollars.

Politicien

Si Porochenko fait de la politique depuis longtemps, il a connu jusqu’à présent une malchance chronique.

Porochenko est devenu député dès 1998, à 34 ans. L’homme d’affaires qu’il était déjà alors est entré à la Rada suprême comme candidat sans parti de la région de Vinnytsia, pour rejoindre, une fois au Parlement, l’union des sociaux-démocrates, proches du président Leonid Koutchma.

En 2000, deux ans avant les élections parlementaires à venir, Porochenko a crée la fraction Solidarnost, puis enregistré le parti du même nom. Ce dernier est entré dans le nouveau Parti des régions [parti de Ianoukovitch anciennement au pouvoir, ndlr], dont Porochenko voulait prendre la tête. Mais il a été écarté par Nikolaï Azarov [proche de Ianoukovitch et ancien Premier ministre, ndlr].

Solidarnost est alors passé dans le bloc d’opposition de Viktor Iouchtchenko Nacha Ukraina, où Porochenko a dirigé l’état-major de campagne du futur président. Lors des élections de 2002, Nacha Ukraina est arrivé en tête, avec 23,57 % des voix, et a obtenu 70 places à la Rada, sur les 450 disponibles. Petro Porochenko a hérité de l’influent comité du budget auprès du Parlement.

Aux élections présidentielles de 2004, Porochenko était le deuxième homme de l’état- major de Iouchtchenko. Après la « révolution orange », il était destiné à devenir Premier ministre, mais a finalement été nommé secrétaire du Conseil de sécurité – Ioulia Timochenko prenant la tête du gouvernement.

En 2005, un haut fonctionnaire proche de Timochenko a accusé Porochenko de corruption. Irrité par le scandale public, Iouchtchenko a renvoyé et l’accusateur et l’accusé.

Ces dernières années, Petro Porochenko a présidé le conseil de la Banque nationale ukrainienne et été deux fois ministre. En 2009, il a dirigé près de dix mois durant le ministère de l’intérieur dans le gouvernement de Ioulia Timochtchenko et, en 2012, il a été ministre de l’énergie et du commerce dans le gouvernement de Nikolaï Azarov. Il a quitté ce fauteuil au bout de six mois du fait d’une quatrième élection comme député à la Rada suprême.

À la fin de l’année dernière, Petro Porochenko a soutenu le mouvement EuroMaïdan, mais s’est prononcé contre la violence. Le 1er décembre, il a tenté d’empêcher une bagarre entre des radicaux à coups de chaînes métalliques face au bâtiment de l’administration présidentielle à Kiev, et a failli être frappé lui-même. Après la fuite de Ianoukovitch, Porochenko n’est pas entré au gouvernement, préférant consacrer tous ses efforts à remporter les présidentielles du 25 mai.

Le secret du succès de Porochenko dans les sondages est simple : il a la réputation d’être un politicien pro-ukrainien modéré, absolument pas radical. En outre, Porochenko n’a jamais été véritablement au pouvoir et n’est pas associé avec des responsables ayant eu le temps d’être un peu « aux commandes » du pays. Plus : il est milliardaire. Comme on dit dans ces cas-là en Ukraine : il a de l’argent, donc il ne volera pas.

Petro Prochenko n’a pas d’équipe, mais il sait négocier. Ainsi a-t-il su s’assurer du soutien d’un des leaders de l’EuroMaïdan, Vitaly Klitchko, en promettant à ce dernier son concours lors des élections à la mairie de Kiev.

Petro Porochenko et Vitaly Klitchko lors de leur victoire le 25 mai. @lecourrierderussie
Petro Porochenko et Vitaly Klitchko lors de leur victoire le 25 mai. @lecourrierderussie

Media-magnat

Le canal d’information 5ème chaîne a été créé par Petro Porochenko en 2003, à la veille de la « révolution orange », et en est devenu le principal porte-voix. C’est à la même période qu’a filtré l’enregistrement d’une conversation téléphonique, où Porochenko réprimandait très grossièrement un top-manager de la chaîne de télévision pour politique informative incorrecte. Par la suite, le politicien a en partie admis l’authenticité de l’enregistrement. Mais l’incident avait suffi pour le comprendre : les médias, pour Porochenko, ce n’est pas du business, mais un instrument d’influence.

Le mouvement EuroMaïdan a aussi été couvert largement par la 5ème chaîne. En avril, la chaîne arrivait à la 9ème place du classement des chaînes télévisées ukrainiennes, avec une part d’auditoire de 2,69 %, et de 0,48 % de popularité, d’après les sondages.

Petro Porochenko possédait aussi des parts dans la société KP Media (revue Korrespondent, sites korrespondent.net, bigmir.net) et dans les stations de radio Retro FM, Nache radio et Next. Cependant, en 2013, Porochenko a vendu ses actifs à son partenaire de longue date Boris Lojkine.

Père de famille

Plusieurs revues glamour ont publié en avril des articles élogieux sur la famille du principal candidat, d’autant qu’il y a matière à écrire : Porochenko et sa femme Maria ont quatre enfants. En outre, il n’a jamais divorcé, à la différence de beaucoup d’autres candidats, et n’a jamais été mêlé à un scandale relevant de sa vie privée. Leur fils aîné, Alekseï, a terminé la prestigieuse London School of Economics et, dans son pays, la même grande école que son père : l’Institut des relations internationales de Kiev. À l’automne de l’année passée, Alekseï Porochenko a épousé Ioulia Alikhanova, manager chez McKinsey et originaire de Kiev. Il a travaillé un certain temps dans la corporation de son père, puis fait carrière dans le service diplomatique. Mais là aussi, les liens de son père pouvaient parfaitement s’avérer utiles – Porochenko a été un temps ministre des Affaires étrangères. Récemment, Alekseï Porochenko est devenu député du conseil régional de Vinnytsia. Leurs plus jeunes enfants sont Evguenia et Aleksandra (14 ans toutes les deux) et Mikhaïl (13 ans).

Croyant

Petro Porochenko a toujours proclamé ouvertement sa piété, soutenant l’Église orthodoxe ukrainienne du Patriarcat moscovite. Certes, à la différence des représentants du Parti des régions, sa sympathie pour la plus importante confession du pays n’a aucun lien, ici, avec le terme « moscovite ». Depuis l’époque de Leonid Koutchma, une partie des responsables politiques ukrainiens soutiennent l’Église orthodoxe ukrainienne parce qu’ils la considèrent comme « canonique », c’est-à-dire comme la seule Église orthodoxe légitime. Porochenko se promène constamment avec un chapelet dans les mains et fréquente le monastère de saint-Jonas de la sainte Trinité de Kiev, célèbre pour son activité de missionnariat auprès des jeunes. Lors d’une fête, Porochenko a été sacristain dans le monastère, et ses photographies en sticharion d’église ont parcouru tout l’Internet. Pour Pâques 2014, Porochenko a visité non seulement le monastère saint Jonas, mais aussi les églises de l’Église orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Kiev et de l’Église catholique grecque d’Ukraine. Un politicien prétendant au rôle de leader de l’Ukraine doit observer aussi la diplomatie ecclésiastique dans un pays dont l’écrasante majorité des habitants se déclarent croyants.

4 commentaires

  1. On aimerait maintenant avoir des explications, ou du moins quelques excuses. Après avoir agité la menace fasciste dans le but – à peine voilé – de déstabiliser l’Ukraine et de la diviser, on s’aperçoit que ces fascistes ne font pas plus de 3%… On apprend aussi que lors de ces élections le pays à voté, à l’ouest autant qu’à l’est, pour ce candidat. L’Ukraine n’a jamais élu un président d’une façon aussi claire et nette. Pourtant le Kremlin se tait ? C’est un revers difficile pour Poutine et la Douma qui avaient décidé que l’Ukraine n’existait plus et qu’on pouvait dès lors décider soi-même de la validité des lois et de sa politique à sa place. On découvre avec étonnement que les médias russes – si prompt à dénoncer la vilaine propagande occidentale – sont bien timides sur l’analyse des résultats de cette élection. Pourquoi? Aurait-on délibérément menti au peuple pour agiter le Donbass et la Crimée ?

    1. Euh, « aussi claire et nette » … Avec juste 40 % de votants … Ca ne fait pas une grande majorité, ça. Je parie que Poroshenko ne finira pas son mandat.

  2. je souhaite que l’Ukraine trouve la un président honnête qui lutera contre la corruption et qui réussira a réunifier ce beau pays ou les russophones et les ukrainiens de souche pourront vivres ensemble .

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