Le milliardaire ukrainien Akhmetov a choisi son camp

Resté longtemps neutre dans le conflit de l’Est ukrainien, l’homme d’affaires et milliardaire de Donetsk Rinat Akhmetov a finalement choisi son camp : il dénonce les partisans de la fédéralisation et affiche son soutien aux autorités de Kiev. Un pari risqué pour « l’homme le plus riche d’Ukraine » : il pourrait y laisser sa fortune. Explications.

Crédits: obozrevatel.com
Rinat Akhmetov – Crédits: obozrevatel.com

Dans une vidéo publiée lundi 20 mai par la chaîne du Donbass, l’homme qui emploie plus de 3000 personnes dans la région de Donetsk a condamné publiquement -pour la première fois- ceux qui se proclament « les défenseurs du Donbass » contre « la junte de Kiev ». Akhmetov conteste ainsi l’autorité des dirigeants de la république autoproclamée de Donetsk, qu’il accuse de mener « un génocide contre le Donbass ».

« Qu’ont-ils fait pour notre région ? Quels nouveaux emplois ont-ils créé ? Se balader avec des armes dans les rues – c’est ça, défendre les droits des habitants de Donetsk face au pouvoir central ? Piller la ville et capturer des civils pacifiques – c’est ça, lutter pour le bonheur de notre région ? Non ! », a déclaré M. Akhmetov dans son adresse vidéo.

L’homme que l’on surnomme le « maître du Donbass », grand soutien du président déchu Viktor Ianoukovitch, ne s’est pas contenté de critiquer le nouveau pouvoir de Donetsk : il a également promis de réagir et de monopoliser toutes ses ressources (sa fortune est estimée par la revue Forbes à 12,2 milliards de dollars) pour défendre la région contre les insurgés. « Je ne vais pas laisser le sang couler » a ainsi promis Rinat Akhmetov, annonçant le lancement de la campagne « Pour la paix du Donbass, sans terrorisme, ni arme, ni effusion de sang ».

Mardi 20 mai, au stade « Donbass Arena » de Donetsk, qui lui appartient, Rinat Akhmetov a mené sa première action lors du match de l’équipe de football ukrainienne « Сhakhtar », championne de Première ligue : à midi, les sirènes du stade ont été déclenchées et ont résonné dans tout le parc industriel du Donbass, qui lui appartient également, en guise de protestation contre les agissements des insurgés séparatistes.

Les représentants de la république de Donetsk autoproclamée, pris au dépourvu, ont réagi avec virulence : « Il n’y aura plus aucune négociation avec M. Akhmetov. S’il lance de quelconques provocations, notre république a plusieurs options pour réagir », a notamment déclaré l’adjoint du gouverneur de la république, Denis Pouchiline, au site d’information ukrainien Vesti.

Parmi ces « options », Pouchiline a déjà annoncé, dans une interview à la télévision locale, le début de la nationalisation des entreprises du Donbass. Il estime la mesure logique et nécessaire, car « les oligarques du Donbass ont refusé de payer leurs impôts à la république autoproclamée de Donetsk et continuent de soutenir les autorités de Kiev » a-t-il expliqué.

Politiciens et experts tentent de comprendre le choix et les motivations d’un homme qui, jusqu’à la proclamation d’indépendance de Donetsk, finançait secrètement la milice populaire, aux dires mêmes des représentants de celle-ci, y compris le nouveau « gouverneur populaire », Pavel Goubarev.

Si cette « nationalisation » des entreprises du Donbass est effectivement mise en œuvre, « Akhmetov perdrait non seulement de l’influence, mais aussi les 22 milliards de hryvnias [2 milliards de dollars] de subventions qu’il reçoit chaque année du gouvernement ukrainien » a expliqué au quotidien russe Kommersant l’expert ukrainien Konstantin Matvienko. Pour ce dernier, c’est précisément la menace de nationalisation qui pèse sur ses affaires qui a poussé Akhmetov à prendre ses distances vis-à-vis des insurgés.

La question est à présent de savoir si Rinat Akhmetov est encore en mesure de contrer l’initiative de nationalisation de ses entreprises par les autorités de la république autoproclamée de Donetsk, et de se positionner en leader pour empêcher la partition de l’Ukraine. Dans le cas contraire, et si l’indépendance de la région allait plus loin, il y perdrait bel et bien sa fortune.

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