Marioupol : des dizaines de morts et de blessés

« Cessez de tirer ! Mais pourquoi vous nous faites ça ?, s’écrie une voix féminine derrière des rafales de coups de feu, sur une vidéo enregistrée vendredi dernier à Marioupol, au Sud de l’Ukraine. Nous l’avons, notre Katyn de Marioupol. On va voir combien tout ça va faire de victimes », poursuit la femme. On voit, sur la vidéo, un bâtiment qui prend feu. Il s’agit du commissariat de police de la ville : le 9 mai, Jour de la Victoire, les forces ukrainiennes ont mené un assaut contre le bâtiment occupé, faisant des dizaines de morts et de blessés.

Qui se trouvait dans le bâtiment ? Selon le ministre ukrainien de l’Intérieur par intérim Arsen Avakov, il s’agissait de « soixante terroristes armés de fusils automatiques » qui avaient tenté de s’emparer du commissariat plus tôt dans la journée. C’est pour combattre ces hommes que l’armée ukrainienne et la garde nationale auraient ainsi dû se rendre sur place et procéder à l’assaut du bâtiment. Toujours selon Arsen Avakov, le bilan de l’opération serait de 20 « terroristes » tués et quatre interpellés, tandis que les autres auraient « abandonné leurs armes et fui vers les quartiers résidentiels ». Les pertes de l’armée ukrainienne s’élèveraient à un mort et cinq blessés.

Selon une autre version des faits, relayée notamment par les correspondants du quotidien ukrainien Vesti.ua, présents sur place, l’armée ukrainienne aurait mené une attaque contre les policiers de Marioupol qui refusaient d’obéir à leur chef, Valeri Androchtchouk. Ce dernier aurait en effet ordonné de disperser les habitants rassemblés dans une manifestation spontanée à l’occasion du Jour de la Victoire. Selon le chef de la police, des « provocateurs prorusses » se trouvaient parmi les manifestants. Les policiers auraient refusé de s’exécuter, et annoncé à leur chef qu’ils passaient « du côté du peuple ». « À ce moment-là, Androchtchouk a sorti son arme et tiré sur un des agents, le blessant sérieusement. Et les policiers se sont insurgés », écrit le correspondant de Vesti.ua Alexandre Sibirtsev, citant des témoins oculaires de la scène.

Androchtchouk se serait ensuite barricadé dans son bureau pour appeler au secours les soldats de la garde nationale, qui sont arrivés rapidement et ont lancé l’assaut. Lors de l’attaque, un journaliste de la chaîne Russia Today a été grièvement blessé – il se trouve toujours à l’hôpital.

Beaucoup de civils se trouvaient alors dans la rue : en voyant les blindés, les habitants se sont jetés dessus en tenant de les arrêter.

Les habitants ont également engagé des conversations avec les militaires ukrainiens se trouvant à bord des tanks, tentant de les persuader de quitter leur ville. Sur la vidéo ci-dessous, on les entend dire aux soldats : « Mais vous faites quoi, ici ? Nous, on n’est pas venu chez vous – c’est vous qui venez sur cette terre. Soyez raisonnable ! Partez ! C’est quoi, ces tirs dans la ville ? On n’a pas d’armes, nous ! Mais nous comptons bien décider nous-mêmes de comment nous allons vivre. »

Les soldats de la garde nationale ont également ouvert le feu sur des civils : en témoigne un certain nombre de vidéos, dont celle-ci.

Le chef de la police de Marioupol, Androchtchouk, a tenté de fuir. Mais il aurait été rattrapé par des habitants de la ville, et sérieusement tabassé. Le ministre de l’Intérieur par intérim Arsen Avakov a déclaré le 12 mai que M. Androchtchouk avait été retrouvé, vivant, et en bonne santé.

L’opération des forces ukrainiennes sur Marioupol, le 9 mai, aurait fait sept morts et 39 blessés, selon le département de la santé de l’administration de Donetsk. Selon d’autres sources, le bilan des morts est plus lourd, il pourrait aller jusqu’à 40 personnes.

Le 12 mai, le Premier secrétaire du parti communiste ukrainien Piotr Simonenko a confirmé la version relatée par Vesti.ua. Il a notamment déclaré : « À Marioupol, ce sont des civils qui ont été fusillés. Des massacres ont eu lieu, et on nous cache le nombre exact de victimes. (…) On  a tiré sur des manifestants pacifiques du 9 mai, et c’est le pouvoir en place qui en a donné l’ordre. Vos mains sont désormais couvertes de sang. Vous qualifiez de « terroristes » les sept millions d’habitants des régions de Donetsk et de Lougansk, mais c’est à cause de votre politique que ces sept millions de citoyens ne voient plus leur avenir au sein de l’Ukraine ».

Les événements de Marioupol ont fait réagir également Jen Psaki, représentante du département d’État américain. Pour Mme Psaki, cela ne fait aucun doute : ce sont « les activistes pro-russes » qui ont provoqué ce « sursaut de violence à Marioupol, causant de nombreuses victimes. Nous continuons d’appeler les groupes qui mettent en danger l’ordre public en prenant les armes et en occupant les bâtiments publics, violant ainsi la loi ukrainienne, à déposer leurs armes et à libérer les bâtiments », a déclaré la représentante américaine.

1 commentaire

  1. Il est remarquable de comparer le comportement des militaires (dans le BMD, deuxième vidéo), qui gardent leur calme malgré les invectives face à des civils non-armées, et celui des Sonderkommandos de la garde nationale (piétaille dans la dernière vidéo) qui appuient sur la gâchette et tirent « na porajenie » (pour tuer) à la moindre opportunité.
    Les Tribunaux militaires auront du travail, après la défaite de la clique de Kiev (en espérant que les responsables ne parviennent pas à fuir chez leurs protecteurs outre-Atlantique). Mais le pièces à conviction ne manqueront pas: ce qui est remarquable dans ce conflit, c’est aussi que grâce à la popularisation des portables et Smartphones avec vidéo, tout est filmé, sous plusieurs angles, et publié (parfois en direct grâce au streaming sur internet), par les multiples « reporters populaires ». Il sera aussi intéressant de voir quelle procédure sera appliquée: celle relative à la paix ou à la guerre. Dans le dernier cas, la peine de mort est applicable.

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