Le gaz, mais pas que : la Russie décroche plus de 40 contrats en Chine

La visite officielle du président Vladimir Poutine en Chine s’est achevée, mercredi 21 mai, sur une note plus que positive : en deux jours, une quarantaine de contrats ont été signés entre des sociétés russes et chinoises, dont l’accord gazier russo-chinois tant attendu. Le Courrier de Russie a sélectionné les accords les plus marquants de cette rencontre.

Le gaz, mais pas que : la Russie décroche plus de 40 contrats en Chine
Le président russe Vladimir Poutine et son homologue chinois Xi Jinping. Crédits : kremlin.ru

Gazprom : signera-signera pas ? – telle était la question qui taraudait les esprits de tous les journalistes russes à la veille de la visite de Vladimir Poutine, tant les négociations autour de ce fameux contrat gazier avaient semblé interminables. Depuis mars 2006 et la signature par Vladimir Poutine à Pékin d’un mémorandum sur la conclusion avec la Chine d’un accord pour des livraisons de gaz russe, partenaires russes et chinois n’étaient pas parvenus à s’entendre sur un prix de vente. « Nos amis chinois sont durs en affaires », a d’ailleurs reconnu Vladimir Poutine, au terme de cette visite.

Pour ce dernier, aucun doute que le jeu en valait la chandelle. « Il s’agit de la plus importante transaction de toute l’histoire de la Russie et de l’Union soviétique », a-t-il déclaré, gardant néanmoins le silence sur le prix de vente finalement fixé, qui, pour reprendre ses mots, « correspond au marché ».

Peu d’informations ont filtré, depuis, par la voie officielle. Ce qui est certain pour le moment, c’est que le russe Gazprom et la China National Petroleum Corporation (CNPC) ont signé un contrat de livraison de gaz naturel à la Chine, sur 30 ans, pour 400 milliards de dollars. Se gardant bien de dévoiler un quelconque chiffre relatif au prix de vente, le PDG de Gazprom Alexeï Miller a tout de même précisé, sur le site internet de sa compagnie, que le volume d’exportation prévu était de plus de 1 000 milliards de mètres cubes de gaz au total. Opérationnel à partir de 2018, le contrat porte sur 38 milliards de mètres cubes livrés chaque année par les Russes aux Chinois, avec possibilité de monter jusqu’à 60 milliards de m3 si le besoin s’en faisait sentir pour la Chine.

Évalué initialement à 350 dollars les 1000 mètres cubes, soit un montant inférieur à celui pratiqué pour les Européens – 370 dollars –, le prix de vente du gaz russe à la Chine pourrait avoir été revu à la hausse, a laissé entendre le directeur général des exportations de Gazprom, Alexandre Medvedev, vendredi 23 mai, lors du Forum économique de Saint-Pétersbourg. À la question de savoir si le prix finalement établi dépassait les 350 dollars, l’homme a ainsi répondu, avec un naturel déconcertant : « Largement, oui ! ».

Le gaz sera livré par l’itinéraire oriental et le gazoduc Sila Sibiri (« Force de la Sibérie »), qui sera construit à partir de la zone d’extraction gazière de Chayanda, en Yakoutie, pour un coût de 55 milliards de dollars. D’une longueur de 4000 kilomètres, le pipeline aura une capacité de transport de 61 milliards de mètres cubes par an.

Pékin investira près de 22 milliards de dollars dans le cadre de ce contrat, alors que les investissements russes dans le projet devront pour leur part atteindre 55 milliards de dollars. La Chine versera également 25 milliards de dollars d’avance sur les livraisons, comme l’a proposé Pékin le 23 mai.

Le gaz, mais pas que : la Russie décroche plus de 40 contrats en Chine
Vladimir Poutine applaudit la signature du contrat, à Shanghai, entre le PDG russe de Gazprom Alexeï Miller et la tête chinoise du CNPC Zhou Jiping. Crédits : kremlin.ru

Premier pays consommateur d’énergie au monde, la Chine ne s’est pas arrêtée au rayon gaz. Dans le secteur pétrolier, le géant russe Rosneft est en effet parvenu à un accord avec Pékin sur la mise en exploitation de la raffinerie de Tianjin : la compagnie russe en deviendra l’unique fournisseur.

Autre accord majeur dans le domaine de l’énergie, la holding pétrochimique russe Sibur et le groupe pétrochimique chinois Sinopec ont signé un contrat pour la création d’une coentreprise de production de butadiène-acrylonitrile (NBR), d’un rendement annuel de 50 mille tonnes. 74,9 % des parts de la joint-venture seront détenues par le groupe chinois et 25,1 % par le russe. La production, basée à Shanghai, s’appuiera sur des technologies russes.

Dans le secteur financier, la banque de développement russe Vnechekonombank et la China Exim Bank se sont mises d’accord sur le financement d’un projet de modernisation des mines de charbon de Elguinskoe en Yakoutie – plus important gisement de coke de Russie – pour un montant de 500 millions de dollars.

Le géant du ciment russe, Eurocement, leader en Russie avec 21,649 millions de tonnes produites en 2013 (loin devant le deuxième acteur, Novoroscement – 5,772 millions de tonnes), a signé toute une série de contrats avec des entreprises des groupes chinois Sinoma, CNBM et Sinomach, pour un montant global d’environ 500 millions de dollars. Est prévue, par ailleurs, la construction de plusieurs cimenteries « à voie sèche » dans les régions de Saint-Pétersbourg, Riazan, Briansk, Arkhangelsk, Oulianovsk et Samara, pour une production estimée à 17 millions de tonnes de ciment par an.

La région de Toula décroche quant à elle la construction d’une usine automobile de la marque chinoise Great Wall Motors, qui a vendu environ 20 000 véhicules en Russie en 2013. Prévue pour 2017, l’unité de fabrication, dont le coût s’élève à 520 millions de dollars, devra produire, à terme, près de 150 000 tout-terrain par an. Selon le gouverneur de la région, Vladimir Grouzdev, la construction de cette usine permettra de créer quelque 2 500 nouveaux emplois.

Enfin, le Consortium aéronautique unifié (OAK) russe et le constructeur aéronautique chinois Comac ont signé un mémorandum de partenariat sur la conception d’un avion gros-porteur. Visant à concurrencer Boeing et Airbus sur le marché international, cette coopération pourrait, selon des experts interrogés par la revue économique russe Ekspert, engendrer le plus grand projet russo-chinois à ce jour dans le domaine des hautes technologies, dans la mesure où les ingénieurs russes et chinois sont contraints de commencer de zéro.

Outre les domaines de la production industrielle et des matières premières, le Fonds d’investissement russo-chinois, constitué du Fonds russe d’investissements directs et de China Investment Corporation, ont signé un paquet d’accords dans les sphères de la logistique, du tourisme et des infrastructures, d’un montant total de 1 milliard de dollars.

On relèvera, parmi ces projets, la construction du premier pont ferroviaire reliant la Chine et la Russie, sur l’Amour, d’ici 2016, qui réduira la distance entre les deux pays de 700 kilomètres. Chine et Russie seront décidément plus liées que jamais.

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