Forum économique de Saint-Pétersbourg : à l’ombre des sanctions

Le Forum économique international de Saint-Pétersbourg (FEISP) s’est achevé samedi 24 mai. Malgré la crise ukrainienne, quelque 6500 participants (contre 7200 en 2014) ont fait le déplacement pour ce rendez-vous, au cours duquel 160 accords ont été signés entre des sociétés russes et étrangères, dont 11 projets d’investissements en Russie pour un montant total de 268,881 milliards de roubles.

forum saint-pétersbourg Poutine 2014
Vladimir Poutine a passé en revue tous les thèmes, de la non-fermeture des réseaux sociaux en Russie, au projet de création d’un système de paiement national, en passant par l’augmentation de la part de nucléaire dans l’énergie à 25 % (contre 16% à l’heure actuelle), jusqu’à la non-participation de la Russie dans l’affaire Snowden. Crédits : kremlin.ru

Le spectre des sanctions américano-européennes planait sur cette 18ème édition du « Davos russe », qui a débuté le 22 mai, à trois jours seulement de la présidentielle en Ukraine. Les délégations américaine, allemande et ukrainienne étaient réduites et 62 États seulement avaient répondu présent, contre 81 l’année précédente. Parmi les grands absents du forum, on retiendra notamment la chancelière allemande Angela Merkel, les dirigeants ukrainiens ou encore la représentation de la compagnie gazière ukrainienne Naftogaz.

Côté américain, le mot d’ordre était « incognito ». Appelés début mai par la Maison Blanche à ne pas participer au forum économique russe, les patrons de plusieurs grands groupes américains, comme Goldman Sachs, Morgan Stanley, PepsiCo, Visa Inc, Citigroup, Alcoa ou ConocoPhillips, ont choisi de boycotter personnellement l’événement, envoyant à leur place des collaborateurs moins éminents ou des directeurs plutôt timides à l’approche des caméras et des photographes. Résultat de cette politique, le nombre d’intervenants est passé de 580 en 2013 à 450 en 2014 : première diminution depuis quatre ans.

Car sanctions ou pas sanctions, les affaires sont les affaires. 614 sociétés avaient ainsi fait le déplacement, dont 129 étrangères. En première ligne, pour ces dernières : les sociétés françaises, représentées par une centaine de participants, dont Alcatel-Lucent, Alstom, JC Decaux, Schneider Electric, Total, Vinci ou encore EDF.

Parmi les coopérations conclues, le français Veolia a signé un accord avec le groupe russe Summa sur la création d’un opérateur de services collectifs à Moscou et Saint-Pétersbourg.

La société Poma, leader mondial du téléphérique, a signé un protocole de collaboration d’une durée de cinq ans avec Sergueï Verechtchaguine, directeur général de OJSC Northern Caucasus Resorts, et Mikhaïl Khodorovski, directeur général de Sinara Group, prévoyant la création d’une coentreprise dans la région du Nord Caucase et d’un centre d’expertise qui assurera la formation des personnels chargés de l’assemblage des composants, de la construction et de la maintenance des remontées mécaniques des stations de ski.

Recylex, spécialiste européen du recyclage du plomb et du plastique, a paraphé une lettre d’intention avec un acteur de la région de Saint-Pétersbourg, dont l’identité ne peut être révélée pour le moment, en vue d’éventuels développements futurs sur le marché russe.

Le français Total a annoncé la création, en partenariat avec le plus grand producteur russe de pétrole Lukoil, d’une coentreprise chargée d’explorer et de développer les ressources potentielles en pétrole de schiste du gisement de Bazhenov, en Sibérie occidentale. Le groupe pétrolier français détiendra 49% de la joint-venture, et Lukoil 51%. Les deux sociétés parachèvent ainsi un protocole d’accord conclu en décembre 2013.

Mais la star du forum était une nouvelle fois le géant pétrolier russe Rosneft, qui a signé douze accords de collaboration avec des partenaires étrangers, notamment avec les sociétés mongoles Magnai Trade et Shunkhlai [28% du marché pétrolier mongol] sur la livraison d’un million de tonnes de produits pétroliers à la Mongolie entre juin 2014 et mai 2019, pour 1 milliard de dollars. La société PetroVietnam Oil Corporation s’est également entendue avec Rosneft sur la livraison de pétrole au Vietnam entre 2014 et 2039, pour un volume annuel pouvant atteindre 6 millions de tonnes.

Le groupe pétrolier russe entrera aussi indirectement, à hauteur de 13 %, au capital du fabricant italien de pneus Pirelli, conformément à un accord signé par le PDG de Rosneft, Igor Setchine, et le président de Pirelli, Marco Tronchetti Provera. En échange, des points de vente de produits Pirelli seront installés dans le réseau de stations service de Rosneft – 60 entre fin 2014 et 2015, et au moins 200 d’ici 2019 – et une collaboration démarrera dans la production de caoutchouc synthétique dans la ville russe de Nakhodka, en Extrême-Orient.

La région de Saint-Pétersbourg a pour sa part signé pour 150 milliards de dollars d’accords, principalement dans la sphère immobilière, dépassant de 20 milliards ses propres attentes, comme l’a souligné le gouverneur de la région, Gueorgui Poltavtchenko.

Le forum a par ailleurs été l’occasion de régler certains comptes. Le vice-Premier ministre russe Igor Chouvalov et le ministre des finances Anton Silouanov ont rencontré Bella Stavchansky, président de Mastercard pour les marchés en développement de l’Est, et Kamran Siddiqi, directeur général de Visa en Europe de l’Est et centrale, afin de discuter des sanctions prises par les groupes américains à l’encontre de banques russes fin mars dernier.

Si les deux systèmes de paiement internationaux s’étaient dits ces dernières semaines prêts à quitter le marché russe au cas où la loi sur la constitution d’un fonds spécial à la Banque centrale russe entrait en vigueur à partir du 1er juillet 2014, ils sont rapidement revenus sur leurs dires et ont déclaré rester en Russie, où ils comptent créer un centre de transactions compatible avec le futur système russe.

Enfin, l’un des événements majeurs du rendez-vous économique fut sans nul doute l’intervention du président russe Vladimir Poutine. Une fois encore, crise ukrainienne oblige, le président a été contraint de parler politique. « Je vous le dis franchement, j’avais davantage envie de parler d’économie », a souligné M. Poutine, avant de répondre aux questions de l’assemblée.

Son discours sur l’Ukraine a été clair : « Il y a eu un coup d’État soutenu par nos partenaires américains et européens. Ensuite, le chaos s’est instauré, et on veut nous renvoyer la responsabilité afin que nous y remettions de l’ordre. C’est à ça que servent les sanctions », a expliqué le président russe, avant d’ajouter que les sanctions américaines contre la Russie avaient pour seul objectif d’assurer aux États-Unis des avantages concurrentiels dans leurs échanges économiques et commerciaux avec l’Europe.

Vladimir Poutine a tout de même espéré que le bon sens l’emporte, rappelant que les échanges commerciaux de la Russie avec les États-Unis s’élèvent à 27,8 milliards de dollars – contre 440 milliards de dollars avec l’Europe.

Organisé depuis 1997, le forum se tenait pour la dernière fois au hall des expositions LenExpo. Il déménagera dès 2015 au tout nouveau parc des expositions Expoforum, à Poulkovo, si toutefois, bien sûr, ce dernier est terminé à temps.

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