Sud-Est de l’Ukraine : les otages comme monnaie d’échange

Tentative de meurtre contre le maire de Kharkiv, interpellation de membres de l’OSCE, proclamation de la république autonome de Lougansk : retour sur les événements qui ont fait l’actualité du week-end du 25 au 28 avril dans l’Est de l’Ukraine.

Sud-est ukraine. Barricade à Donetsk. Crédits : Sébastien Gobert
Barricade à Donetsk. Crédits : Sébastien Gobert

Foire aux « otages »

À Slaviansk, au nord de la région de Donetsk, l’un des huit observateurs de l’OSCE retenus depuis vendredi 25 avril par les forces pro-russes a quitté dimanche en début de soirée son lieu de détention, accompagné de deux négociateurs de l’organisation. « Il souffre d’un diabète léger, d’où la décision de le libérer. En ce qui concerne les autres, les négociations se poursuivent », a déclaré la représentante de la milice populaire de Slaviansk, Stella Khorosheva, dimanche, citée par Itar-Tass.

D’origine suédoise, l’homme fait partie du groupe d’observateurs – avec quatre Allemands, un Tchèque, un Danois et un Polonais – arrêtés vendredi alors qu’ils circulaient en compagnie d’accompagnateurs de l’armée ukrainienne à Slaviansk. « Ce ne sont pas des otages, ce sont nos invités », a ironisé le maire auto-proclamé de Slaviansk, Viatcheslav Ponomarev, lors d’une conférence de presse, en début d’après-midi dimanche.

Également présents devant les journalistes, ces « invités » ont assuré ne pas subir de mauvais traitements. « Tous les officiers européens sont en bonne santé et personne n’est malade », a ainsi témoigné le colonel allemand Axel Schneider, précisant n’avoir aucune idée sur la date de leur libération.

 

Viatcheslav Ponomarev a annoncé que les partisans de la fédéralisation étaient prêts à libérer ces « militaires » en échange de militants pro-russes arrêtés par les autorités ukrainiennes. « La junte kiévienne détient nos camarades. C’est pourquoi, si l’occasion se présente, nous sommes prêts à réaliser un échange », a affirmé le maire autoproclamé.

L’OSCE, qui juge cette détention « inacceptable », a précisé que les hommes retenus étaient en « visite d’observation militaire » sur invitation du gouvernement ukrainien, comme le permettent les accords de Vienne de 2011, a fait savoir vendredi l’organisation sur son compte Twitter.

Arrivé à Slaviansk dimanche en compagnie d’un convoi d’aide humanitaire, le candidat à la présidentielle Oleg Tsarev a participé aux négociations entre la mission de l’OSCE et les forces pro-russes de la ville.

« La situation est réellement calme dans la ville. De jeunes mères se promènent avec leurs enfants dans les rues », a par ailleurs écrit en lettres capitales le candidat sur son compte Facebook.

Parallèlement, les activistes pro-russes ont arrêté également trois agents des services de sécurité ukrainiens (SBU) à proximité de la ville de Kramatorsk, alors que ces derniers se dirigeaient vers la commune de Gorlovka, a rapporté le commandant des miliciens Igor Strelkov dimanche, lors d’une conférence de presse dans le bâtiment du SBU de Slaviansk, occupé depuis le 12 avril par les forces pro-russes.

« Il s’agit du commandant Sergueï Potemsky, du capitaine Evgueny Verinsky et du lieutenant-colonel Rotislav Kiiachko », a affirmé Strelkov en présentant les hommes, à demi-habillés, les yeux bandés et les mains attachées derrière le dos.

Devant les journalistes, Rotislav Kiiachko a expliqué que leur groupe était arrivé à l’aéroport de Kramatorsk, contrôlé par les forces ukrainiennes. Leur mission consistait, a-t-il dit, à se rendre à Gorlovka afin d’interpeller un « colonel de l’armée russe », Igor Bezler, que le SBU considère comme un des leaders des forces pro-russes de la ville et un des organisateurs de la prise du commissariat local, le 13 avril. Le lieutenant-colonel a précisé que leur commando était composé de sept individus qui devaient se rejoindre à Gorlovka. Son équipe aurait été interceptée au cours d’un contrôle à l’un des barrages de Kramatorsk. Les forces de Slaviansk se disent également prêtes à les échanger contre des activistes pro-russes.

Le SBU a confirmé la détention de trois de ses agents, sans préciser le nombre total de participants à l’opération. Le service de sécurité assure que la mission consistait à « interpeller un citoyen russe soupçonné du meurtre du député ukrainien Rybak dans la ville de Gorlovka », peut-on lire dans le communiqué publié dimanche par le département.

« Traître »

Arrivé à Donetsk pour rencontrer les dirigeants locaux, Mikhaïl Khodorkovski, l’ex-patron du groupe pétrolier Ioukos, n’a pas été reçu à bras ouverts par les activistes pro-russes. « Qu’est-ce t’es venu faire ici ? Tu as trahi ton pays, comment pourrait-on parler avec toi ? », s’est-on notamment exclamé dans la foule qui s’était formée autour de l’homme d’affaires russe à son arrivée.

Les partisans de la fédéralisation ont ainsi conseillé à M. Khodorkovski de ne pas s’approcher de l’administration régionale, au risque que la situation dégénère. « Il voulait parler avec les gens qui se trouvent à l’intérieur du bâtiment de l’administration [occupée depuis le 6 avril], mais ces derniers considèrent qu’ils n’ont rien à lui dire », a indiqué à Ria Novosti un représentant de la « République populaire de Donetsk » auto-proclamée.

Refoulé à la barricade, Mikhaïl Khodorkovski a par la suite rencontré l’homme d’affaires ukrainien Rinat Akhmetov [personnalité la plus riche d’Ukraine et à la tête des mines de la région] et le président de l’administration régionale de Donetsk Sergueï Tarouta.

« Pour ces deux hommes, le Donbass doit rester en Ukraine. Ils comprennent très bien la situation », a annoncé M. Khodorkovski, répétant son opposition à un rattachement de cette région à la Russie, lors d’une conférence de presse, dimanche, au centre artistique Isoliatsia.

Dans le même temps, un groupe de partisans de la fédéralisation, armés de bâtons, ont pris d’assaut le bâtiment de télé et radio-diffusion de la ville, sans rencontrer aucune résistance de la part de la police. Les individus ont quitté l’édifice après que la diffusion de la chaîne de télévision russe Rossiya24 a été rétablie.

République populaire de Lougansk

À Lougansk, les participants d’une manifestation qui a réuni plusieurs centaines de personnes ont proclamé la création d’une « république populaire souveraine », dimanche 27 avril. « Le congrès des représentants de collectivités territoriales, de partis politiques et d’ONG proclame la création de l’État souverain de la République populaire de Lougansk », annonce une manifestante dans une vidéo publiée dans la nuit de dimanche à lundi sur Youtube.

En outre, les partisans de la fédéralisation de l’Ukraine ont rendu publique la question à laquelle devrait répondre la population de la région de Lougansk lors d’un référendum fixé au 11 mai : « Soutenez-vous la proclamation d’indépendance de la République populaire de Lougansk ? » .

En cas d’« agression de la part des autorités illégitimes de Kiev, la République populaire demandera à la Russie d’introduire des forces de maintien de la paix sur son sol », ont annoncé les manifestants.

Un peu plus tôt dans la journée, les partisans de la fédéralisation de l’Ukraine à Lougansk avaient également promis de passer à l’acte si les autorités ukrainiennes ne satisfaisaient pas leurs exigences d’ici le 29 avril, 11h UTC.

« Nos revendications [depuis le 6 avril : date de la prise du bâtiment du SBU de la ville, ndlr] étaient simples et ordinaires : une amnistie pour tous les prisonniers politiques, un référendum, l’arrêt de la hausse des prix et des tarifs et [l’autorisation de] la langue russe. Ces exigences principales sont claires pour les autorités de tout pays civilisé », indique notamment le texte de l’ultimatum, publié sur le site internet 0642.com.ua, dimanche 27 avril.

2 – 1

Plusieurs affrontements ont éclaté dimanche 27 avril entre des supporters du Metalist Kharkiv et du FC Dnipro Dnepropetrovsk et des activistes pro-russes, à Kharkiv, en marge d’une manifestation pro-ukrainienne réunissant plus de 5 000 supporters des deux équipes, quelques heures avant la rencontre.

Selon les dernières estimations, 14 personnes auraient été blessées, dont deux policiers. Deux voitures ornées de drapeaux russes auraient aussi été détériorées. La police a annoncé avoir interpellé 13 pro-russes « violents » lors de cette journée.

Le match n’a toutefois pas été annulé et le Metalist l’a emporté 2-1.

Enfin, lundi 28 avril, vers 12h, heure de Moscou, le maire de Kharkiv Hennadiy Kernes a été grièvement blessé par balles alors qu’il faisait du vélo. « Le maire a été touché au niveau du dos. Il est en train d’être opéré. Sa vie est en danger », a annoncé, lundi, la mairie, sans plus de précisions.

Hennadiy Kernes, qui occupe le poste de maire de la ville depuis 2010, s’est toujours opposé au mouvement Maïdan lors de la vague de contestation qui a secoué l’Ukraine de novembre 2013 à février 2014.

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