« En Russie, l’émigration n’est plus d’actualité »

Maxim Faldin, diplômé de la Stanford School of Business et fondateur du supermarché online Wikimart.ru, confie à la revue économique Sekret Firmy pourquoi il a préféré rentrer en Russie plutôt que de rester travailler aux États-Unis.

Anneau des boulevards en hiver, juste magnifique selon Maxim Faldin. Crédits: service de presse de la mairie de Moscou.
Anneau des boulevards en hiver, juste magnifique selon Maxim Faldin. Crédits: service de presse de la mairie de Moscou.

Tous les ans, deux ou trois étudiants russes entrent à la Stanford School of Business, et à peu près autant en sortent diplômés. Combien sont-ils à retourner en Russie ? Jusqu’en 2004, ils restaient tous aux États-Unis, attirés par le soleil, l’air pur, les sourires dans la rue, la primauté de la loi et les traditions démocratiques. Aujourd’hui, quasiment tous les diplômés russes retournent chez eux.

C’est ce que j’ai fait moi aussi en 2009. 48 heures après la cérémonie de remise des diplômes, j’étais déjà dans l’avion pour Moscou. Pourquoi ?, me demanderez-vous. Parce que je trouve qu’en Russie, la vie est très intéressante. Et ces derniers temps, elle est devenue aussi beaucoup plus confortable.

Déjà, au cours de mes études à Stanford, à chaque fois que je revenais à Moscou depuis la Californie ensoleillée, j’avais l’impression d’échanger une Toyota Prius contre une Porsche Cayenne Turbo. Comme si je quittais un paradis écolo et bon marché destiné à des impuissants pour atterrir dans un bolide capable de donner un orgasme même à un moine tibétain. Une sensation incroyable.

En quoi la Russie est-elle comparable à une Porsche Cayenne ? Eh bien, premièrement, la Russie offre tout un tas de possibilités d’épanouissement personnel. Alors qu’aux États-Unis, vous avez seulement le choix entre être une petite vis ou une grande vis dans un mécanisme qui fonctionne déjà à merveille. La taille a peu d’importance : votre place est prédéterminée.

Aux États-Unis, on vous reprochera toujours de n’être pas né au bon endroit, d’avoir un drôle d’accent, de ne pas en savoir assez sur beaucoup de choses et de ne pas pouvoir les appréhender correctement. En Russie, à l’inverse, un diplômé de Stanford fera toujours partie de la crème de la société, quel que soit son domaine d’activité.

Et puis, au cours de tout mon séjour aux États-Unis, je n’ai pas rencontré un seul émigré russe heureux. Pourtant, j’en ai croisé des centaines, sinon des milliers. J’ai l’impression que ce qu’ils ont fui, ce n’est pas leur pays mais eux-mêmes – et qu’ils se retrouvent maintenant, comme disent les psychologues, en état de « négation dévalorisante ». Les émigrés passent leurs journées à dire et écrire du mal de la Russie, à prédire la mort de son économie et la prison pour son président. Et à plaindre ceux qui sont restés. Ces malheureux ont tenté d’échapper à leurs problèmes intérieurs, qui n’avaient majoritairement, en réalité, rien à voir avec la Russie. Et pour ça, en arrivant aux États-Unis, au lieu de trouver le bonheur, ils sont devenus encore plus étrangers à eux-mêmes.

Une autre raison de mon retour, c’est que je trouve que la Russie est un très beau pays. Sa culture est époustouflante et ses femmes sont magnifiques. La nature ? Il y a en a qui adorent, moi, ce n’est pas mon cas. Ayant beaucoup voyagé de par le monde, je peux vous assurer que la nature en Russie, c’est une horreur, et que la météo y est la pire de toutes. En revanche, ses femmes et ses théâtres défient toute comparaison. Ainsi, tout dépend de vos priorités.

Et puis, j’aime beaucoup Moscou, la ville où j’habite. La capitale russe n’a jamais été aussi belle que cette année. Avez-vous eu l’occasion de vous promener sur son Anneau des boulevards cet hiver ? Accordez-moi qu’il est juste magnifique ! Depuis 2005 – et depuis qu’on a chassé son apiculteur en casquette en chef – Moscou s’est littéralement métamorphosée, elle n’a cessé de s’embellir [le premier maire de la capitale de la nouvelle Russie, Youri Loujkov, aimait beaucoup les abeilles et portait en permanence une casquette, ndlr]. Aujourd’hui, la vie ici est très confortable. Du moins, c’est ce que je peux dire pour moi et ma famille.

L’émigration n’est plus d’actualité en Russie. Aujourd’hui, si vous n’êtes ni politicien ni fonctionnaire, peu importe où vous vivez. Pour quelqu’un qui vit en accord avec lui-même, c’est la possibilité de faire ce qu’on aime et non le lieu de résidence qui compte. Je suis convaincu que la vie doit être intéressante, trépidante, au point de vous couper le souffle tous les jours. La vie, c’est le sport, des perspectives de carrière, des livres, de nouvelles rencontres, des histoires d’amour, des progrès, des projets. Avec une vie comme ça, vous n’avez pas le temps de penser à la Crimée, aux élections ou à d’autres broutilles de ce genre.

Et puis il faut dire aussi que vivre dans des pays développés et démocratiques, où tout suit des règles établies, n’est pas toujours passionnant. La vie n’est pas spécialement libre dans ces pays. Vous pensez que la démocratie, c’est forcément bien ? Attendez qu’on vous force à verser une amende de la moitié de votre salaire annuel pour un commentaire anodin sur les avortements ou sur la religion – et on en reparlera. L’absence de corruption, c’est magnifique, me direz-vous ? Pareil : passez la moitié de votre journée dans un commissariat à tenter d’expliquer pourquoi vous avez fait marche arrière sur l’autoroute au lieu de régler ça en trois minutes avec un agent de la circulation – et revenez me voir. Vous dites que là-bas, les gens sont polis ? Vous avez déjà essayé d’adresser la parole à une femme dans une rue de San Francisco ? Je ne vous le souhaite pour rien au monde ! Là-bas, on vit plus longtemps ? Mais qui a dit que c’était aussi vrai pour les immigrés ? Vous savez, les gens malheureux, ça ne fait pas long feu.

3 commentaires

  1. Ce n’est certes plus d’actualité quand on est passé par une excellente université américaine….Quant à tous ceux , toutes celles qui vivent de boulots relativement confortables , mais dirait-on enfance ‘ au noir’ , ils elles en ton assez de cette forme d’insécurité qui ne fait pas rouler en Porsche Cayenne . Vous savez combien ça coûte Stanford ?

  2. Je comprends tout à fait le besoin de liberté, d’opportunités et de rattachement avec ses racines.
    Par contre le dernier paragraphe de l’article est une perle. A se demander si l’auteur est sérieux ou s’il s’agit d’humour Russe.
    « Non mais c’est quoi ce pays ou on ne peut pas risquer un carambolage sur l’autoroute et s’en sortir avec un bakchich? »
    Ensuite on aurait aimé plus de détails sur ce « commentaire anodin » dont parle l’auteur et ce pourquoi il considère qu’en démocratie les « commentaires anodins » ont plus de conséquences que dans un régime autoritaire.
    En gros ce que nous explique l’auteur dans son article, c’est que les lois, les règles sont pour les « impuissants » et que le bonheur pour lui c’est une vie à 100 à l’heure à bord d’une porche Cayenne Turbo, une belle femme Russe à son coté.

    Si vous voulez mon avis, l’auteur est un sacré connard qui ne donne pas une bonne image de ses compatriotes.

  3. J’ai aimé l’authenticité de ce témoignage franc. C’est le plus bel hommage que vous pouviez rendre à la Russie. Si j’avais eu 40 ans de moins, je serais, aujourd’hui, parti en Russie pour m’y expatrier. Car j’y vois des opportunités fabuleuses et comme vous le soulignez, l’Amérique ne me fait plus rêver. J’ai regardé de nombreuses séries américaines et j’en ai déduit que la vie y était dangereuse voire mortelle et que tout le système était pourri. L’une des dernières (séries) en date consacrée à la « Maison Blanche » est révélatrice des pires exactions qu’on puisse commettre pour arriver à ses fins. Bien sûr, il ne s’agit que de séries… mais on a une grande impression de réalité quotidienne américaine. Et je ne parle pas des séries consacrées à la CIA qui combat toujours les méchants car l’Amérique, elle, est gentille. En attendant, j’espère que Dieu me prêtera vie encore quelques temps pour visiter cette grande et belle Russie (je parle des grandes Villes) et plus particulièrement Moscou, St Petersbourg et autres merveilles à découvrir. Pour l’instant, je visite la Grèce.

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