L’opération antiterroriste à Slaviansk racontée par les forces pro-russes

L’opération antiterroriste lancée par Kiev jeudi 24 avril contre la ville de Slaviansk, au Sud-Est de l’Ukraine, a coûté la vie à six militants pro-russes, selon le dernier bilan des autorités municipales, et détruit trois barrages routiers, mais n’a pas permis de reprendre le contrôle de ce bastion des partisans d’une fédéralisation de l’Ukraine. Comment s’est déroulé l’assaut des forces ukrainiennes ? Reportage sur l’un des barrages.

Les habitants de Slaviansk avaient été « prévenus » dès le matin. Des tracts, largués un peu plus tôt dans la matinée par un hélicoptère, donnaient des instructions quant aux « moyens de survie dans des territoires où des terroristes russes sont actifs ». En bref, il y est été déconseillé de s’approcher des bâtiments occupés et de soutenir les « terroristes » [terme utilisé par Kiev pour qualifier les activistes pro-russes favorables à une fédéralisation de l’Ukraine, ndlr].

L’opération antiterroriste a débuté vers 11h, heure locale, sur un barrage routier établi au nord de Slaviansk, à proximité du village de Khrestychtche. Selon le témoignage de l’un des activistes présents au moment de l’assaut, les premiers tirs ont retenti avant même l’arrivée des blindés légers. « Des coups de feu ont résonné, tuant deux de nos hommes – assurément l’œuvre de tireurs d’élite. Ce n’est qu’ensuite que l’on a vu s’approcher 14 blindés. Des hommes ont commencé à tirer en l’air. Nos hommes étaient armés de simples bâtons. Les soldats ont alors brûlé le barrage, pris nos biens – vêtements, battes de baseball et même notre nourriture. Ils sont repartis aussitôt », a raconté à Vesti.ua l’homme, qui a préféré garder l’anonymat.

Un groupe d’habitants, assis à proximité de la route reliant Izioum, au Nord, à Slaviansk, se souvient avoir aperçu ces militaires lors de leur arrivée et de leur départ du barrage. « Nous avons vu le matin arriver de là-bas [d’Izioum, ndt] des blindés, sur lesquels étaient assis des soldats sans signes apparents. Ils tenaient leurs armes comme s’ils s’apprêtaient à tirer. Ils sont repassés plus tard. Ils étaient joyeux et rigolaient », a témoigné pour Vesti.ua Vassili, un habitant du coin.

Pourtant, sur la base militaire d’Izioum, le soldat à l’entrée était aussi surpris d’apprendre la nouvelle de l’attaque que les activistes pro-russes du barrage qui l’ont vécue. « Ah bon ? C’est vrai ? Non, je ne sais rien », a répondu sincèrement le jeune homme à la question du journaliste de Vesti.ua.

Depuis l’assaut, tous les écoles, jardins d’enfants et magasins de Slaviansk ont été fermés. Les forces d’auto-défense, elles, sont sur le pied de guerre.

Vladimir Poutine, qui s’exprimait jeudi, sur la chaîne Rossiya24, en marge de la session plénière du premier Forum des médias de Saint-Pétersbourg, a immédiatement réagi : « Si le régime ukrainien a réellement engagé l’armée contre les habitants de son pays, alors il s’agit d’un crime contre son propre
peuple », a déclaré le président russe. Mettant également en garde ceux qui ont donné l’ordre de cette « opération punitive » en Ukraine. « Cette action aura des conséquences, notamment sur le plan international », a insisté M. Poutine.

Quelques heures plus tard, la Russie lançait effectivement des exercices militaires à la frontière russo-ukrainienne. « Des exercices impliquant des unités des bataillons tactiques des districts militaires russes Sud et Ouest ont commencé aujourd’hui même. Les troupes travaillent à perfectionner la conduite de leurs approches et de leurs déploiements pour répondre aux ordres », a déclaré, jeudi, le ministre de la Défense Sergueï Choïgou, avant de préciser qu’il s’agissait bien d’une réponse à la situation dans le Sud-Est de l’Ukraine.

Sur le front diplomatique, la Russie a exhorté le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon à condamner le recours à la force contre les manifestants dans l’Est de l’Ukraine. « J’ai téléphoné au secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon pour lui proposer de condamner publiquement l’emploi des forces armées contre l’opposition dans l’Est du pays. Je lui ai expliqué la situation et je lui ai dit qu’il était nécessaire de reprendre la mise en œuvre du communiqué de Genève du 17 avril », a annoncé jeudi soir le représentant permanent de la Russie auprès des Nations unies, Vladimir Tchourkine, sur la chaîne de télévision nationale Rossia 1.

Dans le même temps, M. Tchourkine a fait part de la volonté de Moscou de convoquer une réunion d’urgence du Conseil de sécurité si Kiev continuait à employer la force contre le mouvement de contestation dans ses régions sud-est.

Kiev s’est dite pour sa part peu intimidée par les menaces de Moscou, assurant que l’opération spéciale contre les partisans de la fédéralisation n’avait pas été suspendue, malgré les exercices des troupes russes près de la frontière ukrainienne.

« L’opération se poursuit. Les terroristes feraient bien d’être sur le qui vive 24 heures sur 24. La population civile n’a en revanche rien à craindre », a déclaré, vendredi 25 avril, le ministre ukrainien de l’Intérieur par intérim Arsen Avakov sur sa page Facebook, soulignant que l’opération, pour le moment, n’avait impliqué qu’un nombre réduit de troupes du centre antiterroriste du Service de sécurité ukrainien, qui n’avaient pas recouru aux chars et autre matériel lourd.

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