Oleg Tsarev : « L’Ouest et l’Est de l’Ukraine doivent apprendre à vivre ensemble »

Le soir du 14 avril, Oleg Tsarev, candidat pro-russe et partisan d’une fédéralisation de l’Ukraine, a été piégé avec son équipe, puis passé à tabac, devant le siège de la chaîne télévisée ukrainienne ICTV, alors qu’il venait de participer au talk-show Svoboda slova (« Liberté de parole »). Le Courrier de Russie a traduit les extraits les plus significatifs de l’interview qu’il a accordée aux journalistes de Kiev le lendemain matin de son agression.

Sur le « vivre ensemble »

Je suis venu à Kiev pour être entendu, pour dire qu’il existe une possibilité de préserver l’intégrité du pays. Il suffirait d’écouter les gens qui ont une opinion différente.

Il y a des gens bons à l’Ouest et à l’Est du pays, mais nous devons tous apprendre à vivre ensemble. Si nous voulons sauver notre pays, il faut commencer par tolérer l’autre.

Sur l’armée russe en Ukraine

Je suis contre l’entrée de l’armée russe sur le territoire ukrainien. Personne ne doit intervenir, il nous faut résoudre la situation par nos propres moyens. Tant que nous ne respecterons pas les opinions différentes de la nôtre, l’Ukraine n’arrivera à rien.

Sur Maïdan

Sous Ianoukovitch, je m’étais prononcé, avec quelques rares autres, contre l’accord d’association avec l’UE. À l’époque, mon appartement était fouillé en permanence et mes proches subissaient des pressions, mais je suis resté inflexible.

Je suis allé sur Maïdan au moment où il n’y avait pas encore d’armes sur la place. J’étais entre les Berkout et les citoyens, et j’étais accepté par les deux camps. J’y ai rencontré beaucoup de personnes qui avaient été trompées par l’État.

Il faut désormais arrêter de punir nos citoyens. Ce sont les fonctionnaires qu’il faut punir, et si je suis coupable, il faudra me punir aussi.

Sur les armes trouvées dans sa voiture après son agression

Il s’agit d’une quantité d’armes normale. Les gens de Maïdan en ont beaucoup plus ! Je suis venu ici [à Kiev, ndlr] en sachant parfaitement ce qui pouvait m’arriver.

Ce sont mes gardes du corps qui étaient armés, mais au minimum. Nous n’étions pas nombreux. Nous savions parfaitement qu’il fallait que nous nous protégions, mais que, quoiqu’il advienne, nous n’allions pas nous mettre à tirer sans raison. Tous les gardes du corps portent une arme, ils y sont autorisés, ils ne se déplacent pas sans.

Je suis reconnaissant aux gars qui m’ont sauvé la vie, même s’il s’agissait de gars du Secteur Droit, je leur suis reconnaissant à eux, en tant qu’individus.

Je ne compte pas démissionner. Lorsqu’on m’a attaqué, j’étais prêt à mourir, mais pas à me rendre.

Sur les séparatistes

Les véritables séparatistes sont ceux qui font une distinction entre « vrais » et « faux » Ukrainiens. Il faut autoriser chaque citoyen à avoir son point de vue propre.

C’est trop facile de traiter tout le monde d’espions, d’agents du FSB ou encore de séparatistes et de terroristes pour, en réalité, s’en prendre aux laissés-pour-compte ! Mais il est bien plus difficile d’entendre les gens qui pensent différemment ! Il faut donner à tous la possibilité de s’exprimer pour arriver à un compromis par des moyens pacifiques.

Sur la nécessité du dialogue avec le pouvoir

J’ai proposé plusieurs fois aux autorités mes services comme médiateur, car on m’écoute bien dans les régions du Sud-Est. Je suis toujours prêt à aider le gouvernement dans cette recherche de compromis avec l’ensemble des habitants du pays. Le recours à la force est inutile et dangereux – il faut établir un dialogue.

Sur la proclamation de la « République de Donetsk »

Les citoyens de la région de Donetsk ont inventé un très beau nom pour leur contrée : ils aimeraient l’appeler République. Et même si elle n’a pas de constitution, pour ces gens, ce n’est pas un mot vide.

La vidéo de son agression, survenue dans la soirée du 14 avril :

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