Novossibirsk : pourquoi les Sibériennes avortent moins

Novossibirsk a enregistré dernièrement une baisse importante du nombre d’avortements. Selon une étude publiée par les autorités de la région le 1er avril 2014, le nombre des IVG est passé à 83 pour 100 naissances, contre 233 en 2000. Le site Smartnews a tenté de comprendre le phénomène auprès de médecins et des spécialistes du planning familial régional.

Novossibirsk : pourquoi les Sibériennes avortent moins. Crédits: sibchildren.ru
Crédits: sibchildren.ru

Depuis 2011, les autorités de la région de Novossibirsk ont alloué plus de 3,5 milliards de roubles (71,2 millions d’euros) de fonds budgétaires à la mise en place d’un programme de protection de la maternité et de la petite enfance, qui garantit aux femmes l’accès gratuit aux moyens de contraception. Aujourd’hui, à Novossibirsk, des stérilets, des pilules et des préservatifs sont distribués gratuitement dans les centres de consultation et chez les gynécologues.

Les autorités régionales ont également lancé une campagne d’information qui a permis de faire évoluer l’attitude même des Sibériens envers la contraception : ce n’est plus un sujet tabou comme à l’époque soviétique. « Aujourd’hui, les gens sont mieux informés sur les moyens de contraception, commente Irina Polejaeva, spécialiste du centre de planning familial de Novossibirsk. Les femmes ont notamment compris que la pilule n’était pas la seule méthode efficace de prévention de la grossesse, elles n’hésitent plus à la combiner avec les préservatifs. »

La cause des hommes

L’étude récente montre en outre que les hommes aussi ont adopté un comportement plus responsable en la matière : le préservatif ne se résume plus pour eux à un « bout de caoutchouc empêchant le plaisir », ils l’utilisent plus volontiers et plus souvent. Certes, l’achat de préservatifs de qualité représente toujours une dépense importante pour les couples à faible revenu, mais les gens ont du moins pris conscience qu’il ne s’agissait pas d’un produit sur lequel on peut économiser.

Toutefois, la vasectomie, autre pratique populaire, et reconnue en Occident comme le plus fiable des moyens de contraception masculine, reste exceptionnelle chez les hommes russes. Souvent, même si le couple prévoit de ne plus avoir d’enfants, les hommes ne sont pas prêts à renoncer à la possibilité en soi de la paternité.

« En plus de 20 ans de pratique médicale, je n’ai rencontré que deux cas de vasectomie, confirme Aleksandr Grigoriev, spécialiste en andrologie à Novossibirsk. Le premier de ces patients voulait prouver son amour à sa femme, qui ne pouvait plus avoir d’enfants suite à une chimiothérapie, et l’autre a accepté la contraception définitive après que sa femme, qui avait déjà eu quatre filles, a finalement accouché d’un garçon. »

Conscience des risques

Même dans le cas de grossesses non désirées, les Sibériennes ont aujourd’hui moins recours à l’IVG, car elles connaissent aussi mieux les risques que l’opération implique.

Novossibirsk : pourquoi les Sibériennes avortent moins. Crédits: academ.info
Crédits: academ.info

À en croire la gynécologue Marina Laschenko, il y a encore dix ans, les femmes avaient tendance à considérer l’avortement comme une intervention bénigne. « Nous avons dû mener une campagne d’information pour faire évoluer les mentalités, explique-t-elle. Car toute interruption de grossesse est un stress pour le corps, et des complications surviennent dans 100% des cas, même avec l’IVG médicamenteuse. Il est donc préférable, si la moindre possibilité existe, de préserver la grossesse. »

Les médecins de Novossibirsk sont parvenus à expliquer à leurs patientes que toute IVG entraîne pour la santé des conséquences graves, même si certaines ne sont pas immédiates. « Souvent, le risque de prendre des kilos convainc plus facilement les femmes que celui d’une éventuelle stérilité future !, déplore Larisa Grischenko, endocrinologue. Les femmes ont réellement peur de cette prise de poids due aux troubles de métabolisme, qui touche de 10% à 15% des femmes ayant subi un avortement. » La stérilité, selon la spécialiste, peut survenir dans près de 25% des cas.

Évolution psychologique

Une Sibérienne qui hésite à mener sa grossesse à terme peut aussi s’adresser aux centres de planning familial de Novossibirsk, qui proposent un encadrement psychologique.

« Quand je demande aux femmes pourquoi elles veulent avorter, j’ai presque toujours la même réponse : situation financière instable, explique la psychologue Elena Zavialova. Mais lorsque nous commençons à réfléchir ensemble, nous réalisons qu’il y a en réalité d’autres problèmes derrière : conflits familiaux, absence de soutien de la part du futur père, peur d’assumer le rôle de mère… Et en général, il suffit d’une conversation pour que la femme comprenne que la vie humaine qu’elle porte en elle vaut plus que tous ces soucis ! ». Après cet entretien psychologique, deux femmes sur dix prennent la décision de garder l’enfant. Certes, ce n’est pas un résultat idéal ; mais au moins, si subir un ou deux avortements avant de mettre au monde son premier-né était autrefois considéré par les femmes comme une chose banale, ce n’est désormais plus le cas.

Novossibirsk : pourquoi les Sibériennes avortent moins. Crédits: photopolygon.com
Crédits: photopolygon.com

Le développement de la psychologie prénatale, qui considère l’enfant comme une personnalité bien avant la naissance, a également porté ses fruits. À sept ou huit semaines de grossesse, le petit réagit déjà à la musique, distingue les voix, et les parents peuvent même établir avec lui une forme de communication.

« Lorsqu’une femme a conscience du fait que le fœtus est un être vivant, le pas de l’avortement devient plus complexe pour elle, affirme Polina Kirtchenko, consultante du centre de planning familial. Dès lors, l’IVG est perçue comme une mise à mort, et plus comme une procédure médicale anodine. »

Le sociologue Sergueï Merkouchev note également qu’avec l’ouverture des frontières, les Russes ont pu observer la vie des familles à l’étranger, et s’en inspirer. « Si la norme officieuse, à l’époque soviétique, était de deux enfants par famille, la société évolue actuellement vers un « standard » européen avec trois, voire quatre enfants par famille », assure le chercheur. Ainsi, une troisième, voire une quatrième grossesses sont désormais perçues par la société et par les femmes elles-mêmes non plus comme une catastrophe mais, au contraire, comme un heureux évènement.

2 commentaires

  1. J’ai une question et deux commentaires à propos de cet article.

    1) Sachant que le taux de fécondité en France est de 2,01 enfants par femmes et qu’il est l’un des plus élevé d’Europe (juste derrière celui de l’Irlande), je voudrais savoir d’où vient cette notion de standard Européen de trois-quatre enfants par femme.

    2) Dire que des complications interviennent dans 100% des cas après une interruption de grossesse est une affirmation fausse (le site consacré à l’IVG du ministère de la santé en France parle de complications rares après une IVG.) L’avortement n’est certes pas un acte anodin, mais des complications peuvent aussi apparaitre après un accouchement voulu et apparemment sans problèmes (exemple: dépression post-natale).

    3)Le droit à l’IVG, savoir si il est opportun ou non de la pratiquer est surtout une question morale. Personnellement, je pense que faire culpabiliser une femme enceinte (qui plus est peut-être en détresse) en lui disant que avorter c’est tuer n’est pas moralement valide.
    « Lorsqu’une femme a conscience du fait que le fœtus est un être vivant, le pas de l’avortement devient plus complexe pour elle, affirme Polina Kirtchenko, consultante du centre de planning familial. Dès lors, l’IVG est perçue comme une mise à mort, et plus comme une procédure médicale anodine. »

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