Suivez la « Ligne directe » de Vladimir Poutine avec les Russes

Vladimir Poutine s’adresse aujourd’hui, à partir de midi (heure de Moscou), à la population russe, lors de sa traditionnelle « Ligne directe » retransmise à la télévision chaque année depuis 2001. Retrouvez la traduction de ses propos en direct avec Le Courrier de Russie.

Poutine ligne directe
Avec 4h d’intervention, Vladimir Poutine n’a pas réussi à battre sa performance de 2013 : 4 h 47

Le président russe répondra aux questions des Russes sur des sujets politiques, économiques et de société, sans oublier l’actualité internationale. Pour la première fois, les habitants de Crimée, rattachée le 18 mars à la Russie, prendront part à l’émission.

15h55 : Qu’est-ce que c’est  pour vous qu’être russe ?

Certains spécialistes pensent qu’un peuple n’a pas de particularités, que seul un être humain a les siennes propres. Je ne partage pas cet avis. Si des gens parlent la même langue, vivent sur un même territoire, s’ils ont des valeurs communes, alors effectivement ils ont des traits communs. La Russie est un aspirateur qui a absorbé différentes ethnies. Pensez à tous ces mariages mixtes que nous avons eus. C’est comme ça que notre code génétique s’est formé, un code très souple, très résistant et qui constitue notre avantage concurrentiel.

Le Russe, l’homme du monde russe est animé par un objectif moral supérieur.

Le Russe est tourné vers le monde, alors que l’Occidental est davantage tourné vers lui-même. Chez nous, cela ne suffit pas, seul le peuple russe a pu créer le proverbe : « Quand on meurt devant les gens, même la mort est belle ».

Devant les gens, cela veut signifie mourir pour la patrie, pour les autres, c’est là que se situe l’origine de notre sentiment national, de nos valeurs familiales. Nous sommes moins pragmatiques, nous calculons moins, nous avons une âme plus large, plus généreuse. Je ne veux vexer personne. Mais dans le monde globalisé, les échanges de toute sorte sont très intenses, et cela fait des centaines d’années que nous vivons en nous basant sur nos valeurs : ces valeurs nous seront encore utiles à l’avenir.

15h50 : Quelle ville auriez-vous choisie pour vivre si vous n’aviez pas été président ?

Saint-Pétersbourg, c’est ma  » petite patrie ». J’y suis né.

15h49 : Voulez-vous rester président à vie?

Non.

15h48 : Obama vous aiderait-il si vous étiez en train de vous noyer ?

J’espère que cela n’arrivera jamais mais je pense que c’est un homme honnête et qu’il le ferait

15h45 : Pourquoi n’allez vous pas aux USA ?

Les USA ont suspendu nos relations, mais j’espère que ça va évoluer avec le temps. Le rideau de fer est une invention soviétique : nous n’allons pas nous isoler à nouveau. Les USA sont une puissance mondiale : nous avons longtemps cru que c’était la seule, mais ce n’est pas le cas.

Lorsqu’on choisit de punir quelqu’un, d’envoyer un enfant au coin, on se fait du mal à soi-même. Nous ne sommes pas dans une compétition sportive avec les USA, ils sont notre partenaire dans les domaines de la sécurité, dans la lutte contre le terrorisme, dans l’évolution du système économique international.

15h40 : Votre film préféré ?

Tchapaïev, bien sûr ! (1934)

15h35 : Le gouvernement a tendance à changer de gouverneurs, cela va-t-il continuer?

Ce n’est pas une tendance. Les gouverneurs doivent faire face à une infinité de responsabilités : il n’y a pas longtemps, dans les villes russes, on voyait encore les places centrales en ruines ; aujourd’hui elles sont en parfait état.

Vous savez, en Chine, si vous fusillez publiquement trois-cents grands voleurs, le peuple sera avec vous. Chez nous, il n’est pas question de fusiller des gens pour vol.

15h25 : Sur l’opposition libérale

L’opposition libérale, c’est un petit groupe de révolutionnaires : ils sont loin du peuple, mais ils font partie de notre société. Et même si nous devons nous baser sur la majorité dans nos choix, nous ne devons pas non plus oublier la minorité et leurs positions.

En réponse à Remtchoukov, rédacteur en chef du journal Nezavissimaïa Gazeta : oui, nous allons construire notre politique en nous basant sur les intérêts de la majorité. Mais nous nous devons aussi d’entendre les avis moins répandus. Dans mon travail quotidien, j’écoute l’ensemble de mes collègues, même si je ne suis pas d’accord avec tous. Nous aussi nous voulons avoir des relations normales avec l’Occident. Nous faisons partie de la même civilisation chrétienne. Mais cela ne signifie pas que nous devons toujours céder, trahir nos intérêts juste parce qu’on nous laisse nous asseoir à côté.

15h15 : Ne va-t-on pas oublier Sotchi, avec le développement du tourisme en Crimée ?

Nous allons bien sûr continuer de développer Sotchi : nous avons construit des hôtels modernes aux standards mondiaux, aux prix élevés – et on ne peut pas les baisser. En Crimée, les infrastructures sont plutôt destinées à des gens aux revenus modestes.

Nous devons d’ailleurs nous assurer que la Crimée reste accessible à tous et garantir des billets d’avion à 7000 roubles, des billets de train autour entre 2 500 et 3000 roubles.

Si le tourisme en Crimée ne reste pas bon marché, nous ne pourrons garantir la viabilité du secteur. Parallèlement, il n’est pas question d’abandonner Sotchi, les sites olympiques vont être transformés, nous allons ouvrir des centres commerciaux, faire venir des expositions.

15h10 : La Coupe du monde de football 2018 aura-t-elle bien lieu en Russie, malgré les sanctions occidentales ?

Le FIFA a déjà répondu que le football et la politique n’ont rien à voir, et qu’elle ne comptait pas revoir son calendrier.

15h05 : Comptez-vous vous remarier ?

Je dois d’abord tâcher de trouver un mari pour mon ex-femme, ensuite seulement je penserai à moi.

Capture du 2014-04-17 15_00_33.  La « Ligne directe » de Vladimir Poutine avec les Russes

15h : Question d’Edward Snowden : Est-ce que la Russie, à l’instar des USA,  intercepte les conversations des gens ? Les besoins des services spéciaux en renseignements peuvent-ils justifier ce genre d’écoutes ?

Vous êtes un ex-agent des services spéciaux, moi aussi : nous allons donc parler entre professionnels.

En Russie, notre réglementation sur les écoutes est très stricte, et nos moyens limités : nous avons besoin de l’autorisation du tribunal et consacrons moins d’argent que les USA à ce domaine. Nous ne nous permettons pas d’écouter les gens en masse.

Bien sûr, nous avons notre lot de terroristes et de criminels et nos services spéciaux doivent se donner les moyens de les contrôler. Mais les écoutes sont réglementées par la loi russe.

14h50 : Est-ce qu’un dialogue direct est possible entre la Russie et l’Europe, sans que les USA ne nuisent à nos relations ?

Je l’espère. Après que les pays d’Europe ont renoncé à une partie de leur souveraineté, les valeurs européennes ont commencé de changer. Elles sont plus conservatrices, traditionnelles. Je pense à la Hongrie, à la montée du FN en France. C’est lié au désir des pays européens de récupérer leur souveraineté : car les problèmes sont résolus plus efficacement au niveau national qu’à Bruxelles, et le peuple le sait.

Encore une fois, la relation avec les pays occidentaux est une question de confiance : au niveau personnel et au niveau intergouvernemental. Nous avions de formidables relations avec le Danemark mais elles se sont dégradées récemment, après une réunion que j’ai eue avec M.Rasmussen : ce dernier a enregistré notre conversation privée et l’a publiée sans me prévenir. De quelle confiance peut-on parler face à ce genre d’incidents ?

14h45 : Comment rétablir une relation de confiance avec les partenaires occidentaux ?

La réponse est simple : certes la confiance a été perdue –  mais pas de notre faute. Les USA ont une approche deux poids-deux mesures et cela nous déçoit. Les Américains font bien ce qu’ils veulent en Irak, en Afghanistan, mais la Russie ne peut pas en faire autant. Il n’y a pas de logique. Nous devons privilégier le droit international. C’est ce à quoi la Russie aspire.

Le redémarrage de nos relations avec les USA s’est enrayé avec le dossier libyen.

Mais la Russie tient à restaurer des relations de confiance avec les Etats-Unis.

14h40 : Pourquoi vous être adressé au peuple russe après le rattachement de la Crimée à la Russie ?

Je me suis senti obligé de m’adresser au peuple russe en présence de la Douma au vu du degré d’importance de l’événement. Le monde occidental contemporain est unilatéral. Les pays occidentaux ont renoncé à une partie de leur souveraineté, ce qui représente aussi une politique de blocs.

Il est difficile de parler avec des gens qui chuchotent chez eux de peur que les Américains ne les écoutent. (Applaudissements).

Je me suis adressé au peuple comme un homme simple : notre position est honnête, simple et transparente. Le peuple voit la sincérité, prend en compte l’opinion des gens simples plutôt que celle des dirigeants.

14h35 : Sur le prix de vente du gaz à l’Ukraine

On nous dit que c’est un prix politique mais ça ne l’est pas. C’est un prix sur lequel nous nous étions mis d’accord en 2009 avec Ioulia Timochenko et Iouri Prodan. Nous l’avons ensuite baissé, espérant qu’ils pourraient ainsi payer au moins quelque chose. Mais depuis mars 2014, ils ne payent plus du tout.

Les Etats-Unis promettent des milliards d’aide à l’Ukraine. Toutefois, ce sont des garanties,  pas de l’argent. Nous allons patienter encore un mois. Mais s’ils ne payent pas, nous passerons au système de pré-paiement.

Il s’agit d’un système très lourd qui menace le transfert de notre gaz à destination de nos clients européens. C’est pour cela que nous ne nous empressons pas de l’instaurer. Mais nous ne pourrons pas attendre éternellement.

14h30 : Sur les sanctions contre les proches de Vladimir Poutine

On essaie effectivement de m’atteindre en visant mes amis et proches. Ces amis se sont enrichis sans moi, et certains n’ont même rien à voir avec la Crimée. La femme de Guennady Timtchenko, par exemple, n’a pas pu régler son opération médicale car sa carte bancaire avait été bloquée. Ceux qui ont été punis l’ont appris par les médias, les larmes aux yeux. Si vous voulez les punir, libre à vous de le faire.

14h20 : Sur le départ de la Russie de grandes institutions

Le monde se développe et certains ne comprennent pas la Russie d’aujourd’hui. Nous ne siègerons pas dans des institutions, où l’on ne veut pas de nous, comme à l’APCE. Mais ne pas y être ne signifie pas que nous nous isolerons.

14h10 : Sur les Tatars de Crimée

Ils ont beaucoup souffert durant la période stalinienne. Ils ont été notamment déportés. Il est de notre devoir de tout faire pour que leur intégration dans la Russie soit synonyme de réhabilitation de leur identité et de leurs droits. Catherine II avait déjà édité une loi assurant aux Tatars de Crimée le statut de citoyens de Russie à part entière, qui garantissait leurs droits, ainsi que la libre existence de leur religion et de leurs lieux de culte. Il s’agissait d’une politique sage et intelligente dont nous allons nous inspirer. Nous préparons d’ailleurs un décret sur la réhabilitation des Tatars de Crimée et d’autres peuples qui ont souffert sous Staline, comme les Arméniens et les Grecs.

13h55 : Sur le pétrole

La rente pétrolière constitue une grande partie du budget russe. Le pétrole représente 191 milliards de dollars, quand le gaz n’en représente que 28 milliards. Le pétrole est vendu sur le marché mondial. Peut-on nous nuire sur ce point ? Oui. Comment ? En baissant les prix ; ce que peut faire, par exemple, l’Arabie saoudite. Mais cette dernière a compris qu’elle n’y avait pas intérêt. Nous avons d’ailleurs de bonnes relations avec l’Arabie saoudite, bien que des divergences nous opposent, comme sur la question syrienne.

Ceux qui souhaitent nous nuire ont peu de moyens de le faire. Nous vendons par exemple notre gaz principalement aux Européens : 35% de leur gaz est russe. A mon avis, ils ne peuvent tout simplement pas faire autrement, sauf à diversifier leurs ressources énergétiques.

Pour l’heure, le problème se situe au niveau du transit du gaz par l’Ukraine. Et j’espère que nous allons régler cette situation au plus vite.

13h47 : Combien la Crimée va-t-elle coûter  à la Russie ?

Les infrastructures de la Crimée sont en très mauvais état. Il faudra investir beaucoup, augmenter les salaires et les retraites. Combien cela représente-t-il ? Pour les retraites –  28 milliards de roubles, et 16,5 milliards de roubles pour les fonctionnaires.

Entre la Russie continentale et la Crimée, nous ne savons pas encore ce que nous allons construire : un pont ou un tunnel.

Mais la Crimée deviendra une région d’honneur qui sera bénéfique au budget fédéral et non dépendante des subsides étatiques.

13h40 : Question de Kisseliev, président de l’agence de presse Rossia Segodnia, sur la menace de l’Otan.

Nous n’avons pas peur, et personne ne doit avoir peur. A l’époque, au moment de l’unification de l’Allemagne, on nous avait promis que l’OTAN ne s’étendrait pas à l’Est. Puis, peu à  peu, les pays du Pacte de Varsovie ont commencé à rejoindre l’OTAN. Pourquoi ? Pour des raisons de sécurité, nous ont-ils répondu. Nous avons alors proposé de signer des accords sur la sécurité. On nous a rétorqué que ces pays avaient le droit de choisir leurs moyens de sécurité. Mais nous aussi, nous devons penser à la nôtre. Et voir ces moyens de protection s’approcher de nos frontières nous effraie.

Le bouclier antimissile ne sert pas à défendre mais à attaquer. On nous répète qu’il n’est pas dirigé contre nous. Or, lorsque nous proposons de signer un document certifiant qu’il n’est pas dirigé contre nous, les Américains réfusent. C’est étonnant, mais c’est vrai.

Nous avons toujours dit : si vous l’installez, nous répondrons – et ce sera reparti pour une course aux armements.

Nous poursuivrons bien sûr les pourparlers, et nous ferons tout pour garantir la sécurité du peuple russe.

13h35 : Sur l’élection présidentielle anticipée du 25 mai en Ukraine

Nous ne pourrons reconnaître la légitimité de l’élection du 25 mai si l’on continue de tabasser à Kiev les candidats pro-russes originaires de l’Est. C’est quoi, cette campagne présidentielle ?  Comment peut-on organiser une élection, sans réformes constitutionnelles et lorsque le président légitime est toujours en vie ?

Concernant les candidats : le leader dans les sondages est Porochenko. Ses affaires sont basées en Russie. Timochenko, je la connais bien.  Elle a certes appelé à pulvériser les Russes, mais bon, disons qu’elle était sur les nerfs. C’est elle qui a aidé à signer les contrats gaziers que ses collègues ne veulent plus respecter.

Je ne connais pas les autres candidats. Mais nous sommes prêts à travailler avec chacun d’entre eux.

Quant à l’attitude des pouvoirs aujourd’hui : l’armée ukrainienne envoie des tanks, des véhicules blindés à l’Est : Vous êtes fous ? Vous allez tirer sur qui ? Et avec ça, vous avez des nationalistes qui se baladent tranquillement en Ukraine.

Comment pouvez-vous demander aux gens de l’Est, dans ce contexte, de déposer les armes ? Il faut que les gens trouvent un compromis. Il faut garantir les droits de la population de l’Est.

13h30 : Sur l’unicité de la Russie et de l’Ukraine

La volonté extérieure de confronter la Russie et l’Ukraine, deux peuples qui n’en sont qu’un, est une politique vieille de centaines d’années.

Les Russes blancs, par exemple, n’ont jamais admis la séparation entre l’Ukraine et la Russie. Mais maintenant, nous vivons dans deux pays différents.

Il y a des gens que la grandeur effraie. C’est ainsi qu’on a divisé la Yougoslavie. Si vous réfléchissez bien, vous comprendrez facilement qui veut diviser la Russie.

Je ne peux pas accepter l’idée que l’Ukraine soit une terre maudite. L’Ukraine est une terre qui a beaucoup souffert. Je le dis au sens premier du terme. Regardez les régions de l’Ouest, où le nationalisme fait rage.

A l’Est, en revanche, les gens sont différents. Ils ont du mal à s’entendre avec l’Ouest. Notre rôle à nous est d’être un bon voisin, un parent proche.

J’espère que nos partenaires occidentaux nous écoutent et nous entendent. L’Europe, de Lisbonne à Vladivostok, doit s’unir si elle veut être concurrentielle.

13h25 : Comptez-vous régler toutes les questions par la force, après la Crimée ?

Le facteur « force » a toujours existé dans les relations internationales. Les Etats doivent faire appel à la raison et créer sur l’arène internationale des règles stables pour parvenir à des compromis sans avoir recours à la force. Rappelons-nous ce qui s’est passé en Irak, en Afghanistan, en Libye, etc. La volonté de rendre le monde unipolaire montre que tout peut être résolu par la force.

Mais j’espère que nous suivrons désormais plutôt la voie du droit.

13h15 : Sur la Transnistrie

C’est un des problèmes les plus difficiles hérités de la chute de l’URSS. La population de Transnistrie est majoritairement pro-russe. Beaucoup de Russes y résident. Ils ont leur propre vision de leur avenir et de leur destin. Ce qu’ils expriment n’est rien d’autre que de la démocratie. Nous devons continuer notre dialogue avec la Moldavie, l’Ukraine.

Nous devons lever le blocus que subissent les Transnistriens de la part de la Moldavie et de l’Ukraine.

Il y a des nationalistes à la frontière de l’Ukraine et de la Transnistrie. Mais les habitants de Transnistrie doivent décider seuls de leur destin.

13h : Sur les Russes qui sont contre la position russe en Ukraine. Peut-on parvenir à un compromis sur l’Ukraine ?

Ce compromis ne doit pas être trouvé entre des pays tiers mais au sein même de l’Ukraine. Nous ne pouvons que soutenir une solution qui inclurait un référendum sur la fédéralisation de l’Ukraine, puis une élection – ou le contraire… l’ordre importe peu. Le plus important est que les droits des russophones soient respectés.

Le Sud-Est de l’Ukraine ne faisait pas partie de l’Ukraine à l’époque de l’Empire russe : c’était une partie de la Nouvelle Russie de Catherine II, qui a été remise à l’Ukraine dans les années 1920 par les bolchéviques. La question aujourd’hui est d’assurer des garanties pour les russophones et Russes d’Ukraine. Les habitants du Sud-Est veulent des garanties de Kiev.

Certes, certains Russes ont des points de vue différents. Rassurez-vous, nous n’envoyons plus au goulag les gens qui pensent autrement. Maintenant, le fait qu’ils rencontrent une résistance, c’est une autre question. Nos intellectuels pensent détenir la vérité suprême et n’aiment pas qu’on leur dise autre chose.

J’ai aussi constaté que des gens espèrent la défaite de leur propre pays. Ce n’est pas nouveau. La Russie a déjà connu cela dans son histoire. Mais ne soyons pas extrêmes : nous ne devons pas persécuter les gens qui ont une opinion différente.

J’espère ne jamais avoir à demander l’autorisation de faire entrer des forces militaires en Ukraine.

12h50 : Sur les relations de la Russie avec la Chine

Nos relations se développent très bien, avec succès. Nous nous faisons confiance, et, concernant la situation politique, sécuritaire, nous sommes assurément des voisins, des alliés. Mais la question d’une éventuelle union politique ne se pose pas. Cette question n’est plus à l’ordre du jour.

Nous n’envisageons plus de créer de nouveaux blocs militaires. Mais sur le plan économique, la Chine reste notre partenaire numéro un.

Tout le monde sait que ce pays deviendra la première puissance mondiale d’ici quelques années, de par sa population et sa puissance.

Nous estimons que les relations russo-chinoises jouent un rôle important dans la politique internationale.

12h45 : Auriez-vous fui, à la place de Ianoukovitch ?

Il ne s’est pas enfui, il a été forcé de quitter le pays. L’accord du 21 février prévoyait qu’il n’y aurait pas de recours aux forces armées, et, en échange, l’opposition devait libérer les bâtiments administratifs : Ianoukovitch a dit oui. Il a réintroduit la constitution de 2004, il a accepté la tenue d’élections anticipées, il a tout accepté, toutes les conditions posées par l’opposition. Mais quand il a quitté Kiev, les militants lui ont tout pris. Même sa propre résidence… Pourquoi ? Pourquoi ont-ils fait ça ? Je ne comprends pas.

Pourquoi ce coup d’Etat ? Nous sommes dans une situation critique, face à laquelle il faut procéder selon sa propre expérience. Je suis un ancien du KGB, j’ai donc juré fidélité à mon peuple : c’est ma philosophie.

12h40 : Sur Ianoukovitch

Le poids de la responsabilité de chaque dirigeant est très lourd. Viktor Ianoukovitch accomplissait sa mission comme il l’entendait. Nous avons discuté ensemble de la situation à Kiev, et, sur le recours possible des autorités d’alors à la force, Viktor m’a avoué qu’il n’avait jamais osé signer l’ordre qui aurait permis aux Berkouts de tirer sur les citoyens.

Vous, Berkouts, avez accompli dignement votre devoir. Sur ce qui vous est arrivé à Kiev, je peux dire avec certitude que l’Etat ukrainien en subira les conséquences. On n’a pas le droit d’humilier les hommes qui défendent l’Etat, on n’a pas le droit de les priver d’aide médicale, comme cela a été le cas à Kiev. Nous avons à plusieurs reprises proposé à Kiev d’accueillir les Berkouts et de leur fournir toute l’aide médicale nécessaire. On ne nous a jamais entendus.

12h38 : Sur la présence de soldats russes en Crimée

Je n’ai jamais caché notre but : celui d’assurer les conditions idéales pour les citoyens de Crimée, afin qu’ils puissent organiser un référendum et éviter l’arrivée de nationalistes ukrainiens.

Ce sont effectivement nos soldats qui ont apporté leur soutien aux forces de sécurité locales.

Tout ça dans le but d’obtenir un référendum juste.

Nous possédons des sites stratégiques militaires importants en Crimée, et il fallait assurer la sécurité des habitants face à d’éventuelles exploitations illégales de ce matériel militaire.

12h35 : Sur la préservation du patrimoine naturel de Crimée

Nous avons constaté des violations de la législation sur l »écologie en Crimée, et nous allons tout faire pour que celle-ci soit respectée.

12h30 : Que va faire la Russie pour l’industrie de la Crimée ? Une zone économique spéciale ?

La Crimée, c’est le tourisme et le repos. Mais c’est vrai que la région a également un grand potentiel agricole et industriel : cela demande des investissements, bien sûr. Il y a des infrastructures à développer. La production agricole a chuté de 60% depuis 1990.

La production de riz demande beaucoup d’eau, ce qui est devenu compliqué avec le rattachement de la Crimée à la Russie. Nous allons développer les stations balnéaires, les infrastructures. Nos spécialistes ont pris connaissance de tous les besoins. Les établissements de repos en Crimée ne sont par exemple pas conformes aux normes sanitaires. On ne peut se limiter à traiter tout le monde comme des mineurs en vacances qui viennent boire un verre et puis c’est tout.

Nous allons accélérer les choses, attirer les investissements russes dans cette région. Lors de notre dernière rencontre avec Alekseï Tchaly, il m’a proposé de créer une agence régionale pour le tourisme en Crimée. Et je soutiens cette idée.

12h25 : Sur le problème du paiement, notamment des retraites, en Crimée

C’est une des questions les plus épineuses. C’est un vrai problème. Tout d’abord la situation avec les banques n’est pas résolue. Nous essayons de négocier avec nos partenaires ukrainiens, mais en vain. Ils refusent le dialogue. Les transactions en hryvnias restent limitées. Nous essayons de créer notre propre système monétaire mais cela prend du temps. Il faudra au moins un mois pour ouvrir tous les comptes nécessaires.

Sur le versement des salaires et des retraites, je sais qu’il y a des perturbations, mais sachez que nous avons pris la décision de rémunérer les fonctionnaires et les retraités en Crimée au même taux qu’en Russie. Pour éviter l’inflation, nous avons choisi de procéder par étapes : nous augmenterons les versements de 25% dans un premier temps, puis à nouveau en mai et juin, et encore 25% – en juin et juillet. Donc, d’ici juillet 2014, l’augmentation sera de près de 100%. Car les retraités reçoivent deux fois plus d’argent en Russie qu’en Ukraine.

Les militaires, eux, sont payés quatre fois plus en Russie qu’en Ukraine.

Tous les acquis sociaux et aides sociales seront conservés.

12h20 : Comment faire pour que les Ukrainiens et les Russes restent des peuples frères ?

Ce n’est pas une question ordinaire. Nous sommes tous submergés par l’émotion. Si l’on s’aime et se respecte, nous devrions trouver un moyen de nous comprendre. Nous sommes les membres d’une même famille : ce sera plus simple qu’entre deux Etats. J’espère que nous resterons proches et que l’Ukraine trouvera un moyen de s’en sortir.

Je me permets de noter que respecter l’autre, C’est aussi respecter sa liberté de choix. Ceux qui sont en Ukraine doivent respecter les choix de la Crimée. La Russie a toujours été proche de l’Ukraine et compte le rester. La Russie a énormément aidé l’Ukraine : nous parlons de centaines de milliards de dollars.

12h15 : Question sur la flotte de la mer Noire à Sébastopol

Nous avions des accords avec l’Ukraine sur le renouvellement de la flotte russe. Mais ces accords n’ont pas été respectés par l’Ukraine. Aujourd’hui, j’espère qu’il n’y aura plus de problèmes. Une partie de la flotte de Novorossisk sera transférée à Sébastopol. On parle d’une commande de 5 milliards de roubles. Sébastopol est une ville qui incarne la gloire de la marine russe.

12h10 : Question sur la Crimée

La menace contre la population russophone était considérable. A tel point que les citoyens de Crimée  se sont adressés à la Russie et ont demandé notre aide. La Russie n’avait jamais planifié cela. Nous voulions tisser de bonnes relations avec l’Ukraine. Lorsque les menaces sur le peuple russophone sont apparues, le peuple de Crimée a parlé d’autodétermination, nous avons décidé de le soutenir.

Rien n’a été préparé à l’avance, mais nous avons agi rapidement. Notre but était de protéger la sécurité des citoyens, d’assurer les conditions nécessaires à l’expression de leurs opinions. Jusqu’au dernier moment, je n’ai osé évoquer publiquement le rattachement de la Crimée, j’attendais le résultat du référendum. Les sondages sont une chose, mais pour moi, le plus important était de connaître la volonté du peuple. Avec une participation de 83%, et un « oui » à près de 97%, leur volonté m’a parue claire.

12h05 : Question sur la situation au Sud-Est de l’Ukraine

Je voudrais revenir sur ce qui s’est passé en Ukraine ces derniers mois. Lorsque Ianoukovitch a refusé de signer l’accord avec l’UE, il s’est justifié par le fait que cela allait empirer la situation économique de l’Ukraine.

Les troubles qui ont conduit à un changement de pouvoir à Kiev ont été soutenus par certains Ukrainiens, mais pas par tous.

Le Sud-Est notamment s’inquiétait de l’arrivée de groupes nationalistes au pouvoir, ils se sentaient menacés, les Russes en Ukraine risquaient de perdre certains de leurs droits.

Ensuite, Kiev a envoyé des oligarques dans les administrations de ces villes, et cela a fait monter les tensions. A l’Est, les gens ont commencé à prendre les armes et les autorités d’y remettre de l’ordre par la force – jusqu’à envoyer des chars. Pour moi, c’est un crime que Kiev a commis.

Il faudra encore du temps pour comprendre ce qui s’est vraiment passé. Mais nous devons dès à présent envisager une sortie de crise. On voit les autorités de Kiev arriver à l’Est. Vers qui vont-ils ? Vers leurs oligarques, ceux qu’ils ont nommés mais, mais vers le peuple. Il faut libérer les prisonniers. On parle à Kiev d’une éventuelle fédéralisation mais il faut avant tout mener un dialogue diplomatique. L’armée ne sera d’aucune aide.

Il ne s’agit pas d’un dialogue des autorités entre elles mais entre le pouvoir et le peuple.

L’Occident pense que nous avons envoyé des Russes dans le Sud-Est de l’Ukraine : ce sont des idioties. Du grand n’importe quoi. Il s’agit de citoyens locaux. La preuve, les gens ont ôté leurs masques et ne comptent pas partir. Ils sont maîtres de leur terre.

12h : Alors que l’émission vient de commencer, plus de deux millions de questions ont déjà été posées par les citoyens russes.

3 commentaires

  1. Je ne crois pas pouvoir poser une question à Vladimir Poutine, cet exercice est ouvert aux citoyens russes.

    Mais je voudrais comprendre pourquoi la Crimée ayant demandé son rattachement à la Russie a été acceptée après leur référendum en ce sens, et la Transnistrie dans les mêmes conditions, attend depuis 2007 ? Pourtant là-aussi, il y a eu le référendum et le peuple s’est prononcé pour l’indépendance et le rattachement. Or, apparemment la Russie n’a toujours pas reconnu la souveraineté de cette république et n’a pas accepté leur demande de rattachement.

    Idem pour les villes de la Nouvelle Russie, mais bon, là, il n’y a pas eu de référendum.
    Merci de m’éclairer à ce sujet.

  2. j’aimerais avoir une aide des autorité russe au sujet des agents secret qui manipule les temoin de jehovah au Gabon il me rende la vie impossible il m’ont enlever de mon poste tenter de m’assassiner comme ça ne marche pas il cherche a me licencier je suis aller plusieurs fois dans votre ambassade pour ce sujet car c’est la seule issue que j’avais.jy étais déjà a la presiednce, al’assemble national, au tribunal mais on n’ voulu au debut me perdre pourn un fou ça n’a pas marcher car j’étais très logique.je sais qu’indirectement ça commence par l’ambassade des états unis ensuite ça va a la présidence

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