Guide : que faire en Crimée

Cet été, tous les chemins mèneront en Crimée. Le Courrier de Russie vous propose de planifier dès à présent votre voyage en découvrant les principales curiosités de la péninsule. Guide spécial.

Les principales curiosités de la péninsule de Crimée.
Les principales curiosités de la péninsule de Crimée.

Pour la géographie

Il est des lieux volcaniques – où l’histoire bouillonne, où les continents se heurtent. La Crimée est un poumon précieux pour le pays-continent pauvre en mers. Dans la région de Yalta, à la pointe sud-est, la plage d’Aloupka a la sauvagerie des criques de la péninsule, elle se donne difficilement : rocailleuse, tourmentée – mais généreuse, mais luxuriante. Entre la mer Noire et le mont Aï Petri, sur le versant : le palais Vorontsov, construit par un architecte anglais entre 1828 et 1848 pour le gouverneur de Novorossie. Mikhaïl Vorontsov savait l’importance de la presqu’île, qu’il choisit pour édifier sa demeure plutôt qu’Odessa, capitale administrative de la province. Pendant près de vingt ans, celui que la guerre avait fait prince pour sa vaillance devint brillant administrateur, libéral – bâtisseur. Vorontsov sut dompter la Crimée pour mieux la faire fleurir – y construisit des routes, y développa la culture de la vigne, l’élevage ovin et jusqu’à la navigation à vapeur. L’architecture du château dit tous les nœuds de la presqu’île : vers la montagne, la façade est précisément européenne du nord, entre Tudor et néo-gothique; et sur la mer, le palais célèbre l’Orient, petit Alhambra d’Europe orientale – tribut du vainqueur au Turc vaincu. De ce « génie russe » qui exploite le meilleur de toutes ses extrémités, offre à toutes ses composantes un espace assez vaste et vierge pour se réaliser.

Palais Vorontsov, Alupka, région de Yalta.

Pour la guerre

Le quartier de Balaklava, à Sébastopol, c’est toute l’histoire militaire du XXème siècle, à l’heure où l’adversaire avait encore un visage. Après Hiroshima et Nagasaki, la Russie décidait de se doter d’une base sous-marine secrète. Et quel lieu plus stratégique que la péninsule de Crimée – extrême sud de l’Europe, en face de la Turquie, éternel théâtre de l’affrontement des empires. L’usine de réparation de sous-marins et abri antiatomique de Balaklava, c’est 600 mètres de tunnel creusé sous la montagne et invisible depuis l’eau, près de 20 000 m2 de docks, ateliers, entrepôts d’arsenal, une véritable ville souterraine capable d’accueillir 3000 personnes pendant 30 jours en autonomie en cas de frappe nucléaire. Balaklava, citadelle de la flotte de la mer Noire, c’était un site ultra-secret à l’intérieur de la ville fermée de Sébastopol, poupée russe du génie militaire soviétique. Laissée à l’abandon et au pillage 10 ans durant, la forteresse a ensuite été transformée en complexe mémorial. Le musée de la Guerre froide a moins d’intérêt que les lieux en eux-mêmes. Et Balaklava est loin d’avoir tout dévoilé : on ne visite que 40 % du site et, les plans ayant été détruits dès la fin de la construction, même les responsables actuels ignorent en grande partie ce que recèlent encore les lieux.

Base sous-marine secrète de Balaklava, Sébastopol – www.muzey-sevastopol.com/825

Pour l’histoire

Avec le retour de la Crimée, la Russie retrouve ses racines – jusque préchrétiennes, et s’ouvre de vastes perspectives archéologiques. L’Ukraine égarée, la tête sous l’eau 20 ans durant, a ignoré la presqu’île – préservée de fait du tourisme de masse ignare. Et le Grand pays se voit aujourd’hui offrir la possibilité de développer un autre voyage, conscient et respectueux. Sur le plateau de Çufut-Qale, les époques se superposent et se mêlent, le mystère est entier. Sur la ville troglodyte des Alano-Sarmates, descendants des tribus scythes originelles, les khans ont bâti des mosquées et des écoles coraniques. Puis Çufut-Qale devint cette forteresse juive, colonie des Juifs karaïtes d’Europe orientale rejetant la tradition orale et les rabbins, prônant une observation stricte de la Torah, la lecture personnelle et le rapport sans intermédiaire aux textes fondateurs. À Çufut-Qale, on vit caché, on se protège de toutes les conquêtes, on exile les prisonniers de haut rang, on imprime les textes sacrés et on frappe monnaie. La presqu’île de Crimée porte le Grand pays en miniature, elle regroupe toutes ses religions et ses couches historiques, elle lui rend toute l’ardeur de son Sud.

Çufut-Qale, région de Bakhtchyssaraï.

Pour demain

Kazantip, c’est bien plus qu’un festival. La « République de KaZantip », utopie fondée en 1995 à l’heure où l’espoir semblait possible, n’a jamais renié sa vocation. Issue d’une réunion de surfers, la beach party sur les ruines d’une centrale nucléaire jamais achevée a évolué et grossi sans jamais se systématiser. Kazantip, c’est une vaste communauté hippie version 2.0 et qui dure, toujours mouvante, le plus grand festival de musique électronique de la CEI, un rendez-vous mondial devenu incontournable. Depuis 21 ans et six semaines par an, un autre monde est bien réel sur la plage de Popovka, au nord-ouest de la Crimée. Avec son président et sa Constitution, la formation autonome a ses rituels et ses interdits. Kazantip, c’est une guerre d’un autre genre, un mouvement collectif assis sur des valeurs inédites. Les crimes de lèse-majesté – pisser hors des toilettes, le chauvinisme et l’idiotie – y sont expressément punis par la déportation et l’interdiction de séjour. Tous les soirs, on y observe ensemble le coucher du soleil au son d’un gong qui annonce le début de la véritable journée – danse, oubli, partage et douceur de vivre. Une fois par semaine, on y célèbre des mariages express qui dureront strictement jusqu’à la fin de l’amour. Et en cette année 2014, l’État supranational des fous chantants de Kazantip retrouvera toute l’actualité de sa mission : affirmer le réel de l’utopie. À vos visas !

Projet KaZantip, Popovka – du 31 juillet au 14 août 2014 – http://kazantip.com/

Pour toujours

La Russie n’a pas repris Sébastopol – elle s’est reprise elle-même, elle se retrouve. Sébastopol est au moins la troisième capitale de la Troisième Rome. Sébastopol, plus qu’une ville, est une idée. Comme son bateau qui chavire mais se dresse à jamais battu par les vagues, la cité ne cesse de renaître de ses cendres. Constamment, elle se sacrifie pour sauver l’abstraction ; par ses défaites militaires qui sont des victoires morales, elle rappelle à tout le Grand pays combien il est grand. Rempart et bastion, source – elle lui réinsuffle du courage et lui rend sa foi en lui. En Crimée, le territoire est assez petit pour pouvoir se l’approprier, et c’est cette conscience précise de soi dont le Grand pays était amputé. La ville-héros mêle douceur et combativité. Harmonie de la pierre blanche d’Inkerman et traces omniprésentes de la mémoire guerrière. Sébastopol, plus que Kiev, est le véritable berceau du baptême. À Sébastopol, on résiste coûte que coûte, en première ligne face à l’ennemi et souvent lâché par la bureaucratie des arrières. À Sébastopol, on respire un air ailleurs disparu, on n’a rien à perdre – et la Vérité à sauver.

Sébastopol: www.tripadvisor.fr/Sevastopol

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