Pourquoi Vladimir Poutine pense que le nouveau pouvoir ukrainien est illégitime

Vladimir Poutine s’est exprimé sur la situation en Ukraine lors d’une conférence de presse mardi 4 mars. Il a notamment expliqué pourquoi il considérait le nouveau pouvoir en Ukraine comme illégitime.

Ianoukovitch et Poutine en décembre 2013. Crédits : joinfo.ua
Ianoukovitch et Poutine en décembre 2013. Crédits : joinfo.ua

Ce qui s’est passé en Ukraine, c’est un coup d’État constitutionnel et une prise du pouvoir par les armes. Une question demeure : dans quel but ? Le président Ianoukovitch, par l’intermédiaire des trois ministres des affaires étrangères de Pologne, d’Allemagne et de France, a signé le 21 février un accord avec l’opposition, par lequel, en pratique, il abandonnait son pouvoir. Il a accepté toutes les exigences de l’opposition. Il a donné l’ordre d’évacuer toutes les forces de police hors de la capitale, et les agents ont exécuté ces ordres. Il est parti pour participer à un événement officiel à Kharkov, et à peine avait-il le dos tourné, qu’au lieu d’exécuter ce dont ils avaient convenu, sa résidence et le bâtiment de l’administration présidentielle ont été pris d’assaut.

Je veux comprendre : dans quel but cela a-t-il été fait ? Pourquoi a-t-il fallu agir de façon illégale et anticonstitutionnelle ; pourquoi a-t-il fallu entraîner le pays dans le chaos qui le submerge actuellement ? Jusqu’aujourd’hui, des combattants armés et masqués se baladent dans les rues de Kiev. Il n’y a pas de réponse à cette question.

Dans un espace postsoviétique où les constructions politiques sont encore très fragiles et l’économie très faible, il faut agir exclusivement par la voie constitutionnelle. La sortie hors du champ constitutionnel sera une erreur cardinale. Bien que je ne salue pas le fait en soi d’un changement de pouvoir de cette façon, je comprends ces gens sur Maïdan qui exigent des changements cardinaux. Pourquoi est-ce qu’ils exigent ? Parce qu’ils ont trop l’habitude que la bande d’escrocs et d’aventuriers en exercice soit remplacée par une autre bande d’escrocs.

À Dnepropetrovsk, M. Kolomoïskiï a été désigné au pouvoir en qualité de gouverneur. Mais c’est un aventurier de première catégorie ! Il a même réussi, il y a un an ou deux, à escroquer notre oligarque Abramovitch. Comme on dit chez nous dans les cercles de l’intelligentsia éclairée, il l’a « jeté ». Ils avaient conclu un contrat, un marché quelconque, Abramovitch lui a transféré quelques milliards de dollars, et l’autre n’a pas honoré la transaction – il a simplement enfoui l’argent dans sa poche. Quand j’ai demandé à Abramovitch : « Mais enfin, qu’est-ce qui vous a pris ? », il m’a répondu « Je n’avais même pas pensé qu’on pouvait faire une chose pareille ».

Est-ce que ce pouvoir est aujourd’hui légitime ? Le parlement l’est en partie, tous les autres – non. Et il est en tout cas certain qu’on ne peut absolument pas parler de légitimité pour le président par intérim. Il n’y a, juridiquement, qu’un seul président légitime. Il est clair qu’il n’a pas le moindre pouvoir. Mais je l’ai déjà dit et je tiens à le répéter : ce président légitime sur le plan strictement juridique est, indéniablement, Ianoukovitch. Et lui seul.

Il y a trois moyens conformes à la loi d’écarter un président du pouvoir en Ukraine : premièrement, la mort ; deuxièmement, une déclaration personnelle de renoncement volontaire au pouvoir ; et troisièmement, la mise en accusation. Cette dernière signée – c’est la norme constitutionnelle. Cette procédure doit impliquer la participation de la Cour constitutionnelle, de la Cour suprême et de la Rada elle-même. Cette procédure n’a pas été conduite. C’est donc un fait indiscutable du point de vue du droit.

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