Vladimir Poutine : « Nous ne pouvions pas laisser la Crimée et ses habitants dans la détresse »

Le 18 mars 2014, le président russe Vladimir Poutine a signé le décret qui rattache la Crimée et la ville de Sébastopol à la Fédération de Russie. Moments-clés d’un discours historique.

Crédits : kremlin.ru
Crédits : kremlin.ru

Sur les Tatars de Crimée

C’est vrai, nous avons connu une période où s’est manifestée, à l’égard des Tatars de Crimée et de certains autres peuples de l’URSS, une injustice brutale. Je tiens à dire une chose : à l’époque, les répressions ont fait souffrir plusieurs millions de gens de diverses nationalités, et avant tout, évidemment, des Russes. Les Tatars de Crimée sont revenus sur leur terre. Je considère que doivent être prises toutes les décisions politiques et législatives qui achèvent le processus de réhabilitation du peuple des Tatars de Crimée, les décisions qui rétablissent entièrement leurs droits et l’honneur de leur nom.

Sur les langues de Crimée

Nous respectons les représentants de toutes les nationalités vivant en Crimée. C’est leur maison à tous, leur Petite patrie, et il sera juste qu’existent en Crimée – et je sais que les Criméens soutiendront cela – trois langues d’État égales en droits : le russe, l’ukrainien et le tatar de Crimée.

Sur le rattachement de la Crimée à l’Ukraine

Après la Révolution, les Bolchéviques, pour différentes raisons – que Dieu leur en soit juge –, ont inclus au territoire de la république unie d’Ukraine des territoires significatifs du Sud russe historique. Cela a été fait sans prendre en compte la composition nationale des habitants, et il s’agit du Sud-Est de l’Ukraine contemporaine. En 1954, ce fut le tour de la décision de transférer aussi l’oblast de Crimée dans le territoire de l’Ukraine, et l’on y transféra du même coup Sébastopol, bien que la ville ait été alors un sujet de l’Union à part entière. L’initiateur de cette décision fut le chef du Parti communiste d’Union soviétique en personne, Khrouchtchev. Qu’il ait été animé par une aspiration à s’assurer le soutien de la nomenclature ukrainienne ou à expier sa faute pour l’organisation de répressions de masse en Ukraine dans les années 1930 – c’est aux historiens de le définir.

Pour nous, c’est autre chose qui est important : cette décision a impliqué des violations évidentes des normes constitutionnelles d’alors. La question a été réglée dans les couloirs, entre soi. Naturellement, dans des conditions d’État totalitaire, on n’a rien demandé aux habitants de Crimée ni de Sébastopol. On les a simplement mis devant les faits. Déjà alors, évidemment, les gens se sont posé des questions – pour quelle raison, soudain, la Crimée se retrouvait-elle dans le territoire de l’Ukraine. Mais dans une grande mesure – il faut le dire franchement, car tous le comprennent –, dans une grande mesure, disais-je, cette décision a été considérée comme une sorte de formalité, vu que ces transferts de territoires s’opéraient à l’époque dans le cadre d’un seul grand pays. Il aurait été, alors, tout simplement impossible de s’imaginer que l’Ukraine et la Russie pouvaient ne pas être ensemble, pouvaient être des États différents. Mais c’est arrivé.

Sur la chute de l’URSS

Ce qui semblait incroyable est malheureusement devenu réalité. L’URSS s’est effondrée. À l’époque, les choses se sont enchaînées avec une telle précipitation que, parmi les citoyens, très peu ont compris tout le dramatisme des événements qui se déroulaient alors et de leurs conséquences. Beaucoup de gens, autant en Russie qu’en Ukraine, mais aussi dans les autres républiques, espéraient que la Communauté des États indépendants qui a émergé alors deviendrait la nouvelle forme de structure étatique commune. Car en effet, on leur promettait aussi bien une monnaie unique qu’un espace économique unifié et des forces armées communes ; mais tout cela est resté à l’état de promesses, et il n’y a pas eu de grand pays. Et quand la Crimée s’est brusquement retrouvée dans ce qui était déjà un autre État, alors seulement la Russie a senti qu’on ne l’avait même pas seulement volée, mais dévalisée.

Du reste, il faut reconnaître sincèrement que la Russie elle-même, en enclenchant cette parade des souverainetés, a aussi contribué à la débâcle de l’Union soviétique ; et quand la chute de l’URSS s’est officialisée, on a oublié autant la Crimée que la base principale de la Flotte de la mer Noire – Sébastopol. Des millions de Russes se sont endormis dans un pays et se sont réveillés à l’étranger, se sont retrouvés, subitement, minorités nationales dans les anciennes républiques alliées, et le peuple russe est devenu un des plus importants, pour ne pas dire le plus important peuple dispersé dans le monde.

Aujourd’hui, après de nombreuses années déjà, j’ai entendu les habitants de la Crimée dire qu’à l’époque, en 1991, on les avait échangés de main en main comme un vulgaire sac à patates. Difficile de dire le contraire. Et alors quoi, la Russie ? La Russie a baissé la tête et s’est résignée, elle a digéré cette offense. Notre pays se trouvait alors dans une situation si pénible que, tout simplement, il ne pouvait pas défendre réellement ses intérêts. Mais les gens n’ont pu se résigner à une si criante injustice historique. Pendant toutes ces années, autant les citoyens que de nombreuses personnalités publiques ont soulevé cette question plus d’une fois, ont dit que la Crimée est la terre traditionnelle russe et que Sébastopol est une ville russe. Oui, tout cela, nous le comprenions admirablement bien, nous le sentions du cœur et de l’âme, mais il a fallu partir de ces réalités établies et, sur cette base nouvelle déjà, bâtir des relations de bon voisinage avec l’Ukraine indépendante. Et les relations avec l’Ukraine, avec le peuple ukrainien frère, étaient, sont et resteront à jamais pour nous d’une importance cruciale, des relations-clés – sans la moindre exagération.

Sur les Russes en Ukraine

Nous espérions que l’Ukraine serait pour nous un bon voisin, que les citoyens russes et russophones d’Ukraine, surtout dans son Sud-Est et en Crimée, allaient vivre dans les conditions d’un État cordial, démocratique et civilisé, que leurs intérêts légitimes seraient garantis conformément aux normes du droit international.
Mais la situation a pris une autre direction. L’une après l’autre ont été entreprises des tentatives de priver les Russes de leur mémoire historique, et même parfois de leur langue maternelle, de faire d’eux un objet d’assimilation contrainte. Et bien sûr, les Russes, comme les autres citoyens d’Ukraine, ont souffert de la crise politique et étatique constante qui secoue l’Ukraine depuis déjà plus de 20 ans.

Sur la situation en Ukraine

Je comprends pourquoi les gens, en Ukraine, voulaient des changements. Au cours des années de l’indépendance, le pouvoir, comme on dit, les a  « soûlés », leur est devenu tout simplement odieux. Les présidents, les Premiers ministres, les députés de la Rada ont changé, mais ce qui n’a pas changé, c’est la façon dont ils traitaient leur pays et leur peuple. Ils ont « trait » l’Ukraine comme une vache à lait, ils se sont battus entre eux pour le pouvoir, les actifs et les flux financiers. Pour autant, les dirigeants ne se sont que très peu intéressés à comment et avec quoi vivaient les gens simples, notamment à savoir pourquoi des millions de citoyens d’Ukraine ne voient tout simplement pas de perspectives pour eux dans leur pays natal et doivent franchir les frontières en quête de gains journaliers. Je le souligne – même pas vers une quelconque Silicon Valley mais précisément pour gagner leur pain quotidien. Seulement en Russie, plus de trois millions d’entre eux sont venus travailler l’année dernière. Selon certaines estimations, le volume de leurs revenus en 2013 s’est élevé à plus de 20 milliards de dollars – soit près de 12 % du PIB de l’Ukraine.

Crédits: kremlin.ru
La signature du décret sur le rattachement de la Crimée à la Fédération de Russie le 18 mars 2014. Crédits : kremlin.ru

Sur Maïdan

Je le répète, je comprends bien ceux qui, sous des slogans pacifiques, sont descendus sur Maïdan pour prendre position contre la corruption, l’inefficacité de la gestion étatique, la pauvreté. C’est pour ça que le droit à la protestation pacifique, les procédures démocratiques et les élections existent : pour changer un pouvoir qui ne convient pas aux gens. Mais ceux qui se tiennent derrière les récents événements en Ukraine poursuivaient d’autres objectifs : ils ont préparé un coup d’État et planifié de s’emparer du pouvoir, en ne reculant devant rien. Pour y parvenir, ils ont usé de la terreur, et de l’assassinat, et des pogromes. Les principaux exécutants de ce coup d’État ont été des nationalistes, russophobes et antisémites. Et ce sont précisément eux qui déterminent pour beaucoup, jusqu’aujourd’hui, la vie en Ukraine.

Sur la loi linguistique

En premier lieu, ceux que l’on appelle les nouvelles « autorités » ont soumis un projet de loi scandaleux sur la révision de la politique linguistique, qui affectait directement les droits des minorités nationales. Certes, les sponsors étrangers de ces « politiciens » actuels, les curateurs de ces « autorités » actuelles ont sur le champ remis à leur place les initiateurs de cette entreprise. Parce qu’ils sont, eux, gens d’esprit – il faut leur rendre ce qui leur est dû –, et qu’ils comprennent parfaitement à quoi conduiront ces tentatives de construire un État ukrainien ethniquement pur. Le projet de loi a été mis de côté, mais clairement en réserve. On tente aujourd’hui d’en taire l’existence même, en comptant visiblement sur le fait que l’être humain a la mémoire courte. Mais tous savent désormais de façon on ne peut plus claire ce précisément qu’ont l’intention de faire, dans l’avenir, les héritiers idéologiques ukrainiens de Bandera – ce suppôt d’Hitler pendant la Seconde Guerre mondiale.

Sur le pouvoir ukrainien

Il est tout aussi clair qu’il n’y a jusqu’aujourd’hui pas de pouvoir exécutif légitime en Ukraine, qu’il n’y a personne avec qui parler. Beaucoup d’organes étatiques ont été usurpés par des tyrans, qui, avec ça, ne contrôlent strictement rien dans le pays personnellement – je veux le souligner –, se trouvant souvent, eux-mêmes, sous contrôle des radicaux. Même rendre visite à certains ministres de l’actuel gouvernement n’est possible qu’avec l’autorisation des combattants de Maïdan. Ce n’est pas une plaisanterie, c’est la réalité de la vie aujourd’hui.

Ceux qui ont résisté au putsch ont immédiatement été menacés de répressions et d’opérations punitives. Et en tête de la liste, évidemment, se trouvait la Crimée, la russophone Crimée. Face à cela, les habitants de la Crimée et de Sébastopol ont fait appel à la Russie pour protéger leurs droits et leur vie même, pour ne pas laisser faire ce qui se passait – et qui se passe jusqu’aujourd’hui, d’ailleurs – aussi bien à Kiev qu’à Donetsk, et Kharkiv, et dans un certain nombre d’autres villes d’Ukraine.
Et évidemment, nous ne pouvions pas ne pas faire écho à cette demande, nous ne pouvions pas laisser la Crimée et ses habitants dans la détresse, sinon ç’aurait été une pure et simple trahison.

Sur le droit international

Néanmoins, qu’est-ce que nous n’entendons pas, aujourd’hui, de la part de nos collègues d’Europe occidentale et d’Amérique du Nord ? On nous dit que nous enfreignons les normes du droit international. Premièrement, c’est heureux qu’ils se souviennent de l’existence même du droit international, et merci pour ça, mieux vaut tard que jamais.

Et, deuxièmement, plus important : nous enfreignons quoi, prétendument ? Oui, le président de la Fédération de Russie a obtenu de la Chambre haute du Parlement le droit de recourir à l’emploi des forces armées en Ukraine. Mais ce droit, il n’en a, à proprement parler, même pas fait usage. Les forces armées de la Russie ne sont pas entrées en Crimée, elles s’y trouvaient déjà, conformément à un traité international. Oui, nous avons renforcé nos troupes, mais pour autant – je tiens à le souligner –, nous n’avons pas dépassé la limite autorisée de quantité de nos forces armées en Crimée, et elle peut aller jusqu’à 25 000 hommes ; il n’y avait à cela, simplement, aucune nécessité.

Ensuite. En proclamant son indépendance et en organisant un référendum, le Conseil suprême de la Crimée s’est référé à la Charte de l’Organisation des Nations unies, qui mentionne le droit des peuples à l’autodétermination. À ce propos, l’Ukraine elle-même, je tiens à le rappeler, en proclamant sa sortie hors de l’URSS, avait aussi fait la même chose, presque textuellement la même chose. En Ukraine, on a bénéficié de ce droit, et aux Criméens, on le refuse. Pourquoi ?
En outre, les autorités de la Crimée se sont appuyées aussi sur le célèbre précédent du Kosovo, un précédent que nos partenaires occidentaux ont créé eux-mêmes, de leurs propres mains, dans une situation en tous points analogue à celle de la Crimée, en reconnaissant comme légitime la séparation du Kosovo d’avec la Serbie, montrant ainsi à tous qu’il n’y avait pas le moindre besoin de l’autorisation du pouvoir central d’un pays pour une proclamation unilatérale d’indépendance. La Cour internationale de justice de l’ONU, sur la base du point 2 de l’article 1 de la Charte de l’Organisation des Nations unies, l’a accepté et, dans sa décision du 22 juillet 2012, a déclaré la chose suivante – voici la citation littérale : « Il ne découle de la pratique du Conseil de sécurité aucune interdiction globale sur une proclamation d’indépendance unilatérale », et, plus loin : « le droit international commun ne contient pas le moindre interdit applicable sur la proclamation d’indépendance. » Tout ça, comme on dit, est on ne peut plus clair.

Le 18 mars à Sébastopol. Crédits : news.sevas.org
Le 18 mars à Sébastopol. Crédits : news.sevas.org

Je n’aime pas en appeler aux citations, mais je ne peux tout de même pas me retenir – voici un autre extrait d’un autre document officiel, cette fois du Mémorandum des États-Unis en date du 17 avril 2009, présenté à la Cour internationale elle-même dans le cadre des audiences sur le Kosovo. De nouveau, je cite : « Les déclarations d’indépendance peuvent, et c’est souvent le cas, enfreindre la législation intérieure. Cependant, cela ne signifie pas qu’il y ait infraction au droit international. » Fin de citation. Eux-mêmes l’ont écrit, l’ont claironné au monde, ont fait plier le monde – et maintenant, ils s’indignent ? De quoi ? Car en effet, les agissements des habitants de la Crimée s’inscrivent précisément dans ce texte, à proprement parler cette instruction. Allez savoir pourquoi, ce que peuvent faire les Albanais du Kosovo (et nous avons pour eux le plus grand respect) est interdit aux Russes, Ukrainiens et Tatars de Crimée. De nouveau, la question surgit – pourquoi ?

De la part de ces mêmes États-Unis et Europe, nous entendons que le Kosovo est, prétendument, de nouveau un cas particulier. Et en quoi donc, de l’avis de nos collègues, consiste cette exceptionnalité ? Il se trouve que le conflit au Kosovo a causé de nombreuses victimes humaines. C’est censé être un argument juridique légal ? La décision de la Cour internationale de justice ne dit rien à ce propos. Et ensuite, vous savez, il n’est même plus question de doubles standards. Il s’agit de cynisme – étonnamment primitif et sans ambages. On ne peut pas tout ramener au service de ses intérêts de façon si grossière, qualifier une seule et même chose de blanche aujourd’hui, et demain – de noire. Est-ce qu’il faudra désormais pousser tous les conflits jusqu’aux pertes humaines ?

Sur le monde

La situation autour de l’Ukraine reflète ce qui se passe aujourd’hui – et ce qui s’est passé au cours des dernières décennies – dans le monde. Après la disparition du système bipolaire, il n’y a plus eu de stabilité sur la planète. Les institutions internationales non seulement ne se renforcent pas, mais souvent, malheureusement, se dégradent. Nos partenaires occidentaux, avec les États-Unis d’Amérique en tête, préfèrent, dans leur politique pratique, le droit du plus fort au droit international. Ils ont cru qu’ils étaient élus et exceptionnels, qu’il leur était permis de décider du sort du reste du monde, qu’ils étaient les seuls à pouvoir avoir raison. Ils agissent comme bon leur semble ; tantôt ici, tantôt là, ils emploient la force contre des États souverains, bâtissent des coalitions selon le principe du « qui n’est pas avec nous est contre nous ». Pour conférer à leur agressivité une apparence de légitimité, ils choisissent au sein des organisations internationales les résolutions dont ils ont besoin, et si, pour une raison quelconque, cela ne suffit pas, ils ignorent carrément le Conseil de sécurité aussi bien que l’ONU dans son ensemble.

Ça a été le cas en Yougoslavie, nous nous en souvenons trop bien, en 1999. C’était difficile à croire, je ne pouvais en croire mes yeux, mais à la fin du XXème siècle, sur une capitale européenne –Belgrade –, pendant quelques semaines, on a lancé des bombes et des missiles, puis ce fut le tour d’une véritable intervention. Quoi, est-ce qu’il existe une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU sur cette question, qui autoriserait de tels agissements ? Il n’y a rien de tel. Et puis ce furent l’Afghanistan, et l’Irak, et les infractions ouvertes aux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU sur la Libye quand, au lieu de garantir ce qu’on appelle une no fly zone, on a aussi lancé des bombes.

Sur les révolutions de couleur

Il y a eu toute une série de révolutions « de couleur » manipulées. Il est évident que les gens, dans les pays où ces événements ont eu lieu, sont lassés des tyrans, de la misère, de l’absence de perspectives, mais ces sentiments ont tout simplement été utilisés de la façon la plus cynique. Ces pays se sont vu imposer des standards qui ne correspondaient en rien ni à leur mode de vie, ni aux traditions, ni à la culture de ces peuples. Il en a résulté, au lieu de la démocratie et de la liberté – le chaos, l’explosion de la violence, la succession des coups d’État. Le « printemps arabe » s’est transformé en « hiver arabe ».

Un scénario semblable a été réalisé en Ukraine. En 2004, pour pousser un candidat à l’élection présidentielle, on a inventé une espèce de troisième tour qui n’était pas prévu par la loi. C’était du pur absurde, un outrage à la constitution. Et aujourd’hui, on a jeté dans l’affaire une armée de combattants préalablement entraînée et bien dotée.

Crédits: kianews.com.ua
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Sur ce qui se passe en ce moment

Nous comprenons ce qui se passe, nous comprenons que ces agissements étaient dirigés aussi bien contre l’Ukraine et contre la Russie que contre l’intégration dans l’espace eurasiatique. Et le tout à un moment où la Russie s’efforçait sincèrement d’aller au dialogue avec nos collègues en Occident. Nous proposons constamment des collaborations sur toutes les questions-clés, nous voulons renforcer la confiance, nous voulons que nos relations soient égalitaires, ouvertes et honnêtes. Mais nous n’avons vu aucun pas à notre rencontre.

Au contraire, un incident après l’autre, on nous a trompés, on a pris des décisions dans notre dos et on nous a mis devant le fait accompli. C’est ce qui s’est passé avec l’élargissement de l’OTAN vers l’Est, avec l’installation d’une infrastructure militaire à nos frontières. À chaque fois, on nous a assurés d’une seule et même chose : « Mais cela ne vous touche pas ». Facile à dire, touche pas.

C’est ce qui s’est passé avec le déploiement des systèmes anti-missiles. Malgré toutes nos craintes, l’engin roule, s’avance. C’est ce qui s’est passé avec ces négociations qui n’en finissent pas sur le problème des visas, avec les promesses de concurrence honnête et de libre accès aux marchés globaux.

Sur les sanctions

On nous menace aujourd’hui de sanctions, mais nous vivons déjà dans les conditions de toute une série de limitations, et qui sont extrêmement substantielles pour nous, pour notre économie, pour notre pays. Par exemple, dès l’époque de la « guerre froide », les États-Unis, puis d’autres pays à leur suite, ont interdit de vendre à l’URSS un grand nombre de technologies et d’équipements, qui constituaient ce que l’on appelait les « listes du CoCom ». Aujourd’hui, elles ont été formellement abolies, mais formellement seulement, car en pratique, beaucoup de ces interdictions sont toujours en vigueur.

En un mot, nous avons toutes les raisons de supposer que la célèbre politique d’ « endiguement » de la Russie, qui a été menée au XVIIIème siècle comme au XXème siècle, se poursuit jusqu’aujourd’hui. On tente en permanence de nous coincer dans l’un ou l’autre angle au motif que nous avons une position indépendante, au motif que nous la défendons, au motif que nous appelons les choses pas leur nom et que nous ne faisons pas les hypocrites. Mais il y a une limite à tout. Et dans le cas de l’Ukraine, nos partenaires occidentaux ont franchi cette limite, ils se sont conduits de façon grossière, irresponsable et non professionnelle.

Car ils savaient parfaitement qu’en Ukraine comme en Crimée vivaient des millions de Russes. À quel point fallait-il avoir perdu le flair politique et le sens de la mesure pour ne pas prévoir toutes les conséquences de leurs agissements ? La Russie s’est retrouvée placée sur une frontière d’où elle ne pouvait plus reculer. Si on serre un ressort jusqu’à son point d’arrêt, il se desserrera à un moment donné avec force. De cela, il faut toujours se souvenir.

Aujourd’hui, il est indispensable de mettre fin à l’hystérie, de renoncer à la rhétorique de la « guerre froide » et de reconnaître une évidence : la Russie est un participant indépendant et actif de la vie internationale, elle a, comme tous les autres pays, des intérêts nationaux, qui doivent être pris en compte et respectés.

5 commentaires

  1. Plus rien a dire le bon president Poutine a la de la classe et bonne memoire .Nos dirigeants europeens et nos sois disant partenaires amercicains sont des cochons c’ est que l’ histoire va retenir ………Le president Poutine ( il vient du peuple vous venez vous dirigeants de l’ Europe de la technocratie grande difference !!!! Le president Russe vous lance un bouchons c’ est vraiment le moment de le saisir sans arriere pensee en toute confiance c’ est un moment important pour la paix dans le monde ,pour notre bon general De Gaulle la haut dans le ciel observe avec attention ce moment historique et surtout pour les gens qui souffrent ..Gege de Montmartre expatrie en Russie depuis 20 annees .

  2. La propagande a de beaux jours devant elle et V. Poutine est un maître en la matière. Si les Criméens désiraient si fortement leur retour à la mère patrie, on ne peut pas dire qu’on les ait beaucoup entendu ces vingt dernières années, contrairement à d’autres. Quant aux leçons de démocratie d’un président réputé pour truquer les élections et maintenant les referendums, c’est simplement une imposture. La Russie a des dizaines d’années de retard dans tous les domaines, et sur le plan politique, c’est carrément la bérézina. C’est très triste pour un pays aussi riche mais contrairement à ce que les tenants de la propagande pro russe veulent nous faire croire, ce magnifique pays n’est pas en passe de retrouver sa place passée dans le concert des nations, mais de s’enfoncer irrémédiablement. Et le pire sont ces Européens, qui, des communistes jusqu’au Front national approuvent la politique de Poutine. Staline aussi avait beaucoup de partisans. L’aveuglement est une chose terrible alors que nous devrions tous être unis pour éviter l’escalade.

  3. J’aime beaucoup le passage sur les Tatars: « bon vous avez un peu ramassés mais c’est pas grave nous aussi, on est tous frères! »

    Au risque d’être lourd (je l’ai fait sur un autre post), je rappellerai juste que la Crimée, « terre russe », était en majorité peuplée de Tatars en 1939, d’après les chiffres du recensement soviétique. La déportation totale des 250 000 Tatars de Crimée modifia évidemment l’équilibre ethnique en faveur des Russes, qui sont aujourd’hui 60%, les Tatars revenus en1992 (réhabilités en 1967, ils n’eurent le droit de se réétablir chez eux qu’après la chute de l’URSS) ayant réduit leur part dans la population.

    Je n’ai pas les chiffres en date mais nombreux furent ceux qui parmi ces Tatars déportés ne revinrent pas d’Asie centrale ou de Sibérie. les soldats Tatars de Crimée qui servaient au front en furent également retirés pour être déportés eux aussi.

    Je n’aurai pas la naïveté d’attendre de l’actuel pouvoir russe qu’il reconnaisse ou même mentionne cette déportation massive, mais par contre il n’est peut-être pas inutile de rappeler aux lecteurs ce fait, consciencieusement tu par tous les médias russes depuis le début de la crise.

  4. On comprend mieux et on voit aussi que les USA et leurs bouffons europeens n’ont pas les même considérations !!!!!!! Pour eux ce n’est que l’argent et la finance !!!!!!!!!

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