Poutine va-t-il reconquérir l’Ukraine ?

À l’heure où les manifestations pro-russes poursuivent leur marche dans le Sud-Est de l’Ukraine, tous se demandent si la Fédération va soutenir les Russes de Donetsk et de Kharkiv, comme elle l’a fait en Crimée. Pour répondre à cette question, l’écrivain russe Dmitri Olchansky revient sur ce qui, au cours de l’histoire, a poussé la Russie à envoyer ses troupes dans des États étrangers.

En se penchant sur l’histoire de la Russie, on réalise qu’en envoyant ses troupes dans des pays étrangers, elle n’a pas toujours cherché à les conquérir. Bien plus souvent, son objectif était de « rééditer » les États en question.

Ainsi, quand le tsar russe Alexandre Ier a pris Paris en 1813, il ne voulait en aucun cas conquérir la France. Ce qu’il désirait, c’était mettre fin au monde bâti par Bonaparte et créer les conditions nécessaires à la restauration des Bourbons. Le but d’Alexandre Ier était de « redémarrer » l’État français.

 Le tsar russe Alexandre Ier, l'empereur autrichien François Ier et le roi prusse François-Guillaume III à la Bataille de Leipzig
Le tsar russe Alexandre Ier, l’empereur autrichien François Ier et le roi prusse François-Guillaume III à la Bataille de Leipzig en 1813 – Crédits: wikimedia

C’est dans la même optique qu’en 1848, le tsar russe Nicolas Ier aidait les monarchies européennes à juguler les troubles populaires, affirmant ainsi les « valeurs de la Sainte Alliance ». Et ce, sans le moindre profit personnel, voire parfois au détriment des intérêts de la Russie.

Nikolaï I et les officiers de la garde montée - crédits: nemiga.info
Nicolas Ier et les officiers de la garde montée – Crédits: nemiga.info

Au cours de la deuxième moitié du XIXème siècle, la Russie s’est attelée à la fondation de nouveaux États pour les peuples slaves et orthodoxes qui vivaient à l’époque sous le joug ottoman. Là encore, la Russie est entrée en conflit avec la Turquie non pour conquérir des terres nouvelles mais pour créer de nouvelles nations et de nouveaux États.

Le monument de Plevna à Moscou érigé en mémoire des soldats tués à Plevna durant la guerre russo-turque de 1877-1878. Crédits: wikimedia
Le monument de Plevna à Moscou érigé en mémoire des soldats tués à Plevna durant la guerre russo-turque de 1877-1878. Crédits: wikimedia

À la même période, la Russie chérissait le rêve d’arriver un jour jusqu’à Constantinople. Mais qu’on ne s’y trompe pas : la Russie ne s’est jamais fixé pour objectif de déplacer sa capitale sur le Bosphore. En vérité, elle rêvait, telle une orpheline, d’une résurrection de son parent – la deuxième Rome.

En détrônant les tsars, les bolchéviques ont néanmoins poursuivi la ligne de ces derniers en politique extérieure. Ainsi, en introduisant leurs troupes en Europe en 1945 – et contrairement à ce qu’en disait alors la propagande occidentale –, les Russes ne cherchaient pas à élargir leur empire. Ce qu’ils ont fait, c’est créer des satellites et leur imposer un tribut de loyauté politique et militaire. La Russie a engendré des mondes nouveaux, séparés de leur mère génitrice, comme l’Allemagne ou la Tchécoslovaquie soviétiques. La Russie n’a pas opprimé ses satellites comme l’aurait fait un empire. Elle ne les a pas non plus russifiés, comme l’aurait fait un État nationaliste.

Les soldats russes lors de la 2ème Guerre mondiale - Crédits: politikus.ru
Les soldats russes lors de la 2ème Guerre mondiale – Crédits: politikus.ru

La Russie porte et met au monde des nations et des États, comme une étrange mère porteuse dont le business serait teinté d’une bonne dose d’affection. Ses enfants, en revanche, ne montrent bien souvent que peu d’empressement à l’aimer en retour.

Tout cela pour dire que Poutine n’ira pas en Ukraine pour l’opprimer et l’exploiter. S’il y va, ce sera pour l’a rééditer, pour redémarrer l’État ukrainien et la nation ukrainienne. Il se fixera pour objectif de changer la mentalité de cette nouvelle Ukraine qui se positionne aujourd’hui comme l’antipode de la Russie et qui vénère Stepan Bandera. Poutine tentera de faire en sorte que l’Ukraine se pense de nouveau comme une partie intégrante du monde russe et qu’elle honore Gogol. Il ira soigner une nation atteinte de la maladie infectieuse austro-hongroise (le nationalisme ukrainien, apparu dans l’Est de l’Ukraine à la fin du XIXè siècle, a été largement soutenu par l’empire austro-hongrois, dont la région faisait alors partie, ndlr). Pour Poutine, l’Ukraine doit se penser comme étant héritière de la République soviétique ukrainienne et non de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne.

Après avoir accompli ce qu’il estime être de son devoir, Poutine quittera l’Ukraine, en laissant à Kiev un président légitime. En échange de cette mission pénible et ingrate, il ne demandera qu’un tribut symbolique de loyauté militaire, le seul tribut que la Russie demande à sa petite famille effarouchée.

Poutine n’ira pas en Ukraine pour sauver des Russes. Trop peu pour lui. Il tentera, bien plus largement, de devenir le père d’un nouvel État ukrainien ; en un certain sens, il enfilera lui-même la chemise brodée traditionnelle ukrainienne et se laissera pousser, en véritable cosaque, une longue moustache ondulée.

8 commentaires

  1. Mouais… M. Dmitri Olchansky semble vivre dans un monde de « bisounours »… ou la Russie serait un jardin merveilleux, accueillant et idyllique et M. Poutine son roi bienveillant idolâtrer par son peuple… Je n’ai pas de parti pris dans cette histoire mais faut pas exagérer quand même…

  2. Ce sont là les bêtises qu’on enseigne aux enfants russes (et au peuple russe).
    Nos voisins d’Europe Centrales ont vu ce que ce type d’internationalisme prolétarien (comme on disait) leur a couté : dictature, police politique toute puissante, misère économique, corruption, etc.
    N’oublions pas les révoltes populaires d’Allemagne de l’Est, Pologne, Hongrie, Tchécoslovaquie contre leur soit-disant « protecteur » russe.

    1. Monsieur Jean, je ne partage pas du tout votre point de vue car nous avons été gavés de mensonge des grands médias occidentaux otaniens et cela durant des longues années; Nous voyons bien où nous mènent les interventions de l’Otan au nom de la démocratie à double vitesse et souvent mensongère, au nom des droits de l’homme; La Russie est un contre-poids contre la tyrannie occidentale atlantiste qui a détruit de nombreux pays en s’ingérant dans leurs affaires intérieures au nom d’une démocratie occidentale au service des riches et contre les peuples. Est ce que la volonté des peuples de Pologne, de Hongrie, de Tchécoslovaquie a été respectée pour un mieux-être? La réponse est non; Car dans ces pays c’est le règne des multinationales et des nostalgiques du nazisme.

  3. propagande russe éternelle : Dostoïevski disait (rapporté par Oswald Splenger, années décisives) ) » Tous les hommes doivent devenir russes, d’abord et avant tout devenir russes. Puisque le cosmopolitisme est une idée nationale russe, il importe avant tout que chacun devienne russe.. » Poutine aime l’Ukraine comme le loup aime le petit chaperon rouge : « Mère-grand, que vous avez de grands bras ! — c’est pour mieux t’embrasser mon enfant, — que vous avez de grandes dents — c’est pour mieux te manger… »

  4. Je suis entièrement avec le contenu de l’article et j’admire aussi la sagesse et les bonnes intentions de la Russie envers le peuple d’Ukraine et les peuples du Moyen-Orient dont son aide précieuse au peuple syrien.
    D’Algérie, je rend hommage à la politique clairvoyante du gouvernement de la Russie. Merci également à votre site que je lis très souvent.

  5. Le président Poutine est un grand leader. Pour une paix durable, il ne faut pas laisser seul l’occident nous imposer sa vision du monde.Nous avons assisté impuissant Sarkosy et les puissances occidentales détruire la Libye et assassiner le Guide Mouhamar el Gaddafi, elles continuent leur sale besogne en Syrie.
    Les USA ont quant à eux envahi l’Iraq, à la recherche d’armes de destruction massive, qu’ils ne trouveront jamais.La France fait et défait les régimes en Afrique, dans ce qu’elle considère comme son pré-carré.
    Que reproche donc l’occident au président Poutine? Un démocrate, qui après un référendum populaire ( plus de 80°/° d’électeurs) décide d’appliquer la volonté d’un peuple?
    Décidément,le monde occidental,qui pourtant aime les consultations populaires est pris à son propre jeu…

  6. Putin est un dictateur qui a pris le pouvoir par la corruption et la violence, il le garde par la peur. En réalité Putin n’a pas supporté la chute de l’ URSS et essaie d’en recréer une partie. En son temps Hitler avait créé le parti national-socialiste, affaibli les partis d’opposition, était intervenu en Autriche, annexé les Sudetes, promulgués des lois discriminatoires et causé la 2eme guerre mondiale. Maintenant, Putin a créé le parti Russie Unie, est intervenu en Georgie, annexé la Crimée, promulgué une loi discriminatoire anti gay, jusqu’ou veut il aller??

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